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Jean-René Van der Plaetsen : nostalgie française

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Publié le

17 octobre 2025

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Avec La Vie à contre-courant, Van der Plaetsen livre une belle collection de nouvelles élégantes et rebelles promouvant les positions d’altitude et les chutes nettes. Portrait.
© Benjamin de Diesbach

Durant la soirée qui suit notre entretien, Jean-René Van der Plaetsen me montre la photographie de son grand-père, Jean Crépin, en uniforme américain, toisant, le regard brûlant, un officier nazi à la mâchoire contractée par la haine. « C’est lui qui a libéré le Luxembourg », déclare-t-il au sujet de ce glorieux ascendant, comme pour légender l’image. Le jardin parisien, pas le minuscule État, bien sûr. Mais enfin, voilà qui en jette tout de même. Ce grand-père joua en effet un rôle décisif durant l’épopée du Général Leclerc dont il fut l’un des plus fidèles compagnons. Ces faits ont inspiré à Van der Plaetsen le thème de son premier roman : La Nostalgie de l’honneur, prix Interallié et Jean Giono 2017. Des débuts tardifs en littérature (55 ans), mais à plusieurs médailles. Une figure qui lui inspire aussi sa propre vocation militaire : avant de devenir journaliste au Figaro, le petit-fils de Crépin a en effet été chasseur alpin au 7e bataillon puis Casque bleu au Liban. « Les moments les plus intenses de ma vie ! » me confie-t-il, l’œil brillant, et pas uniquement à cause du cinquième verre de Pic-Saint-Loup. Cette expérience directe du fait militaire lui inspirera son second roman, Le Métier de mourir, paru en 2020. La guerre, l’honneur, chez lui, ce n’est pas que de la littérature.

Héros anonymes

Ce titre de roman fait écho à l’expression que Jean-René Van der Plaetsen me rappelait une heure plus tôt, celle de faire son « métier d’homme », une belle formule jésuite retenue de son éducation chez les pères. On récapitule ainsi, affirme-t-il, les grandes coordonnées qui nous déterminent : le catholicisme et l’honneur. Ce n’est pas à L’Incorrect qu’on va nuancer pareille assertion. Une tradition gréco-romaine obligeant à une certaine tenue dans l’existence ; une tradition judéo-chrétienne d’humilité face à de plus grands mystères que soi. On rejoint aussi la triade baudelairienne du poète, du prêtre et du soldat, lui fais-je remarquer, types incarnés par beaucoup de personnages de son recueil de nouvelles, La Vie à contre-courant. Mais alors, qu’est-ce qui les relie ? « Un rapport plus poussé à la transcendance, sans doute. » D’une manière générale, ses personnages sont caractérisés « par une certaine fragilité et une recherche de grandeur ». Ils sont variés, dans son recueil : SDF russe blanc, soldat se rappelant sa dette, abbé hanté par sa faute, marin breton, aristo déchu, amateur de taxis, vieil adjudant. Des héros souvent ; modestes, anonymes, mais héroïques à leur manière, baroques en tous les cas, des personnages comme leur auteur, à contre-courant, refusant l’abaissement de l’époque, fidèles à une certaine altitude passée, au feu de la jeunesse. « Je suis resté un adolescent malgré mon âge », avoue Van der Plaetsen, comme une clé de lecture.

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De Drieu à Hemingway

Mais justement, la composition de ce recueil nous renvoie à sa jeunesse, les premières nouvelles datant de la fin des années 80, époque à laquelle notre nouveau journaliste fait la connaissance d’Éric Neuhoff, qui lance alors la revue Rive droite avec Thierry Ardisson (l’adjectif ne se réfère pas qu’à une situation géographique). Un premier texte ardent, bravache, pétaradant ses formules cinglantes : « Je revendique tous les droits – c’est d’ailleurs la mode ces derniers temps. » Ou encore : « Je m’étais déjà lassé des compétitions lorsque j’explorai des sports d’abîme : plongée en apnée, roulette russe les soirs de défi, afin de me persuader de la bonté de mon étoile. » De quoi enthousiasmer Arnaud Le Guern, du Rocher, qui découvre ces pépites il y a deux ans, et propose à Van der Plaetsen de les republier en volume avec des articles plus récents. Tant qu’à faire, le romancier décide de compléter en revenant à ses premières amours et écrit une suite de nouvelles trente ans plus tard. Changement de registre, son modèle n’est plus Drieu mais plutôt Hemingway qui lui semble proposer une position idéale entre narrateur, lecteur et personnage, d’autant que la vogue de l’autofiction l’a dégoûté du « je ».

Le sens de la hauteur

Les sujets du recueil : beaucoup d’histoires vraies passées au tamis de la mémoire et présentées selon différents procédés narratifs. Derrière, toujours, l’ombre de la grande Histoire. Quant à la géographie : des lieux étranges, des îles, des villes, la Normandie : « Je crois aux forces telluriques » insiste Jean-René Van der Plaetsen avant de raconter une anecdote où Sylvain Tesson, en sa compagnie et à rebours de son pragmatisme, est rasséréné en touchant un dolmen sur l’île d’Arz. Le recueil s’achève avec un colonel inspiré de Raspail qui préfère prendre le large que de supporter la dégradation de sa maison, de sa région, de son pays. « Ce n’est pas un livre à message politique, mais il porte une immense nostalgie de ce qu’était la France. » Pourtant pas d’aigreur, dans ses pages ; nulle raideur chez cet homme : à contre-courant, y compris des clichés qu’on pourrait lui coller sans le connaître ou sans l’avoir lu. C’est que la hauteur déleste de beaucoup de poids, même quand on cherche à la maintenir en minorité et à rebours du temps. Van der Plaetsen, c’est aussi cela : un style moral autant que littéraire.

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