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Station Opéra. Qui connaît la voix des ancêtres ? Saurait-on imiter ceux que l’on connaît par ouï-dire ? Impossible, pour le commun des mortels. Les ténors, eux, sont gâtés : leur aîné légendaire fut un pionnier de l’enregistrement. C’est le phonographe qui, à l’aube du siècle dernier, pérennise la voix fabuleuse d’Enrico Caruso.
Dans l’atmosphère feutrée d’une chambre d’hôtel, un stylet transcrit sur la cire le chant puissant et suave du plus grand ténor de l’histoire. Pas moins de trois cents morceaux, gravés entre 1902 et 1920, ont vaincu la corruption du temps. Roberto Alagna a passé sa vie à les disséquer. C’est son panthéon qu’il nous dévoile dans ce disque, où l’opéra côtoie le chant sacré et la mélodie populaire. Quel était le secret de ce chanteur mythique ? Une tuyauterie d’orgue dans la poitrine immense, des cordes de violoncelle dans la gorge. Et un cœur chauffé à blanc, résonnant d’élans généreux et de passions extrêmes. Il y avait une larme dans sa voix, disait-on. Comment chanter, après lui ?
Alagna, quant à lui, dépasse la reproduction littérale. Il s’approprie Caruso en tout et pour tout : les tempi, les accents, les respirations. Mais le charme et la lumière lui sont propres. Tout comme ce rare mélange d’intelligence et de liberté dont fait preuve notre ténor aux racines siciliennes.
Tous ont dû se mesurer à ce styliste puissant et sensible. Beaucoup l’ont imité, piètre façon de lui rendre hommage ou d’affermir leur talent. Alagna, quant à lui, dépasse la reproduction littérale. Il s’approprie Caruso en tout et pour tout : les tempi, les accents, les respirations. Mais le charme et la lumière lui sont propres. Tout comme ce rare mélange d’intelligence et de liberté dont fait preuve notre ténor aux racines siciliennes. Seul un artiste au sommet de ses moyens pouvait nous offrir un cadeau d’une telle finesse. On y sent une admiration profonde pour le maître, celle qui n’écrase pas le disciple. Au fond la haute-fidélité, avant d’être un procédé acoustique, n’est-elle pas une question spirituelle ?
Paolo Kowalski
CARUSO Airs de compositeurs divers Roberto Alagna, ténor Yvan Cassar, direction musicale et piano Sony – 19 €

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