Qu’est-ce que ce rapport EVARS ?
L’EVARS postule qu’il faut lutter contre les violences intrafamiliales et l’accès à la pornographie. En se cachant derrière ce noble motif, les enfants devraient recevoir dès le primaire une éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle. Mais dès qu’on va au fond du sujet, on se rend compte de l’omniprésence du concept de genre. Dès l’âge de six ans, l’identité devient un ressenti individuel. Dès le CM1, quand les enfants ont neuf ans, on propose d’exploiter des articles de presse pour identifier les stéréotypes de genre. Quant au lycée, il s’agit explicitement de déconstruire les normes.
D’après ce rapport, la famille serait le premier lieu de transmission du sexisme ?
C’est le deuxième côté subversif de ce rapport. Les parents sont marginalisés et potentiellement criminalisés. Ils sont considérés comme les « premiers éducateurs », mais chronologiquement. Ils interviennent aux débuts, puis c’est l’Éducation nationale qui prend le relais. Ensuite, la famille est présentée comme un lieu de socialisation comme un autre. Et ces familles, surtout lorsqu’elles véhiculent des traditions d’autorité, d’exemplarité des parents, ou de continuité historique et culturelle, sont considérées comme les plus risquées pour les enfants. Sous couvert de protection contre l’accès à la pornographie ou aux violences, il faut donc que les enfants s’émancipent de leur propre famille.
« Les parents sont marginalisés et potentiellement criminalisés. »
Laurence Trochu
Le rapport recommande de sanctionner les parents qui s’opposeraient à ce que leur enfant suive l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle.
C’est la conséquence logique de ce qui précède?: si les familles sont dangereuses, alors il faut contraindre les parents à ne pas s’opposer à la déconstruction des stéréotypes, quitte à les condamner. Cela m’a fait bondir, car cette vision est totalement contraire à la Convention européenne des droits de l’homme qui consacre le droit des parents à l’instruction et à l’éducation de leurs enfants.
En fait, les enfants appartiendraient à l’État ?
Exactement. Nous serions dans un système platonicien communiste. J’ai écrit à la ministre de l’Éducation nationale de l’époque, madame Genetet, le lendemain de la parution du rapport. Je lui demandais s’il fallait comprendre que l’on se dirigeait vers une interdiction de s’opposer à la ligne officielle définie par l’EVARS. Et j’ai alerté l’opinion plus largement. Au point que, quelques semaines plus tard, j’ai été interpellée par le président du CESE qui m’a accusée de relayer de fausses informations.
Mais comment arriver à justifier une mesure pareille ?
Ils se cachent derrière une cause noble. Que des enfants aient accès à la pornographie est un drame. Que des enfants soient victimes de véritables violences physiques est monstrueux. Vouloir les en préserver est évidemment une cause juste. J’ai bien vu cette réalité. J’étais en première ligne, en tant que conseiller départemental, pendant le Covid où les services sociaux ont enregistré une explosion des cas de violences intrafamiliales. Mais les promoteurs de l’EVARS font passer leurs opposants pour des malveillants, ceux qui ne veulent pas lutter contre l’exposition précoce aux saletés d’internet ou aux violences intrafamiliales. En fait, ils renversent la vapeur et retrouvent une légitimité à défendre un modèle subversif.
Est-ce trop tard ?
Bien sûr que non?! Il ne faut ni être effrayés, ni baisser les bras. Nous allons continuer d’aller sur le fond du sujet pour dénoncer l’EVARS avec sa théorie du genre et sa pseudo morale sexuelle. S’il s’agissait d’informer les enfants sur les dangers qui les guettent et de leur apprendre comment défendre leur intimité, je soutiendrais. Mais l’EVARS ne fait rien de cela. Au contraire, elle instille une éthique intrinsèquement mauvaise et elle va plus loin.
Le programme EVARS
En septembre 2024, le CESE a adopté le rapport « Éduquer à la vie affective, relationnelle et sexuelle » (EVARS). Il y propose des mesures éducatives marquées par des ruptures anthropologiques et des partis pris idéologiques. L’une des propositions les plus significatives est la possibilité de sanctions pénales à l’encontre des parents défaillants, accusés d’un manquement à leurs « obligations éducatives » vis-à-vis de l’EVARS. Cette judiciarisation de la parentalité rompt avec la tradition française d’accompagnement social des familles, en renversant la présomption de bienveillance éducative des parents. Bourré de biais idéologiques, le rapport promeut une vision de l’enfant comme sujet politique à part entière, en opposition à l’autorité parentale traditionnelle. L’école est investie d’un rôle quasi-salvateur, et lieu d’émancipation contre les « déterminismes familiaux » ou culturels. Cette méfiance envers la sphère privée, oppressive, reflète un tropisme collectiviste. Enfin, la promotion de dispositifs de signalement étendus et l’abaissement des seuils d’intervention témoignent d’une logique de contrôle social élargie. Le 30 janvier 2025, le programme a été adopté à l’unanimité par le Conseil supérieur de l’éducation et devrait entrer en application à la rentrée scolaire de septembre. ER
Plus loin ?
L’EVARS met le pied dans la porte du consentement. Le terme apparaît 53 fois dans le rapport. Il est présenté comme la norme éthique absolue et indépassable. Il faut apprendre le consentement à l’enfant. Mais que veut dire le consentement d’un enfant?? Il peut évidemment être biaisé. D’autant plus qu’un enfant peut facilement se retrouver sous emprise, ce que confirment tous les psychologues. Le phénomène de victimisation est l’une des raisons de l’abolition du discernement. Et puis l’objet même du consentement peut être moralement discutable. À quoi va-t-il falloir consentir ou ne pas consentir?? Et qui va le définir??
L’EVARS ouvrirait la porte à la légalisation de la pédophilie ?
Je ne dis pas cela du texte lui-même. Mais l’association Mamans Louves a produit un rapport pour évaluer les standards d’éducation à la sexualité, document de l’Organisation mondiale de la Santé. Le rapport du CESE présente ses données comme scientifiques. L’association a constaté que, sur la cinquantaine d’experts qui ont élaboré ces standards, trois sont des défenseurs avérés de la pédophilie, et une quinzaine sont liés au Planning familial et défendent des positions ambiguës, telles que montrer des images pornographiques aux enfants, plaider pour la masturbation dès deux ans, etc. Ils représentent tous ensemble un tiers des experts de l’OMS. Cela vaut le coup de faire très attention à l’influence de ces experts et aux standards qu’ils établissent.
Pensez-vous qu’il y ait une chance que cette EVARS puisse entrer dans la loi ?
La démarche du CESE est un préliminaire, ce sont les pires recommandations qui contribuent à l’élaboration du programme. Cette version de l’EVARS nous indique où ils veulent arriver. La démarche est toujours la même. C’est comme pour l’euthanasie. Le professeur Jean-Louis Touraine, ancien député macroniste, vient d’indiquer qu’elle sera un jour sans limite et généralisée, mais que, pour le moment, il s’agit de mettre un pied dans la porte. Donc on ne mettra pas au départ les jeunes ni les handicapés. Ce sera pour plus tard.
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Pour l’EVARS, c’est le même état d’esprit. La gauche progressiste lance un ballon d’essai en proposant le projet le plus mortifère, pour tester les résistances. S’il y en a, ils patientent et avancent par étapes, mais ils avancent. Depuis que j’ai lu le livre du docteur Pierre Simon De la vie avant toute chose (éditions Mazarine), écrit en 1978, je me dis qu’il y a un vrai projet de société. Ce projet est préparé et déroulé, de façon multiforme, avec différents outils. L’EVARS est une des étapes.
On va vous traiter de complotiste?!
Pas du tout, tout est écrit, il suffit de lire. Le Dr Simon est l’un des fondateurs du Planning familial en France et un ancien grand maître de la Grande Loge de France. Il explique dans son ouvrage qu’il a choisi d’être médecin, et plus particulièrement gynécologue, parce qu’il avait compris que c’est en s’appuyant sur le viscéral qu’on pouvait faire « avancer » une société. Il a expliqué dès 1978 dans son livre comment avancer marche par marche?: avortement, mariage homosexuel, PMA sans père, etc. Il s’est arrêté avant la GPA. Il dit sans filtre être allé en Chine communiste se former aux méthodes de propagande et de manipulation. Quand la loi arrive, c’est la cerise sur le gâteau. Elle a été préparée par la génération précédente. Les esprits sont préparés, le conditionnement a fonctionné et ça passe. La démarche est d’attendre que la société soit prête et que le consensus soit là.
Et pour l’EVARS ?
Les Mamans Louves ont réalisé une enquête. Un tiers des parents n’en veulent pas. Mais un autre tiers ne sait pas de quoi il s’agit, et le troisième est d’accord. Donc, s’il n’y a pas de résistance des parents d’ici septembre 2025, le programme EVARS sera servi aux enfants dès la rentrée.
De Bruxelles où vous siégez, voyez-vous passer d’autres attaques de ce type contre les parents ?
Dans la commission Femme et égalité des genres au Parlement, je ne vois rien de façon officielle. Mais une ancienne ministre de l’Égalité espagnole, Irene Montero, y siège. Elle réclame, autour de la notion de consentement, la dépénalisation des relations sexuelles entre enfants consentants et adultes. Il existe un courant intellectuel très fort, l’infantisme, qui considère qu’il n’y a pas de différence entre adultes et enfants. Les premiers n’ont pas autorité sur les seconds. Qu’est-ce que cela nous prépare, sinon de faire tomber l’interdit de l’inceste??
Y a-t-il la même tentation chez Mélenchon ?
Au Parlement européen, quel que soit le texte qu’on étudie, et quels que soient le sujet et l’objet de ce texte, le groupe The Left, où siègent les députés insoumis, a l’obsession de mettre partout la théorie du genre ou l’avortement, au mépris des législations nationales. Ils veulent imposer leur agenda politique par le biais de directives incitant à ce que les droits sexuels et reproductifs soient illimités.
« S’en prendre aux enfants est ignoble. Ils vont être les premières victimes de ce nouveau délire idéologique. »
Laurence Trochu
Vous écriviez il y a peu que « l’Europe n’arrive plus à sortir du socialisme mental ».
S’en prendre aux enfants est ignoble. Ils vont être les premières victimes de ce nouveau délire idéologique. La diffusion de ces théories dans les écoles est une violence faite aux enfants sous couvert de bienveillance. Encore une fois, les motifs au nom desquels cette politique est menée sont bien pleins de bonnes intentions, dont on sait qu’elles pavent le chemin de l’enfer. Bien évidemment que je veux aussi protéger les enfants de la pornographie et des abus en tout genre, au premier rang desquels les abus sexuels. Mais quand on conteste la manière de le faire, ils nous font passer pour des bourreaux d’enfants?!
Que faire au quotidien pour rééduquer, réparer ou guérir le malade ?
En France, on est encore plus dingo qu’ailleurs?! Il y a une fierté à aller encore plus vite, et plus loin dans la déconstruction. Mais des pays font marche arrière, sur le sujet du transgenrisme par exemple. Ils ont commencé plus tôt, ont vu les dégâts que cela causait et nous alertent. Je pense à la Suède particulièrement. Il faut donc prendre soin de la famille. Les élus locaux peuvent y contribuer. Ça commence par l’accompagnement à la parentalité, la préparation au mariage civil, etc. Il faut continuer de susciter des oppositions, et ne cesser de rappeler la réalité, même si elle déplaît. Il faut se battre pour avoir le droit de dire que deux et deux font quatre et que la pluie mouille?! Même s’il y a de la lassitude, après tant de combats perdus depuis 2013. Mais plutôt que de nous décourager, cette lutte devrait susciter des vocations pour s’engager en politique, dans les associations, y compris des associations de parents d’élèves dont on sait qu’elles peuvent vraiment avoir du poids. La nature a horreur du vide et si nos adversaires ont autant de pouvoir, c’est aussi parce qu’on leur a laissé la place.
Vous avez évoqué la création d’îlots ?
Le deuxième outil, c’est effectivement la création et le développement d’îlots préservés parce qu’on a aussi besoin que les enfants grandissent dans la sérénité. Je pense par exemple aux écoles hors contrat. Il n’y a pas de modèle unique. Il faut essaimer avec des modèles de résistance qui doivent s’adapter aux circonstances locales. Et ne pas lâcher. Il n’y a rien de pire que de se désengager au motif que c’est trop dur, trop long, que c’est foutu, etc. Quand j’aurai des petits-enfants, je veux pouvoir leur répondre s’ils me demandent « qu’as-tu fait?? ». On ne peut pas déserter.
Adieu papa maman
« Parent 1, parent 2 » plutôt que « père » et « mère » ?: cette petite modification qui se répand depuis une dizaine d’années à tous les niveaux du droit français peut sembler anodine par rapport à notre sujet. Et pourtant, elle signale un changement d’ampleur des rapports entre les familles et l’État administratif. Dans toute société normalement constituée, le droit a pour tâche d’encoder les réalités naturelles qui précèdent le politique, en l’occurrence la nécessité d’un père et d’une mère pour engendrer un enfant, afin de leur donner une assise légale. Avec ce changement insidieux, en plus d’employer des termes objectivement mensongers, l’État se fait au contraire le promoteur d’une conception artificielle et volontariste de la parentalité, et modifie par là l’économie familiale?: les parents ne sont plus les géniteurs naturels de l’enfant, mais ceux qui auront été reconnus/qui se seront déclarés comme tels par/à l’état civil, quels que soient par ailleurs leurs rapports biologiques à l’enfant. En clair, au lieu de constater l’identité des deux géniteurs, le tampon administratif avalise une volonté de parentalité. C’est ni plus ni moins changer l’essence de la parentalité, donc de la famille. À quand les parents 3 et 4 ? Rémi Carlu





