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Le meilleur et le pire des essais de mars

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Publié le

27 mars 2025

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Chaque mois, L’Incorrect sélectionne pour vous le meilleur et le pire de l’actualité intellectuelle. Perles rares ou navets survendus, authentiques exploits ou pathétiques arnaques : à rebours de la tyrannie du médiocre, nos critiques vous redonnent le sens des hiérarchies. Alors, sur quel livre vous faut-il vous jeter avec urgence, et lequel fuir sans vergogne ? Réponse pour ce mois de mars.
Le Penseur d'Auguste Rodin (© DR)

GUERRE ET PAIX

LA GUERRE JUSTE, PIERRE DE LAUZUN, Boleine, 90 p., 9 €

Dans ce court essai, Pierre de Lauzun, ancien haut fonctionnaire, à la fois économiste et philosophe, pose la question de la guerre juste à l’heure actuelle. Selon cette doctrine classique, une guerre peut être dite « juste » si elle répond à divers critères de discernement (juste cause, bonté de l’intention, raisonnable chance de succès, proportionnalité, recherche de la paix, etc.). La force de cette théorie est de donner d’authentiques critères moraux qui soient en même temps réalistes. Il apparaît alors que faire la guerre n’est pas toujours le mal absolu, mais peut être légitime et même nécessaire à la paix. L’auteur applique ensuite cette doctrine aux conflits russo-ukrainien et isréalo-palestinien pour tenter de les évaluer moralement. Il insiste sur le rôle des Occidentaux qui devraient être de contribuer à construire une paix durable et réelle, plutôt que de prendre passionnément parti pour l’un ou l’autre des belligérants. L’écueil en la matière est bien le moralisme manichéen, qui justifie les guerres menées au nom du bien et rend finalement impossible la paix avec un adversaire qui a été diabolisé. Ainsi ce livre est-il une modeste contribution à la réflexion sur un sujet épineux à tous points de vue, à l’aide d’une méthode de prudence et de rationalité pratique, ni cynique ni idéologique. Elie Collin


TENAILLE IDÉOLOGIQUE

DE GAÏA À L’IA, JEAN-PAUL OURY, VA Éditions, 284 p., 24 €

Docteur en histoire des sciences et technologies, Jean-Paul Oury signe un essai remarquable par l’ampleur et la rigueur de son analyse. L’auteur dénonce les idéologies qui empêchent la science d’être une ressource d’adaptation pour les humains. D’un côté, l’écologisme, idéalisant la nature, vecteur d’un nouveau totalitarisme cherchant à imposer la décroissance, et pour ses militants les plus extrêmes la disparition de l’espèce humaine. De l’autre côté, une foi aveugle dans la technologie incarnée par le courant du transhumanisme, qui dessine un monde tout aussi dangereux, basé sur le contrôle et la surveillance par les algorithmes. Cherchant un chemin entre Charybde et Scylla, Oury va regarder de près les arguments de ses adversaires, pour en dénoncer l’absurdité – c’est la force de l’ouvrage. Et il fait l’effort d’expliciter les oppositions philosophiques sous-jacentes aux discussions, pour mieux souligner les paradigmes de pensée à l’œuvre. Il se dégage de ces réflexions une position rationnelle, ouverte, réaliste, attachée aux idéaux de liberté. Et sachant toujours distinguer les disciplines : politique, science, philosophie, épistémologie. Cette rigueur intellectuelle est probablement ce qui rend cet ouvrage indispensable, et permet à Oury de présenter une véritable politique scientifique pour notre pays. Lomig Unger


À DIEU RIEN D’IMPOSSIBLE

LA POSSIBILITÉ DE DIEU, AURÉLIEN MARCQ, FYP Éditions, 216 p., 23 €

Muray l’a montré dans son XIXe siècle à travers les âges, à toute phase rationaliste succède un retour du refoulé transcendantal, sous ses formes les plus diverses. Nous entrons dans cette phase. Polytechnicien et essayiste, contributeur de Causeur, Aurélien Marq a le grand mérite de cadrer la discussion dans La Possibilité de Dieu, ouvrage modeste et délicat, préfacé par Rémi Brague, dont la conclusion fait office de sous-titre : il n’est pas absurde de croire en un ou des dieux. Loin de tout dogmatisme, soucieux d’une discussion apaisée, précise et argumentée, nourrie d’une grande connaissance des religions lointaines, il reprend la question de Dieu à zéro et cherche, avec précaution, à dégager un espace pour le « mystère » au travers d’un dialogue entre science, philosophie et foi. Après avoir spécifié ce que recouvre « Dieu », Marcq répond sur le fond aux principaux arguments athées, montrant qu’aucun ne permet de démontrer son inexistence – sauf à confondre le « réel observable » et une « modélisation cohérente et efficace du réel observé ». Au moment d’avancer de bonnes raisons de croire, il privilégie l’angle moral, esthétique et poétique. Le texte allant, on voit surtout un auteur qui écrit pour clarifier ses propres questionnements – ce livre est une prière, dit-il. Puisse-t-elle être entendue. Rémi Carlu


CHEZ LES ANGLO-SAXONS : LE POINT GOODWIN

BAD EDUCATION, MATTHEW GOODWIN, Penguin, 288 p., 34 €

L’un des rares professeurs en sciences sociales à étudier le populisme et le conservatisme au Royaume-Uni, Matthew Goodwin a décidé de claquer la porte de l’université. Dans Bad Education, il explique sa désillusion envers les institutions d’enseignement supérieur, qui s’éloignent toujours davantage de leurs idéaux de liberté de pensée et de recherche de la vérité. L’auteur pointe du doigt la montée du wokisme, qui rend l’atmosphère universitaire irrespirable pour tous ceux qui n’y adhèrent pas. Goodwin met également en lumière la montée en puissance de la bureaucratie universitaire, au détriment des intellectuels qui étaient pourtant le cœur de l’université. La gestion bureaucratique a engendré une baisse des standards et une dévitalisation de la vie académique, dans le seul but de plaire aux « étudiants-clients ». Ce mode de gestion a encouragé le désengagement des étudiants, qui sont de moins en moins nombreux à assister aux cours ou à participer aux activités sur le campus. À l’exception de la minorité idéologique aux commandes et des bureaucrates grassement payés, tout le monde ressort perdant de cette culture délétère. Refusant l’angélisme libéral qui voudrait qu’il suffise de débattre avec eux pour que l’institution change, Goodwin plaide pour une intervention étatique afin de remettre les universités au service de leur mission fondamentale. Un essai salutaire sur un enjeu incontournable. Matthias Dumas

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