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Le rapport qui révèle les graves abus de l’État contre l’enseignement catholique

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Publié le

6 janvier 2026

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Fouille des cartables, questions intrusives, retrait des croix ou effacement des références chrétiennes : L’Incorrect publie en intégralité le rapport du Secrétariat général de l’enseignement catholique, qui fait état de graves abus d’autorité de la part des inspecteurs diligentés par l’État pour contrôler les écoles catholiques.
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Le combat pour l’école libre victorieusement mené en 1984 est-il en passe d’être perdu aujourd’hui ? Face à l’agressivité de l’appareil d’État instrumentalisant la laïcité pour caporaliser l’enseignement catholique, la question mérite d’être posée. Ou bien cette agressivité est-elle l’un des symptômes d’une institution au bord de l’effondrement et entrée dans une fuite en avant idéologique ?

Suite à l’affaire Bétharram, Élisabeth Borne, alors ministre de l’Éducation nationale, avait annoncé 1 000 contrôles dans les écoles privées avant la fin de l’année. L’actuel ministre, Édouard Geffray, a indiqué fin octobre que plus de 850 contrôles avaient déjà été menés et que l’objectif serait effectivement atteint.

Mais c’est peu dire que ces contrôles se sont très mal déroulés. Auditionné le mardi 2 décembre par la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale, le secrétaire général de l’enseignement catholique Guillaume Prévost avait alerté de « graves abus d’autorité » lors de certaines inspections « une trahison profonde de la confiance des familles et un dévoiement grave de l’autorité dont nous avions la charge ». Le rapport établi par le Secrétariat général de l’enseignement catholique (SGEC), beaucoup cité mais jamais publié à ce jour, recense effectivement les témoignages de très nombreux directeurs d’établissement et fait état de « trop nombreux abus d’autorité », qui montrent que « sous couvert de protection des enfants, l’administration s’est surtout attachée à défendre des intérêts corporatistes au détriment de la liberté des familles et de l’engagement des personnes ». Sous prétexte de lutte contre les « violences », les inspecteurs s’en prennent ouvertement, sur la forme et la fond, à l’enseignement catholique en tant qu’il est catholique, bafouant ainsi toute forme de liberté pédagogique.

Le rapport montre d’abord des méthodes de contrôle abusives et arbitraire, comme le montre ces témoignages de directeurs concernant des inspecteurs qui font irruption dans les salles et se comportent de manière intrusive : « Les inspecteurs sont entrés dans les classes en interrompant les cours pour regarder les cahiers, sans même se présenter et ont fouillé dans les cartables des élèves. » « Les contrôleurs coupent la parole des enseignants, s’emparent des cahiers et des affaires des jeunes, ce qui perturbe les séances » Ailleurs, « le classeur personnel d’une enseignante lui est pris sans pouvoir contester ; le cours est interrompu. Le casier d’un élève est vidé sur la table pour en examiner tout le contenu. » De très jeunes enfants sont interrogés seul à seul ; les comptes-rendus d’entretiens ne peuvent pas être relus par les interviewés ; des inspecteurs cherchent même à accéder aux messageries privées des professeurs. Des questions intrusives ou orientées sont posées, comme « N’êtes-vous pas choqué par la tenue vestimentaire identique de vos élèves ? Pensez-vous qu’ils sont libres de s’habiller comme ils veulent ? », « Allez-vous aux offices religieux ? », « Vos élèves ont-ils une vision genrée de la société ? » ou « Pourquoi accordez-vous les excellences à un élève qui a 17 sur 20 et pas à celui qui fait des efforts ? ». Un professeur témoigne : « Les 2 IPR ont orienté les entretiens avec les enseignants, les élèves et les parents vers le caractère propre, le projet pastoral et la liberté de conscience. Ils ont cherché sur quel point ils pouvaient nous piéger. » Certains contrôles s’enchaînent successivement dans les mêmes établissements, ne respectant pas les délais de mise en œuvre des recommandations préalablement formulées. D’autres contrôles inopinés semblent motivés par des raisons idéologiques ou politiques.

Le rapport révèle ensuite des atteintes manifestes au caractère catholique des établissements, notamment de leurs libertés concernant l’organisation du temps scolaire, l’organisation pédagogique et le règlement intérieur. « Il est interdit de mettre un 0 à un élève qui a triché. » À Lyon et en Vendée, des options sont interdites en cours d’année, alors qu’elles avaient été validées par le rectorat avant septembre. Certains inspecteurs s’en prennent ouvertement au caractère catholique des établissements : ils recommandent de ne plus parler de « Création » ou de phrase tirée de la Bible, de supprimer les croix, icônes et coin-prière dans les classes, reprochent même à un établissement de vouloir « développer la vie intérieure ». Il serait interdit d’afficher le Notre Père et le Je vous salue Marie dans les classes. Ailleurs, « invitation de la part de l’inspectrice à voiler le caractère propre de l’établissement au profit de la mission publique de service d’enseignement qui doit prévaloir, selon elle sur le charisme de notre tutelle congréganiste ». La quasi-intégralité des rapports exige que l’enseignement complémentaire de culture chrétienne pour tous les élèves soit facultatif.

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Il dévoile enfin des abus d’autorité et des excès de pouvoir des autorités académiques, au-delà des contrôles. « Des copies des mises en demeure ont été envoyées au préfet, au maire de la commune, et cela avant toute procédure contradictoire, sur des éléments sujets à caution, voire diffamatoire » « Les chefs d’établissement concernés se sentent conduits à l’échafaud », poursuit le rapport. Il y a aussi, à Amiens, cette religieuse mise à l’écart, licenciée et virée de son logement « sur la base de quelques propos d’élèves recueillis dans des conditions contestables ».

Quand l’État laïciste relance la guerre des deux écoles

On se souvient de la publication, le 25 juin dernier, du rapport de la commission d’enquête parlementaire présidée par Violette Spillebout (Ensemble pour la République) et Paul Vannier (La France insoumise) « sur les modalités du contrôle par l’État et de la prévention des violences dans les établissements scolaires ». Dans ce rapport, sont particulièrement pointés du doigt les établissements catholiques. Une partie des recommandations concerne donc directement ceux-ci. L’une d’elle est de« confier à la direction générale de l’enseignement scolaire les mêmes missions, s’agissant des établissements privés sous contrat, que celles qui lui sont confiées pour les écoles et établissements publics ». Violette Spillebout et Paul Vannier proposent aussi que des mesures de prévention et de lutte contre les violences physiques et sexuelles soient directement intégrées « dans les clauses des contrats liant les établissements privés à l’État ».

Dans cette affaire, tout le problème tourne autour de ce que l’on nomme violence. Là où le grand public entend spontanément, et à juste titre, violences physiques, abus sexuels et brimades répréhensibles, les deux parlementaires, suivis par nombre d’inspecteurs, étendent le sens de cette notion pour y inclure ce qu’y met le wokisme promu par le gauchisme culturel. Peut ainsi être considéré comme violent le discours que tient l’Église catholique sur l’orientation sexuelle et l’identité sexuelle. Dès lors, c’est progressivement toute la fondation anthropologique et morale de la vie scolaire dans l’enseignement catholique qui est susceptible d’être accusée de violer « les valeurs de la République » identifiées aux revendications des minorités et à « la lutte contre les discriminations ». Par exemple, considérer les actes homosexuels comme « intrinsèquement désordonnés », selon l’expression du Catéchisme de l’Église catholique, peut être dénoncé comme une violence homophobe.

Ce dont témoigne le rapport que nous publions est l’instrumentalisation de la légitime détection de la violence en vue de contester tout caractère propre aux écoles privées. Les graves manquements dont fait état le rapport du SGEC ne sont pas des dérapages, ils sont le reflet fidèle d’une idéologie qui ne supporte pas qu’à côté d’un enseignement d’État existe un enseignement libre.

À ceux qui objecteraient que cet enseignement privé étant financé par l’État, il est normal qu’il se soumette aux inspections de l’État, rappelons que la loi Debré en 1959 déclare dans son article 1 : « L’État proclame et respecte la liberté de l’enseignement et en garantit l’exercice aux établissements privés régulièrement ouverts. (…) Dans les établissements privés qui ont passé un contrat avec l’État prévus ci-dessous, l’enseignement passé sous le régime du contrat est placé sous le contrôle de l’État. L’établissement tout en conservant son caractère propre, doit donner cet enseignement dans le respect total de la liberté de conscience. » Cette dernière phrase signifie que l’établissement privé a la liberté d’enseigner le programme obligatoire selon une modalité respectant son caractère propre, en l’occurrence ici catholique. La question se concentre donc sur ce qu’il faut entendre par dans le respect total de la liberté de conscience. Or il faut constater une évolution paradoxalement liberticide d’une telle expression. En effet, en quelques décennies, on est passé d’une conception du respect comme exigeant de ne pas imposer à quelqu’un une croyance contre son gré au fait de ne pas être exposé à un discours au titre qu’il pourrait être ressenti comme offensant. Dès lors, garantir un espace sûr (safe space) comme moyen de lutte contre la violence systémique et symbolique est devenu en quelques années le moyen principal de récuser tout enseignement refusant d’adopter une neutralité anthropologique et morale. Les inspecteurs de l’Éducation nationale s’appuient ainsi objectivement, si ce n’est consciemment, sur ce type de présupposés pour pourchasser toute « violence » dans les établissements catholiques. Ceux-ci sont sommés d’enseigner le nouveau petit catéchisme républicain sous peine d’apparaître comme mettant en danger les enfants qu’ils accueillent.

Le rapport ci-dessous manifeste une saine réaction de survie de l’enseignement catholique. À un an et demi de la prochaine présidentielle, qui a intérêt à relancer la guerre scolaire ?


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