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LE ROMAN FRANÇAIS EN CINQ PLAIES

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Publié le

8 septembre 2024

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La rentrée littéraire charrie comme toujours son lot de navets formatés. Plutôt que de faire dans le détail, L’Incorrect vous propose cinq symptômes de la médiocrité littéraire contemporaine repérés sur cinq romans. Temps de lecture économisé : environ 36 heures. Par Jérôme Malbert, Marc Obregon et Romaric Sangars
  1. LE STAND-UP COMMUNAUTAIRE

Une suite de Kiffe kiffe demain, qui en 2004 a rendu Guène célèbre, pourquoi pas ? Hélas, le roman ressemble à un stand-up laborieux où la comédienne s’agite beaucoup pour compenser le niveau moyen du texte – points d’exclamation, anglais, arabe, majuscules, ça crépite dans tous les sens. Difficile, du coup, de comprendre de quoi il est question : « Contrairement à ce qu’on craignait, ça s’est plutôt bien passé avec l’autre femme, alias Pepsi, concurrent direct de Coca AKA la tante Z, toujours imitée jamais égalée. D’autant que Cas-père a eu avec Pepsi une fille, alias Pepsi max, ça aussi, belle surprise pour Youcef, Réda et Hamza », etc. Restent les blagues sur l’islamophobie, qui tournent vite au fonds de commerce. La première arrive en page 3. On en a lu une, on en a lu mille. JM

KIFFE KIFFE HIER ?, Faïza Guène, Fayard, 256 p., 20€90

  • LA FICTION VIGILANTE

Été 2027, le narrateur quitte Paris sur un coup de tête avec une femme rencontrée la veille dans un café. Direction le Sud, où ils vivront dans une location et apprendront à se connaître ; elle est indocile et secrète, ce qui rend la cohabitation compliquée… La fuite de ce narrateur en suspension, son histoire ambiguë avec cette compagne farouche et fraîche ont quelque chose d’envoûtant. Hélas, l’arrière-plan de dystopie politique (crispations liées à des arrivées de migrants, pénurie d’essence, régime autoritaire en vue) aligne tous les clichés du roman engagé, avec ses gros sabots et ses allusions éléphantesques aux zeures-les-plus-sombres – « J’évoque à Mélanie le siège de la Gestapo, je lui susurre le nom de Charlotte Salomon », etc. Loi universelle : même avec du métier, la fiction vigilante est toujours ridicule. JM

LA FERME DU PARADIS, Bernard Comment, Albin Michel, 264 p., 20,90 €

  • LE BRÛLOT ÉROTICO-ADO 

C’est sans doute la plaie qui nous inspire le plus de compassion, parce qu’elle a des allures de jeunesse, d’urgence et de nécessité, mais voilà : la fièvre, il faut la maîtriser pour la transmettre, sinon la suffocation des phrases vire au dégueulis syntaxique et les formules choc aux effets risibles (« Je lui ai dit que le chiot me rendait heureuse. Il s’est levé à l’aube pour le tuer. La douleur de cette perte me fait mal au sexe. ») Pathologie typique des premiers romans, celui de Félicia Viti, relatant une liaison lesbienne toxique entre la narratrice et « L. » – comme « elle », attention… – en porte tous les symptômes : tape-à-l’œil et hystérique, le désordre passionnel qu’il met en scène vire vite au pudding sexo-larmoyant. Il s’agirait de grandir. RS

LA FILLE VERTICALE, Félicia Viti, Gallimard, 112 p., 15€50

  • LA SATIRE POLITIQUE 

On le sait depuis Pierre Jourde, exister en littérature n’est plus une affaire de littérature. Le roman qui fera parler de vous, c’est d’abord celui qui parle des autres. Un bon name dropping, quelques accusations gratuites, un sujet calibré pour les instits et le 6-9 de France Inter : « la fin du parti socialiste ». Rien que ça. Ici, Bellanger s’en prend au Printemps Républicain, que tout le monde, soyons honnête, avait oublié, et affuble quelques personnages publics de sobriquets grotesques. Voilà bien une des plaies majeures du roman français : le roman politique de petit malin. Enfin, malin, c’est vite dit : le style post-houellebecquien de Bellanger n’a jamais été aussi proche du zéro – on jurerait lire un rapport d’activité livré par un col blanc de Mc Kinsey. Sans craindre le ridicule l’auteur se place sous le patronage de Balzac. Las, son projet romanesque n’est qu’un vilain pansement boursouflé appliqué sur sa moraline de petit homme de gauche duplice et méchant. MO

LES DERNIERS JOURS DU PARTI SOCIALISTE, Aurélien Bellanger, Le Seuil, 480 p., 23€

  • L’AUTOFICTION SULFUREUSE 

On en viendrait à regretter Catherine Millet. Emma Becker nous assomme depuis dix ans avec des autofictions bâclées qui se voudraient sulfureuses mais qui sont surtout d’un narcissisme et d’une bêtise redoutables. Les femmes n’ont toujours pas compris que le sexe n’a jamais été un bon sujet romanesque. C’est à la limite un décor. Mais voilà, Emma Becker estime que ses histoires de cul nous intéressent et nous livre donc un énième pensum égotique et mal branlé où la seule articulation repose sur une tension complètement factice, du niveau du courrier des lectrices de Femme Actuelle, entre sa nymphomanie et son amour pour ses enfants. Au final, on se demande bien ce que les hommes trouvent à cette passionaria en toc arrogante et vénale, qui se rêve Lady Chatterley mais qui tend plutôt vers Jacquie et Michel. MO

LE MAL JOLI, Emma Becker, Albin Michel, 416 p., 21€90

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