Au XIXe siècle, on pensait que le soleil était mauvais pour la santé, mentale notamment, et qu’il fallait absolument s’en protéger. Curieuse époque qui ignorait le charme trouble des marques de maillot de bain. Un médecin multi-casquettes va alors conduire une série d’analyses spectrographiques pour trouver un moyen de filtrer les méchants rayons du soleil. Cet homme s’appelle Louis Westenra Sambon. Il est anglais, mais sa mère est italienne et son grand-père est français : triple passeport pour l’élégance, on en conviendra.
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Après moult recherches, ce gentilhomme cosmopolite trouve donc un tissu qui lui paraît pas mal pour résister au cagnard des colonies, et à toutes les terribles maladies qui frappent les soldats britanniques : avec un côté beige tirant légèrement sur le vert, et un côté rouge brique, ce tissu, qu’il appelle « solaro », donc, a des propriétés qui lui semblent intéressantes pour prévenir la formation des cancers de la peau. Le côté brique, puisque c’est lui qui contient les pouvoirs magiques, est censé filtrer les ultraviolets. Smith Woollens démarre la production à la fin des années 1900, les soldats des Indes l’utilisent pour leurs casques (côté rouge) et leurs uniformes (côté beige). La légende démarre.
Assez rapidement, le solaro se fait une place dans le vestiaire de l’honnête homme. Il est évidemment porté par Gianni Agnelli, qui lui donne ses lettres de noblesse, mais demeure le seul patron de grand groupe à l’avoir porté (et sans doute le seul à pouvoir le faire sans avoir l’air d’un con). Les industriels italiens l’adoptent ensuite, les élégants d’Europe emboîtent le pas, et le solaro connaîtra même son heure de gloire relative vers 2015, quand il sera un « indispensable » de la garde-robe estivale, avant de retomber dans un confortable demi-anonymat. Plus lourd que le lin, plus léger que le reste, il semble austère mais change de couleur au soleil. Bref, il est parfait pour l’heure de la passeggiatta, ce moment où, dans le ciel d’Italie, le soleil commence à mettre ses Persol avant de monter sur son char Vespa vert amande, ce moment où tout le monde, sur les pavés d’une quelconque ville transalpine, marche au ralenti en portant ses plus belles sapes – un moment que nous, en France, parce qu’on n’est pas des bêtes, on assimile à l’apéro.
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C’est vrai que le solaro n’est pas vraiment un tissu hivernal, ni vraiment un tissu frais. C’est vrai qu’il est difficile à assortir et impossible à porter autrement qu’en tant que costard ; que c’est plutôt un tissu connoté et que, comme le seersucker vous renverra au Kentucky et aux riches heures de la Sécession, le solaro vous renvoie à l’Italie du Nord éternelle, Agnelli, Montezemolo et tutti quanti. C’est vrai qu’il réclame un certain culot et qu’il est identifiable à cinquante mètres. Mais quelle gueule ça a tout de même !





