Les autocrates sont des gens qui ont des messages à faire passer. On peut se mettre d’accord sur cette prudente définition. Alors, oui, ils le font parfois un peu frontalement. Ok. Ça torture dans les caves, ça bombarde tout ce que ça peut, ça décime des populations étrangères pour un oui ou pour un non, et quand il n’y a pas de populations étrangères à se mettre sous la dent, ça flingue ses propres concitoyens.
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Regardez les purges de Staline ou la révolution culturelle de Mao. Assez impressionnant, et sans doute pas hyper porteur d’espoir en la nature humaine. Mais retenons qu’ils le font dans un but éthique, et que cette éthique est elle-même portée par une réflexion esthétique. En un sens, les dictateurs sont des existentialistes kierkegaardiens, à ceci près que le Danois passait de l’esthétique à l’éthique par le biais de l’ironie – qui n’est pas la qualité la mieux partagée dans les régimes non-démocratiques.
L’esthétique dictatoriale passe par une certaine élégance. Si, si. Il y a certes les uniformes moches : les pyjamas nord-coréens, les costumes noirs-cravates rouges interchangeables des mandarins du troisième millénaire…mais il y a aussi, par exemple, la collection Hugo Boss 33-45 des apôtres du Mal, dont l’idée d’uniformes noirs est terrifiante jusqu’à nos jours, car le style ne se démode pas, comme disait Coco Chanel, qui s’y connaissait bien en uniformes allemands. Au-delà des uniformes, le dictateur est coquet par construction : le célèbre cran Smalto a orné les revers des vestes de quasiment tous les dictateurs africains (à égalité avec Camps de Luca peut-être) ; Erdogan est toujours impeccable ; Bachar, malgré des nœuds de cravate un peu vulgaires, présente mieux que ses voisins. Quand on est dictateur, on peut aussi en rajouter dans la sape. Bon courage à celui qui osera dire que c’est too much. Toque en léopard de Mobutu (inventeur cependant de l’abacost, pour « à bas le costume »), costards plus que parfaits de Hassan II ou Anouar el Sadate…et jusqu’à la version exubérante (et ridicule) de Mohammed VI, fusion Dragonball Z entre un Carlos dopé aux cornes de gazelle et un Orlando sous sucre glace.
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En démocratie, on se méfie des gens bien sapés – d’où le « dressing down ». Si Jean-Marie Le Pen avait troqué le croisé et la pochette pour un costume bleu trop petit, il aurait peut-être gagné, allez savoir. Notons tout de même une amusante exception dans le monde libre autoproclamé : Charles Michel, président du Conseil européen, est plutôt sarto, presque un peu trop parfois. Gilet croisé, faux trois boutons, rayures tennis, bretelles, la totale : la tête de Monsieur Patate sur la penderie d’Hugo Jacomet. Mais l’Union européenne est-elle vraiment une démocratie ?





