Skip to content

« Les Amants astronautes » : les duellistes

Par

Publié le

2 juillet 2025

Partage

« Si personne n’a filmé mieux que lui la tension sexuelle comme un vecteur d’indépendance et d’individualité, Les Amants astronautes délaisse cette dimension au profit du langage, beaucoup plus retors que l’évidence des corps. » Critique du film « Les Amants astronautes » de Marco Berger.
© Optimale Distribution - Les Amants astronautes

Un jeune gay à moitié espagnol retrouve en Argentine un ami d’enfance qui lui propose de simuler avec lui un couple homo afin de susciter de la jalousie chez son ex pour la reconquérir. Dixième long-métrage de Marco Berger (quatre seulement ont été distribués en France, dont le dernier, le splendide Colocataire, malheureusement en plein COVID), Les Amants astronautes sera probablement l’occasion d’un malentendu puisque le film semble ressortir du genre comédie romantique. S’il présente les invariants du cinéma de Berger – le huis clos dans une maison de vacances, les sexualités divergentes de deux possibles amants – un élément nouveau perturbe ce qui semblait une recette établie, la parole qui se déploie avec une agressivité inédite jusqu’à la logorrhée. Il n’est pas question ici de séduction mais pratiquement d’annexion, et les deux personnages principaux – l’hétéro qui attaque et l’homo qui se défend – sont pris dans un combat où ne pourra triompher qu’un et un seul. La redondance des obscénités – assez clairement inspirée des premiers Almodóvar – apparaît d’autant plus gênante que Berger resserre rapidement l’intrigue sur le prétendu couple.

Lire aussi : « I Love Peru » avec Raphaël Quenard : et moi, et moi, et moi

Tout le film est un piège tendu sans qu’on sache exactement qui tire les ficelles. Le malaise s’installe de ces métaphores filées sur l’astronaute et la fusée et d’autres intraduisibles qui semblent parvenir jusqu’à nous en allusions douteuses et ombrées, comme si aucune parole vraie ne pouvait jaillir de la bouche des deux jeunes hommes. Berger a toujours aspiré au cocon ou à la bulle, au sens que lui donne Peter Sloterdijk, une sphère d’immunologie protégée des agressions extérieures, comme dans Taekwondo coréalisé avec Martin Farina, merveilleux conte rohmérien sur la constance et son probable chef-d’œuvre. Si personne n’a filmé mieux que lui la tension sexuelle comme un vecteur d’indépendance et d’individualité, Les Amants astronautes délaisse cette dimension au profit du langage, beaucoup plus retors que l’évidence des corps. Il suffit de voir les allures de renard de Lautaro Bettoni face à Javier Oran, proie toute désignée qui entre trop facilement dans le jeu de son partenaire. Masquée par l’adulescence un peu forcée des personnages et la musique de Pedro Irusta qui nappe aléatoirement l’ensemble, comme pour retarder le désenchantement à venir, la cruauté patiente en embuscade. On pense à Bonjour tristesse, tant la mort du secret laisse à nu. Le faux happy end abusera qui voudra, on sait bien qu’un seul cœur brisé regardera la mer sans aucun rayon vert à l’horizon.


LES AMANTS ASTRONAUTES (1h57), de Marco Berger, avec Javier Oran, Lautaro Bettoni, Ailin Salas, en salles le 2 juillet.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest