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Les critiques musicales d’avril

Chaque mois, L’Incorrect sélectionne pour vous le meilleur et le pire de l’actualité culturelle. Perles rares ou navets survendus, authentiques exploits ou pathétiques arnaques, ici se poursuit l’ambition de distinguer. À rebours de la tyrannie du médiocre, du politiquement convenable et du consensus, nos critiques vous redonnent le sens des hiérarchies. Place aux critiques musicales d'avril.

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© Louis Lecomte pour L'Incorrect

Les souffrances du jeune Stromae

Multitude, Stromae, Polydor, 15,99€

Cela faisait neuf ans – et pas un de moins – que l’on n’avait pas eu de nouvelles du maestro du plat pays. En effet, après la sortie de Racine carrée en 2013, le chanteur s’était fait très discret, préférant se consacrer à son label Mosaert et à sa ligne de vêtements unisexe. La faute à un burn-out artistique, paraît-il, mais aussi à une santé défaillante. Le voilà enfin de retour avec Multitude, un nouveau disque aussi riche musicalement que trivialement neurasthénique. En effet, si l’album commence sur une note optimiste et combative avec le morceau « Invaincu » inspiré par la victoire du chanteur sur la maladie, on glisse rapidement dans le pathos avec des morceaux larmoyants à souhait. En petit Schopenhauer de la pop belge, le jeune Stromae explore les affres de l’existence humaine en abordant des thèmes aussi contemporains que la dépression (« Mauvaise journée »), les couples mal assortis (« Pas vraiment ») ou la solitude (« La solassitude »). Il est vrai que la musique de Stromae n’a jamais été un hymne à la joie – la faute sans doute à l’histoire personnelle du chanteur – mais on aurait préféré moins de misérabilisme. Au niveau des textes, on frôle parfois le grotesque le plus accompli voire le scatologique franc comme dans le titre «C’est que du bonheur » qui aborde la question de la paternité sous l’angle des couches-culottes maculées. Sans doute l’influence d’Orelsan qui, comme l’a avoué l’intéressé dans une récente interview pour le média Brut, donnerait régulièrement au chanteur un coup de main sur la rédaction de ses textes? Bien sûr, tout n’est pas à jeter dans l’océan de tristesse qu’est Multitude: l’interprète de « Formidable » a toujours le pouvoir de susciter des émotions sincères, qu’il aborde la tragédie du suicide dans « L’enfer » ou qu’il fasse l’éloge des invisibles de la République avec « Santé » ou encore qu’il se mette dans la peau d’un fils de prostituée dans « Fils de joie ». Jamais moralisateur, Stromae évite tout parti-pris politique à l’exception d’une timide dénonciation du machisme sur la chanson « Déclaration ». Musicalement, Stromae a choisi de miser sur l’exotisme de la musique du monde mais l’utilisation d’instruments méconnus comme la vièle chinoise erhu, la flûte persane ou la charango andin dissimule mal l’indigence des rythmiques que l’artiste compose dissimulé derrière l’écran de son ordinateur. Décevant.  Mathieu Bollon

Irrésistible

Hima, David Aubaile & Julien Tekeyan, Profile-on-air, 14,99€

Voici un album qui ne s’entend pas mais qui s’écoute… et plusieurs fois, probablement, avant de rentrer dans « La Décadanse, The Avengers » en référence à «Chapeau Melon et bottes de cuir », « Kobagna », «Caterpillar », autant de titres qui ne livrent pas leur substance si aisément. HiMA, (« maintenant » en arménien) est rythmiquement imparable, et mélodiquement imprévisible. C’est fou, libre, ça se paie des faux-airs de Capharnaüm mais cela retombe toujours sur ses pattes! On comprend pourquoi en faisant un tour dans la biographie du pianiste-flûtiste David Aubaille. Quant à Julien Tekeyan, qui avoue rechercher en permanence profondeur, rondeur et chaleur dans son jeu de batterie et percussions, c’est précisément ce qui fait mouche ici. Curiosité et improvisation en chemins inconnus: voici les fils conducteurs de leurs explorations sonores imposant une vitalité formidable d’une joie contagieuse. Alexandra do Nascimento [...]

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