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Libye : vers un début de retour au réel ?

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Publié le

12 novembre 2017

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Libye-L'Incorrect

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Six ans après la désatreuse campagne franco-anglaise, la Libye se recompose lentement. Des forces qui s’y affrontent, l’ordre y surgira-t-il ?

 

En Libye, la reconnaissance du général Haftar par Vladimir Poutine a eu pour conséquence d’obliger les Occidentaux à sortir de leurs nuées pour commencer à envisager d’en revenir au réel. Confrontés au drame qu’ils provoquèrent en renversant le régime du colonel Kadhafi, les Européens prétendaient en effet reconstruire la Libye autour d’un préalable électoral et du refus obstiné de voir que la démocratie individuelle est incompatible avec le système tribal libyen.

À l’opposé de cette politique idéologique et pour tout dire hors sol, la Russie a tout au contraire déroulé un plan réaliste appuyé sur les véritables rapports de force militaires et tribaux. Sa conclusion fut le voyage que le général Haftar effectua à Moscou les 27 et 28 novembre 2016 et à l’occasion duquel le président Poutine lui accorda officiellement l’appui de la Russie. L’homme avec lequel la diplomatie de l’UE refusait de parler directement était ainsi devenu incontournable…

 

Trois possiblités

 

Maître de la Cyrénaïque et de Tobrouk, seul port en eau profonde entre Alexandrie et Mers-el-Kebir, le général Haftar dispose de la seule force militaire du pays. Il contrôle 85 % des réserves de pétrole de Libye, 70 % de celles de gaz, 5 de ses 6 terminaux pétroliers et 4 de ses 5 raffineries. Tout le croissant pétrolier par lequel est exporté 60 % du pétrole libyen est en son pouvoir. De plus, il a l’appui de la confédération tribale de Cyrénaïque et des tribus kadhafistes de Tripolitaine, dont les Kadafdha, les Magarha et les Warfalla*…

Trois possibilités s’offrent désormais à lui :

La tentative de conquête de toute la Libye et l’élimination des multiples milices gangstéro-islamiques qui gangrènent le pays. Une telle politique ne pourra être tentée que si Misrata décidait ou était contrainte de demeurer neutre. Cette cité-État est le bastion de la confrérie des Frères musulmans. Or, la rupture entre le Qatar, l’Arabie saoudite et ses alliés arabes a eu des conséquences immédiates pour elle car la voilà désormais privée du financement d’un émirat qatari acculé par ses « frères » arabes. Pour Misrata, le temps des remises en question approche donc inexorablement.

 

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En face, l’engagement de plus en plus net des Émirats Arabes Unis aux côtés du général Haftar s’est traduit par la livraison de matériel militaire – en dépit de l’embargo décrété par l’ONU –, ce qui a permis au maître de la Cyrénaïque de prendre le contrôle de la plus grande partie du Fezzan et d’acculer les milices de Misrata sur le littoral, les coupant ainsi en partie des champs pétroliers et gaziers du sud.

Seif al-Islam, le fils du colonel Kadhafi, est désormais totalement libre en Libye

Depuis le printemps 2017, la guerre qui a éclaté dans le sud de la Libye oppose en effet l’ANL (l’Armée nationale libyenne) du général Haftar aux forces de la ville de Misrata. La stratégie du général est de couper Misrata et Tripoli des zones pétrolières et gazières du Fezzan. Localement, il a l’appui des Toubou et plus au nord celui des tribus de Zenten, de Bani Walid et de Waddan. Ses forces ont pris la base de Brak, menaçant ainsi les gazoducs et des oléoducs du Fezzan.

La seconde option qui pourrait s’offrir au général Haftar serait la sanctuarisation de la seule Cyrénaïque, prélude à une partition de fait entre Tripolitaine et Cyrénaïque. Une telle politique laisserait les islamistes maîtres de la Tripolitaine avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer.

Troisième possibilité, la constitution d’un gouvernement national dans lequel le général Haftar serait l’homme fort. Une telle option ne serait viable que si le général éliminait les milices, ce qui nous ramène à l’option n°1.

 

Les cartes sont rebattues

 

Prenant en compte le nouveau rapport de forces, le GLUN (Gouvernement libyen d’union nationale) présidé par Fayez al-Sarraj, a été contraint d’entamer des négociations avec le général Haftar, ce qui a provoqué la fureur de Misrata qui sent bien qu’elle risque d’être prise en étau entre l’homme fort de Cyrénaïque et un pouvoir tripolitain reconstitué.

Dernière nouveauté, et non des moindres, Seif al-Islam, le fils du colonel Kadhafi, est désormais totalement libre en Libye. Grâce à lui, le général Haftar pourrait bénéficier de l’appui de l’ensemble des tribus puisque, le 14 septembre 2015, le Conseil suprême des tribus de Libye a en effet dé- claré que le fils du colonel Kadhafi est son représentant légal et le seul habilité à parler en son nom.

 

   Lire aussi : La Syrie oubliée

 

Libéré par la milice de Zenten après cinq années de « prison », Seif al-Islam Kadhafi fait ainsi un retour remarqué sur la scène politique libyenne. Condamné à mort par les islamistes de Tripoli, amnistié par le parlement de Tobrouk, va-t-il être l’arbitre entre les différents protagonistes de l’anarchie libyenne ? La libération de Seif al-Islam Kadhafi rebat donc les cartes, car ses liens avec le général Haftar sont réels. Issu de la tribu Farjan territorialement voisine des Kadhafda, le général fut l’un des compagnons du colonel Kadhafi lors du renversement de la monarchie au mois de septembre 1969.

Comment vont s’établir les rapports entre Seif al-Islam Kadhafi et le général Haftar ? Là est la clé du proche avenir de la Libye. Avec un problème cependant  : Seif al-Islam Kadhafi est toujours sous le coup d’un mandat d’arrêt international, ce qui lui interdit de jouer, du moins pour le moment, un rôle de tout premier plan.

 

 

* Pour tout ce qui concerne les tribus de Libye et leurs alliances, voir de Bernard Lugan Histoire de la Libye des origines à nos jours.

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