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Macron en marche arrière

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Publié le

14 février 2024

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Lors de sa conférence de presse, le président Emmanuel Macron a présenté la feuille de route du nouveau gouvernement, avec un mot d’ordre en matière économique qui a pu surprendre : l’indépendance. Pourtant, au regard de son bilan, nous en sommes est très loin. Analyse.
© DR

Une France plus forte et plus juste ! » Dans un pays marqué par des crises toujours plus fréquentes, c’est un Emmanuel Macron déterminé qui s’est présenté à l’Élysée pour sa grande conférence de presse. Il y aurait beaucoup à dire sur les nombreuses annonces
du président de la République concernant l’école, la sécurité ou la réforme du marché du travail. Mais un mot, plusieurs fois répété, a davantage retenu notre attention. Emmanuel Macron – oui vous ne rêvez pas – nous a promis une France « indépendante ». Indépendance énergétique, indépendance financière, indépendance productive : le chantre de la mondialisation et du fédéralisme européen a fait l’éloge de la souveraineté. Philippe Seguin doit se retourner dans sa tombe ! Sans vouloir troubler l’optimisme béat des habitants de la macronie, qu’il nous soit permis de rappeler aux lecteurs quelques faits en matière d’économie.

Lire aussi : Conférence de presse d’Emmanuel Macron : élucubrations au théâtre élyséen

Indépendance financière ? Faux

Commençons par l’état des finances publiques. Entre le 31 décembre 2016 et le 31 décembre 2023, la dette publique française, c’est-à-dire la dette de toutes les administrations publiques, a augmenté d’environ 44 %. Elle s’élève aujourd’hui à 3 088,2 milliards d’euros, ce qui représente environ 112 % du Produit intérieur brut (PIB). Si Emmanuel Macron s’est souvent justifié à propos de cette dette, mettant notamment en avant la crise du Covid et les nécessaires dépenses qui ont surtout pesé sur le budget de la Sécurité sociale, il apparaît pour le moins délicat de parler d’indépendance devant un tel bilan. Nombreux sont les débats économiques concernant l’importance réelle de la dette et les risques qu’elle fait peser sur notre économie, mais une chose est sûre : être endetté ne nous rend pas plus souverains.

Si Emmanuel Macron s’est souvent justifié à propos de cette dette, mettant notamment en avant la crise du Covid et les nécessaires dépenses qui ont surtout pesé sur le budget de la Sécurité sociale, il apparaît pour le moins délicat de parler d’indépendance devant un tel bilan.

Deux éléments révèlent une situation particulièrement préoccupante. D’abord la charge de la dette dans le budget de l’État. Chaque année, pour combler ses déficits, l’État français emprunte des liquidités sur les marchés financiers. Pour ce faire, il émet principalement des obligations (titres de dette) qu’il s’engage à rembourser à plus ou moins long terme (généralement entre deux et cinquante ans) avec un intérêt. La charge de la dette correspond aux montants des intérêts à rembourser aux créanciers chaque année. Plus les taux d’intérêt et le volume de la dette augmentent, plus la charge de la dette est donc conséquente. En 2023, elle était environ de 55,5 milliards d’euros, soit environ 2 % du PIB. En 2027, d’après le Pacte de stabilité présenté en avril dernier par Bercy, elle devrait atteindre les 71 milliards d’euros. Si les prévisions se révèlent exactes, elle deviendrait ainsi le premier poste de dépense de l’État, devant l’Éducation nationale dont le budget était de 59 milliards d’euros en 2023. Comment alors parler d’indépendance devant des marges de manœuvre budgétaires futures aussi réduites ? Si encore Emmanuel Macron s’était appliqué, dès la fin du Covid, à réduire une dette dont il a largement hérité de ces prédécesseurs, nous aurions pu nous montrer cléments. Mais là encore, les chiffres sont têtus : 4,9 % de déficit en 2023 et 4,4 % de prévision en 2024. Indépendance ?

Autre élément inquiétant, selon la fondation IFRAP, la dette publique française est détenue à 47 % par des étrangers. Ce taux est supérieur à celui de la zone euro (39 %), du Royaume Uni (29 %) mais aussi des États-Unis (23 %). Cette structure financière ne comporte, certes, pas que des inconvénients, mais là encore, comment parler de souveraineté dans une telle situation ? Les non-résidents sont moins captifs que les nationaux et donc davantage susceptibles de retirer leurs investissements. En cas de crise ou d’incertitudes économiques, la France prend ainsi le risque d’être très perméable aux fluctuations financières. À titre de comparaison, le Japon est par exemple beaucoup plus endetté (environ 270 % du PIB) mais la banque centrale japonaise possède plus de 40 % de cette dette et les investisseurs japonais dans leur ensemble 90 %. La Banque de France possède moins de 25 % de la dette française. Indépendance ?

Indépendance énergétique ? Encore faux

La première question posée au président de la République portait sur l’augmentation de 10 % des tarifs de l’électricité. Fier des accords européens récents, le chef de l’État a affirmé que la France retrouvait enfin de la « maîtrise » en la matière.

Rappelons comment fonctionne encore aujourd’hui le marché européen de l’électricité. Producteurs et distributeurs s’échangent quotidiennement sur un marché la production électrique. Une fois la quantité d’électricité nécessaire fixée, les distributeurs se tournent d’abord vers les producteurs dont le coût de production est le plus faible, c’est-à-dire ceux qui ne payent ni combustibles ni taxes sur le CO2 émis. Il s’agit donc des centrales renouvelables en premier lieu puis des centrales nucléaires.

Fier des accords européens récents, le chef de l’État a affirmé que la France retrouvait enfin de la « maîtrise » en la matière.

Si la quantité produite par ces producteurs est insuffisante, on se tourne alors vers les énergies fossiles comme le charbon ou le gaz. Toutefois, il est important de comprendre que le prix du marché est fixé au coût marginal, c’est-à-dire au coût de production du producteur le plus cher. Si ce système assure à l’Europe que la quantité d’électricité produite soit toujours suffisante, il est, selon les dires de Bruno Le Maire lui- même, complètement « aberrant » pour la France qui produit une électricité peu chère grâce au nucléaire mais la paye au prix du gaz.

Depuis deux ans, deux phénomènes expliquent l’envolée du prix de l’électricité en France : la fermeture et la maintenance des centrales nucléaires qui a conduit à l’arrêt de nombreux réacteurs, et l’envolée des prix du gaz du fait de la guerre en Ukraine. Si l’État a pris en charge une grande partie de cette hausse, il choisit aujourd’hui d’augmenter la fiscalité sur la taxe intérieure sur la consommation finale d’électricité (ACCISE) afin de revenir progressivement à des niveaux pré-bouclier tarifaire. En 2022, pour la première fois depuis près de 40 ans, la France a acheté plus d’électricité qu’elle n’en a vendue. Indépendance ?

Indépendance productive ? Toujours faux

Leitmotiv du gouvernement depuis plusieurs mois, le « réarmement » industriel de la France est au cœur des nouveaux axes du gouvernement. Grande leçon du Covid, il faut désormais produire chez nous ! Salutaire prise de conscience, mais où en est-on ? Le chef de l’État se félicite entre autres de la création nette de trois cents usines et des investissements du plan France 2030 (54 milliards d’euros de prévus).

Lire aussi : Gabriel Attal : un baby Macron à Matignon

Mais cet optimisme tranche singulièrement avec la note du Haut-commissariat au Plan publiée le 10 mai dernier. Elle rappelle que
la France, malgré les mesures prises depuis 2017, a connu en 2022 un déficit commercial record de 163 milliards d’euros, soit 7 % du PIB. Sur les 9 781 produits étudiés, la note constate une aggravation de la compétitivité française pour les deux tiers d’entre eux. Outre l’énergie donc, qui pèse dans la balance, ce sont surtout des produits d’équipement de la vie courante que nous importons (aspirateurs, brosses à dents, téléphones, etc.). Seuls les produits agricoles et de l’industrie agroalimentaire affichent des résultats satisfaisants : les exportations de céréales ont par exemple augmenté de 10 %. Dans un autre rapport publié en 2022, la Cour des comptes estimait que la stratégie française est à revoir. Elle pointait notamment deux faiblesses : une compétitivité prix trop faible liée au coût du travail, et une compétitivité hors prix insuffisante du fait d’un positionnement trop souvent moyenne gamme sur la plupart des produits. Ces faiblesses nous maintiennent sous la coupe de l’étranger. Indépendance ?

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