Skip to content

Macronisme : la fin de règne

Par

Publié le

29 septembre 2026

Partage

Un an après la dissolution, la Ve République tient encore debout, mais de travers. Autour de Sébastien Lecornu, les anciens partis de gouvernement ont bricolé un équilibre de survie tandis que RN et LFI poursuivent leur progression. À l’approche de 2027, Arnaud Benedetti, l’un des plus fins connaisseurs de nos institutions, et fondateur de La Nouvelle Revue Politique, décrit un système politique en fin de règne, où ceux qui gouvernent encore semblent surtout occupés à retarder l’heure des comptes.
© DR

Si l’on rembobine le fil de la vie politique de ces douze derniers mois, on y trouvera principalement trois séquences qui sont autant de faits majeurs pour décrire la période concernée : les répliques de la dissolution de 2024, la solidification incertaine des partis de gouvernement sous la conduite de Sébastien Lecornu, l’entrée progressive en pré-campagne présidentielle. Si un élément caractérise ces trois phases, indissociables les unes des autres, c’est avant tout l’atmosphère de fin de règne qui s’en dégage, la page du macronisme se tournant irrévocablement, nonobstant la volonté présidentielle de peser jusqu’au dernier moment sur le cours des choses.

Le nouveau marais

En engageant en septembre 2025 la responsabilité de son gouvernement sur l’enjeu budgétaire, François Bayrou aura accéléré par son échec le réflexe de survie des vieilles forces gouvernementales (du PS au LR en passant par le bloc macroniste) au Parlement. Sébastien Lecornu, successeur incertain à Matignon, hypothétique Premier ministre suite à la sortie du gouvernement de Bruno Retailleau quelques minutes après l’annonce de la formation de celui-ci, eût pu être le plus éphémère chef de gouvernement toutes républiques confondues ; par un opportun concours de circonstances dont il usa habilement, il se sera installé dans une forme relative de durée, nonobstant l’absence de majorité à l’Assemblée nationale, battant de la sorte le record de ses deux prédécesseurs immédiats, Michel Barnier et François Bayrou. Aux sources de cette providence inattendue, le compromis implicite de tous les acteurs gouvernementaux passés et présents, vieux monde qui, saisi par la peur du vide, a préféré se satisfaire de concessions bancales plutôt que de précipiter une énième crise parlementaire dont l’issue se serait immanquablement soldée par une dissolution et de nouvelles élections législatives. « Le moment parlementaire » de la Ve République appelé de ses vœux par le nouveau Premier ministre sur le perron de Matignon se noua d’abord au prix de concessions accordées à la gauche (suspension temporaire de la réforme des retraites, une enveloppe de 850 millions accordée pour le système hospitalier, l’abandon de la suppression de deux jours fériés, une augmentation de 400 millions d’euros du budget du logement, etc.) mais il fut rendu possible aussi par la neutralité du groupe LR au Palais-Bourbon qui, sous la conduite de son président Laurent Wauquiez, se refusa à la censure.

De la sorte, en une année, c’est un nouveau marais aux franges indéfinissables et mouvantes, qui s’est formé empiriquement, presque sans le dire, mû par la nécessité de se préserver bien plus que par l’objectif affiché de protéger les institutions : un conglomérat minoritaire aux dénominations variées (« bloc central », « socle commun ») ainsi qu’aux ententes à géométrie variable avec l’opposition socialiste d’une part, et la droite républicaine d’autre part, laquelle aura en une étrange correspondance inversée du « soutien sans participation » cher aux communistes, privilégié de son côté le registre inédit et informulé de… « la participation sans soutien » !

Des partis historiques épuisés

Pour comprendre cette situation, il faut encore et toujours en revenir aux dynamiques sociales qui bouleversent les tectoniques électorales : dans un contexte d’affaiblissement du politique et de méfiance croissante des opinions à l’encontre de leurs gouvernants, ces derniers, qu’ils aient gouverné par le passé ou qu’ils gouvernent à l’heure présente, partagent une expérience similaire qui est vécue comme une destinée commune. Quelque part, le sentiment quasi indicible de se comprendre, de se connaître et de se reconnaître l’emporte sur les oppositions antérieures, les divergences restantes, et surtout sur la menace d’une rupture dont on mesure qu’elle est susceptible de redistribuer radicalement les cartes du pouvoir. Or la sociologie du moment objective, élection après élection, des secousses toujours plus fortes en faveur des forces les plus éloignées des architectures gouvernementales : RN et LFI progressent sur l’épuisement des partis historiques de gouvernement.

Lire aussi : Marcel Gauchet : Le macronisme ou l’échec au carré

Les dernières municipales du printemps 2026 dans une proportion certes moindre que pour des scrutins nationaux ont confirmé néanmoins localement cette tendance : dans leurs bastions électoraux, les offres LFI auront parfois enclenché un début d’implantation municipale, voire conclu comme entre autres à Saint-Denis, Roubaix ou La Courneuve ; plus profondément encore le RN, associé à son allié UDR, conserve la quasi-totalité de ses municipalités, en gagne plus de soixante-dix par ailleurs (petites et villes moyennes principalement), transforme l’essai via Éric Ciotti et l’UDR dans une grande métropole à Nice, et peut exciper un gain de plus de 3 500 conseillers municipaux… Dans un environnement où la confiance en la politique nationale n’a jamais été aussi faible (22 % selon le baromètre Cevipof 2026) et où celle du chef de l’État s’est encore infléchie (18 %), les marques gouvernementales à l’épreuve des concurrences montantes réinitialisent leurs alliances, et tendent à synchroniser leurs positionnements dans le but de résister à l’offensive d’oppositions de plus en plus pressantes.

Vers la rupture

C’est dans ce contexte de forte démonétisation des acteurs historiques du pouvoir que se dessine le théâtre des rapports de force à venir dans la perspective de l’échéance de 2027. La candidature donnée encore pour improbable voici quelques mois de Marine Le Pen accroît potentiellement l’incertitude tant pour les responsables du bloc central que pour leurs opposants PS et LR. La tentation d’une mutualisation du risque au travers d’une recomposition des alliances, tout au moins sur un axe couvrant la longitude Renaissance/LR est déjà posée sur la table, quand bien même des résistances endogènes s’y opposent. Rien ne garantit pour autant la faisabilité de l’opération, encore moins ses probabilités de succès tant les enjeux de protection (sécurité, immigration, pouvoir d’achat, etc.) sont perçus par de larges segments de l’opinion publique comme prioritaires mais une priorité dont on ne crédite pas qu’elle soit portée avec efficience par les offres sortantes.

La compétition qui s’ouvre interroge donc en profondeur les choix tactiques initiés ces douze derniers mois tout à la fois par le socle commun et par les oppositions de gouvernement. Les combinaisons qui ont présidé à ces options, loin de retarder la crise, l’auront bien plus aggravée, sur fond de triple crise de la dette, des chocs migratoires et plus largement du contrat démocratique, créant les conditions d’une alternance de rupture par rapport aux alternances de continuité qu’entendent incarner bloc central, LR, voire les sociaux-démocrates. C’est dire si depuis septembre 2025, les usages politiques d’une situation d’instabilité unique dans l’histoire de la Ve République pourraient se retourner contre leurs initiateurs : l’histoire ne se répétant pas nécessairement, la sociologie des mécontentements poussant très fort, le sentiment de dépossession et de déclassement faisant le reste…

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest