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Maria Pourchet est-elle surcotée ? Non

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Publié le

20 octobre 2025

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Comme depuis quelques années, Maria Pourchet règne sur la rentrée littéraire avec son nouveau roman « Tressaillir », qui évoque la rupture et ce qu’elle implique de vertige.
© Stock

Depuis quelques années, Maria Pourchet règne sur les rentrées littéraires avec des titres souvent cinglants : Les Impatients, Feu, Western, ce mois-ci : Tressaillir, et des sujets contemporains sur l’amour au temps de MeToo, la condition féminine, le carriérisme, et, dans Tressaillir, la rupture moderne évoluant vers un trajet initiatique. Tout cela pourrait sembler opportuniste et tapageur. Mais les livres de Maria Pourchet sont au contraire pertinents et acérés. Ses sujets révèlent des questions éternelles dans des configurations inédites ; son style s’en empare avec une force singulière. Tressaillir évoque la rupture et ce qu’elle implique de vertige. Loin des lieux communs sur la battante autonome maîtresse de sa vie, Maria Pourchet explore avec Michelle, espèce de double qui travaille comme autrice pour la jeunesse, le séisme que déclenche la décision subite de quitter le foyer, après la dispute de trop. Rongée de culpabilité et de manque (sa fille est restée dans l’ancien appartement familial), Michelle est prostrée dans une chambre d’hôtel où elle mesure peu à peu toutes les dimensions – sociale, financière, parentale, amoureuse et existentielle – que son départ a bouleversées, la laissant dans une profonde crise intérieure. « Se surprendre sur le marché de la troisième main à trier les pas finis des pas nets, songer mon Dieu je pourrais terminer avec un type pareil. Car à mon âge, quand on retrouve, c’est pour commencer à finir. » Son agent et amie lui prend de force un rendez-vous chez un psychanalyste et Michelle, livrée à son trouble et à elle-même, commence un circuit introspectif périlleux tout en réinventant son quotidien.

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Orchestrer l’oralité

L’oralité très écrite qui caractérise le style de Pourchet est une oralité reconstruite, mise en scène, du moins mise en page, avec un sens admirable du rythme, de la syncope et de la formule. Ses phrases résonnent d’une certaine urgence, d’une crudité, d’une vertu expressionniste, aussi, conférant une vitalité à toute chose, parfois menaçante, et plantent avec adresse leurs constats dans le cerveau du lecteur. L’ancienne enseignante en sociologie sait aussi recycler le langage environnant, lieux communs, périphrases publicitaires ou administratives, slogans, proverbes, pour les détourner ou les retourner dans un aveu paradoxal. Au point de vue de la narratrice, à la première personne, s’ajoutent bientôt d’autres perspectives, du mari abandonné, du psychanalyste s’amourachant de sa patiente, d’une élève vosgienne : mais alors Pourchet passe à l’indirect libre et épouse les tics verbaux et les concepts de chaque personnage parvenant toujours à composer, à partir de chaque voix, une partition convaincante. Puisant aux mythes contemporains (ici l’affaire devenue légende du petit Grégory), Maria Pourchet déploie un trajet initiatique moderne dans une orchestration impeccable et bouleversante. Non, elle n’est pas surcotée mais, comme elle le démontre avec ce nouveau roman, bien au premier rang des écrivains actuels.

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