Quel est le but de ce guide destiné aux parents ?
Ce guide est le fruit du groupe Facebook « Parents unis contre les smartphones avant 15 ans ». Un éditeur m’a contactée après le succès du livre de Michel Desmurget La Fabrique du crétin digital. Un livre que l’éditeur jugeait passionnant mais trop scientifique et non-accessible au plus grand nombre : il m’a donc proposé de rédiger ce guide à destination des parents, afin qu’il soit le plus pratique possible, apporte des conseils aux parents et leur fournisse des arguments immédiats afin de résister à la pression forcément assez importante des enfants. Pression que l’on vit au quotidien en tant que parents. C’est important de pouvoir discuter et de ne pas imposer les choses de manière brutale. Il faut donc aider les parents à instaurer un dialogue avec leurs enfants.
Avez-vous interrogé des professionnels de santé ou de l’éducation pour sa réalisation ?
Oui, et d’ailleurs certains entretiens sont repris dans le livre. Ce qui m’a le plus impressionné, ce sont les interviews avec les orthophonistes et avec une psychologue clinicienne officiant dans le 93. On a vraiment l’impression que toutes ces personnes tirent des sirènes d’alarme mais ne sont pas entendues. Elles constatent une augmentation exponentielle des troubles de l’attention, du langage et de l’apprentissage, ainsi que des assuétudes. Augmentation qu’elles associent à l’utilisation précoce et massive du téléphone. C’est d’ailleurs la première question qu’elles posent lors d’une consultation : « Quelle est la consommation d’écrans dans la famille ? » Et très rapidement cela leur permet de tirer le fil.
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Dans le guide, vous parlez des problèmes de cyber-harcèlement et d’accès à la pornographie. Les personnes que vous avez interrogées vous en ont-elles parlé ?
Oui, ce sont des problématiques auxquelles elles sont confrontées tous les jours, tout comme les parents. Une mère de famille s’est confiée à moi, sans rentrer dans les détails, et m’a expliqué à quel point c’était une souffrance pour toute la famille. Il n’y a pas que des spécialistes, il y a aussi des témoignages de parents. Moi-même j’ai été confrontée à un incident pornographique lorsque ma fille avait huit ans. C’est là que j’ai pris conscience du danger des smartphones lorsqu’ils sont donnés à de trop jeunes enfants.
Vous ciblez particulièrement le nouveau réseau Tik Tok : pouvez-vous nous expliquer son fonctionnement ?
Je ne connais pas exactement son fonctionnement, mais de nombreux articles ont alerté sur la présence de pédophiles, ainsi que sur les inquiétudes liées à la provenance chinoise du réseau. J’ai aussi reçu des témoignages de parents. Les enfants sont très avides de tous ces réseaux, et ce dès le primaire. Au début, ces parents n’ont pas mesuré les risques et se disaient : « C’est rigolo, ce sont des petits sketch, des petits clips qu’ils font eux-mêmes. Ça favorise la créativité ». Avant de découvrir des vidéos de leurs filles prenant des poses très lascives face caméra, des poses qu’elles n’ont pas pu inventer, et qu’elles ont dû voir sur d’autres vidéos Tik Tok, des vidéos de filles plus âgées probablement. Les petites filles et les adolescentes sont exposées en permanence à des clips aux contenus très sexuels et sont incitées par le nombre de likes et de partages à les reproduire. En voyant ces vidéos tournées par des petites filles, j’avais l’impression de voir des clips de Madonna. Il faut expliquer aux enfants les différents dangers : l’hypersexualisation, le fait que des personnes malintentionnées visionnent leurs vidéos, afin qu’ils comprennent l’interdiction.
Instagram qui d’ailleurs constitue un réel danger en matière d’exposition sexuelle. La course aux likes encourageant les petites et jeunes filles à se dénuder toujours plus sur leurs photos et leurs vidéos
Avez-vous eu des retours de parents ayant appliqué les conseils du guide ?
Pour le guide c’est un peu tôt, mais les conseils qu’il contient sont globalement les mêmes que ceux publiés sur le groupe Facebook. Les parents me disent que cela les aide déjà à se sentir moins seuls, à moins culpabiliser. Ils sont soumis à une forte pression non seulement venant de leurs enfants, mais également venant de l’extérieur, et en viennent à se poser des questions telles que : « Ne suis-je pas trop sévère ? Ai-je raison de faire ça ? » Également ils ont davantage d’arguments face à leurs enfants. Par exemple, comment expliquer à l’enfant les risques de dépression liés à la politique des likes sur Instagram, et pourquoi (à titre d’exemple) le Canada a fait supprimer ces likes, car trop d’enfants ne vivaient plus que par et pour ceux-ci. Instagram qui d’ailleurs constitue un réel danger en matière d’exposition sexuelle. La course aux likes encourageant les petites et jeunes filles à se dénuder toujours plus sur leurs photos et leurs vidéos…
L’autoritarisme a ses limites. Sans explications, l’enfant trouvera toujours un moyen de contourner l’interdiction : ce guide a donc vocation à donner les clés aux parents pour un dialogue constructif avec leurs enfants, afin de les protéger efficacement.





