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Miles Davis et le Black Ivy

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Publié le

2 février 2026

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Le Miles des années cool porte l’uniforme des étudiants fortunés de la côte est : mocassins, chinos, chemises oxford à col boutonné… mais en mieux, c’est-à-dire avec décalage et ironie.
© Romée de Saint Céran

Miles Dewey Davis III était né sur les bords du fleuve Mississippi (comme dans la chanson du générique de Tom Sawyer), au sein d’une famille de la bourgeoisie noire. Fils de dentiste, élevé au milieu des instruments de musique, il apprend la trompette dès l’âge de dix ans et devient rapidement le génie que l’on connaît. Dans sa jeunesse, c’est le bebop qui domine, un jazz rapide et bouillant, avec des grilles d’accords complexes. Miles veut autre chose : il veut imposer son style. Un style qui est autant musical que vestimentaire : le cool.

« Ma mère s’habillait toujours pour tuer », dira-t-il plus tard, expliquant que son idée de plier le match de la sape lui venait de loin. Le Miles des années cool porte l’uniforme des étudiants fortunés de la côte est : mocassins, chinos, chemises oxford à col boutonné… mais en mieux, c’est-à-dire avec décalage et ironie, en ajoutant des accessoires (souvent des bagues) ou des lunettes de soleil audacieuses. C’est le jazzman le mieux sapé du moment, sauf qu’il est noir, et qu’il devra attendre d’aller à Saint-Germain-des-Prés pour « avoir l’impression d’être traité comme un être humain », dans une Amérique encore très profondément raciste.

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Après le cool, magnifique parenthèse qui durera jusque dans les années 60, Miles bascule dans le jazz fusion, mélange de rock, de funk et de cuivres. Il change de style, aussi. Il a essayé de vivre comme le plus stylé des Blancs : la police l’a arrêté quand il roulait en Ferrari, parce qu’il avait un physique à l’avoir volée. Il décide de répondre au racisme et à la violence par l’excès. Ses tenues lamées, colorées, ses looks de prêtre vaudou, correspondent à l’évolution de son style musical. À son tour, il se fait raciste : à la fin de sa vie, il disait que s’il ne lui restait plus qu’une heure à vivre, il s’en servirait pour étrangler un Blanc.

Était-il plus sincère, plus authentique dans ces dernières années, ou bien lorsqu’il incarnait ce que le poète (et invité récurrent des lookbooks de l’excellente marque Drake’s) Jason Jules appelle le « Black Ivy » – le look sage et stylé des facs célèbres, porté avec le flair des Afro-Américains ? Dur à dire. En revanche, on peut dire qu’il a inventé le cool, alors qu’il s’est brillamment approprié le reste. Même chose pour la sape : du temps où il voulait épouser Juliette Gréco, il avait un style à lui, mais qui n’était pas un déguisement de scène. Maître du style classique, qu’il a réussi à rendre nonchalant, Miles – débordons pour l’occasion vers la musique – a laissé à la postérité au moins deux albums de référence : Somethin’else, où il donne la réplique à Cannonball Adderley… et l’indépassable Kind of Blue, que l’on peut écouter au volant de sa Ferrari, en chemise oxford, chino et mocassins. Unité de vie.

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