Annoncé dès le dimanche 15 juin, l’accord entre les États-Unis et l’Iran, signé officiellement mercredi 17 juin, à distance par Donald Trump et Massoud Pezeshkian, le président iranien, prévoit parmi ses quatorze points « la fin immédiate et permanente de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban ». Dans le même accord, les États-Unis et l’Iran s’engagent d’ailleurs à « garantir l’intégrité territoriale et la souveraineté du Liban ». Est-ce pour autant le début de la paix au Liban ? Rien n’est moins sûr.
Pour autant et bien qu’il ait été totalement exclu des discussions, Joseph Aoun, le président libanais, faisait part de son espoir dans ces discussions, dès le 15 juin. « Le Liban espère que cette évolution marquera le début d’une voie plus large qui promeut la stabilité dans la région, préserve la souveraineté des États et les droits de son peuple, et permet aux Libanais d’avoir le temps de reconstruire ce qui a été détruit et de restaurer leur vie normale dans un pays stable. » Un vœu pieux.
Israël ne veut pas quitter le Liban
En totale opposition aux déclarations américaines, Benjamin Netanyahou annonçait le 16 juin qu’« Israël maintiendrait sa zone de sécurité au sud du Liban aussi longtemps que ses besoins en matière de sécurité l’exigeraient, malgré la demande de l’Iran d’un retrait israélien et le libellé vague d’un mémorandum d’entente américano-iranien promettant de préserver »l’intégrité territoriale ‘ du Liban », selon le quotidien israélien Yedioth Ahronoth. Il récidivait le même jour : « Nous resterons dans les zones de sécurité aussi longtemps qu’il sera nécessaire pour défendre notre pays. » Et pour montrer sa détermination, l’armée israélienne annonçait, le 18 juin, agrandir la zone tampon – la fameuse zone, au Liban, vidée de tout, qui doit mettre Israël à l’abri des roquettes du Hezbollah – jusqu’« à une profondeur d’environ 10 kilomètres à l’intérieur des territoires libanais » ! Les combats ont donc continué toute la semaine, avec une intensité renforcée… Au point qu’après la mort de quatre soldats israéliens, dont un officier supérieur, Itamar Ben-Gvir, le ministre israélien de la Sécurité nationale, militant du Grand-Israël et pilier incontournable de la coalition de Benjamin Netanyahou, déclarait : « Tout le Liban doit brûler » ! Vaste programme.
Lire aussi : 100 jours après le début de la guerre, n’oubliez pas le Sud-Liban !
Pour ajouter à la confusion, Donald Trump, visiblement sous le charme d’Ahmed al-Chaara, le dirigeant syrien, renouvelait, toujours le 16 juin, son souhait de faire intervenir la Syrie au Liban… Comme dans les années 70 ! En marge du sommet du G7 à Évian, il déclarait : « J’ai suggéré à Israël de laisser la Syrie s’occuper du Hezbollah parce que, franchement, je pense qu’elle ferait un meilleur travail. Si Israël ne peut pas faire le boulot sans tuer tout le monde, elle [la Syrie] le fera » ! Refus poli d’al-Chaara, peu enthousiaste à l’idée d’engager des troupes au Liban, mais prêt, en revanche, à dialoguer avec le Hezbollah « si cela sert les intérêts du Liban et préserve ceux de la Syrie »…
Finalement, il aura fallu attendre une semaine après l’annonce de l’accord américano-iranien pour que le Sud-Liban connaisse, dans la nuit du 20 au 21 juin, une nuit à peu près calme, sans bombardement. La première depuis le 2 mars ! Un répit bien précaire, qui ressemble davantage à un statu quo sans avenir. Le 22 juin, Gidéon Sa’ar, ministre israélien des Affaires étrangères, écrivait sur X : « Nous n’avons pas d’ambitions territoriales au Liban, mais nous ne nous retirerons pas de la zone de sécurité et n’exposerons pas nos citoyens aux attaques du Hezbollah. » Une proposition inacceptable, aussi bien pour le Hezbollah que pour l’État libanais, qui regrettait déjà l’« intransigeance » de la partie israélienne dans les discussions à Washington ces dernières semaines.
Le 22 juin, grâce à la médiation pakistanaise et qatarie, une « cellule de déconfliction » était annoncée, rassemblant l’ensemble des parties prenantes. Avec quel pouvoir et quelle autorité ? On se souvient, au lendemain du cessez-le-feu du 27 novembre 2024, du « mécanisme » rassemblant les belligérants sous l’égide des États-Unis et avec l’aide de la France. Il devait participer au désarmement du Hezbollah dans le sud du Liban et y faciliter le déploiement de l’armée libanaise. Avec le succès que l’on sait.




