On a tellement vilipendé le « Regietheater » (quand les idées du metteur en scène prennent le pas sur le reste) que les maisons d’opéra se réfugient désormais dans l’illustratif. Le résultat n’est pas forcément meilleur. Shirin Neshat, venue de la photo et du cinéma, connait peu le théâtre – encore moins l’opéra – et cela saute aux yeux. Ce qui l’intéresse dans cette Aida, reprise du Festival de Salzbourg par l’Opéra de Paris, c’est le décor : un énorme cube façon bunker planté sur une scène nue, évoquant le désert de son Iran natal. Un cadre traversé par la violence, la guerre, l’oppression des femmes, la mort. L’image prend toute la place, dévorant l’action au lieu de la nourrir, jusqu’à réduire les personnages sculptés par Verdi à des ombres stylisées.
Lire aussi : Opéra : Louise, naturalisme augmenté
L’esthétique est léchée mais glaciale : une démonstration visuelle qui manque de souffle. On est loin des frissons que ce chef-d’œuvre devrait provoquer. Heureusement, le théâtre vit dans la fosse, où Michele Mariotti dirige avec une tension nerveuse et une sensibilité rare : son alchimie spéciale avec l’Orchestre de l’Opéra est plus que renouvelée. Sur le plateau, l’Aida pudique, stylée, mais vocalement inégale, de Saioa Hernández convainc moins que sa rivale Amneris, brûlante de passion, de jalousie, de désespoir sous les traits d’Ève-Maud Hubeaux. Mais le triomphe revient à Piotr Becza?a : ligne élégante, émission souple et variée, timbre viril et lumineux, aigu plein d’éclat… le ténor polonais pourrait, à lui seul, justifier malgré tout cette production ratée.
AIDA, Opéra en 4 actes de Giuseppe Verdi – mise en scène de Shirin Neshat, direction musicale de Michele Mariotti – à l’Opéra Bastille jusqu’au 4 novembre 2025 – billets sur operadeparis.fr (15 € – 220 €)





