On est en plein milieu de la Révolution française, ce moment fondateur des valeurs de la République. Les colonnes infernales sont en train de transformer la Vendée en parking poids lourds, on éventre les femmes enceintes, on fait cuire les bébés, on incendie les églises et on jette les prêtres et les bonnes sœurs, attachés nus deux par deux, dans la Loire. On appelait ça les « baptêmes républicains » – raison pour laquelle, probablement, la République, pourtant prompte aux parodies de sacré, ne s’est pas approprié ce sacrement.
On monte de toutes pièces une accusation de complot et on les condamne à mort, toutes
Bref, ça rigole pas mal, et on fait évidemment la chasse à tout ce qui pourrait, comme un miroir pur, renvoyer les monstres à leur monstruosité : la beauté, la grandeur, la tradition, la continuité, l’éducation et, évidemment, la foi. Parmi les représentants de « l’infâme » Église catholique stigmatisée par Voltaire dès avant la Révolution, il y a le Carmel de Compiègne, fondé en 1641. Quelques années plus tard, à la fin du XVIIe siècle, l’une des sœurs voyait déjà en songe toute sa communauté au Ciel, tenant à la main la palme du martyre. Vous pouvez parfaitement ne pas y croire.
La Révolution étend son manteau de liberté, déjà dégoulinant de sang, en 1789, puis on nationalise les biens du clergé, et, en 1792, la mère supérieure propose à ses sœurs de s’offrir en holocauste pour apaiser la colère divine. Enthousiasme dans les rangs. 1793 arrive. Les persécutions s’intensifient. Les sœurs sont officiellement rendues à la vie civile. Les congrégations sont dissoutes pas la haineuse laïcité. Et puis arrive le sinistre été 1794. Procès sommaires, exécutions à tour de bras, pas de preuves (et pour quoi faire ?) : c’est l’heure de gloire de ce fils de pute de Fouquier-Tinville. Mesdames et messieurs, la fraternité sous vos applaudissements.
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Le tour des Carmélites vient. On monte de toutes pièces une accusation de complot et on les condamne à mort, toutes. Elles ont renouvelé leur serment chaque jour : elles sont prêtes. Au pied de l’échafaud, la plus jeune des novices demande à sa mère supérieure la permission de mourir. Et puis, une à une, chantant le Laudate Dominum, elles montent à l’échafaud, tranquillement. Le peuple, si prompt à déboucher le champagne quand les gens meurent, se tait cette fois, foudroyé par la dignité et l’esprit d’enfance des martyres. Au bout du compte, on n’entend plus qu’une voix : celle de la mère supérieure. Puis le couperet.
Mais si elles se taisent, les auteurs des siècles suivants et l’Église crieront leur légende. Gertrud von Le Fort, puis l’adaptation de son livre par Bernanos (Dialogues des Carmélites), puis un film, puis la béatification, et, enfin, la canonisation par le pape François, fin 2024. Pour une fois (le cas est prévu), pas besoin de miracle pour les Carmélites. Une mort pareille est à elle seule « signe de contradiction », vous ne croyez pas ?





