Thomas Byles est né à Leeds, en Angleterre, à la fin du XIXe siècle, dans une famille de sept enfants, aisée et assez typiquement britannique, dont il est l’aîné. Père pasteur, un oncle dans la politique, éducation classique : de quoi finir à la City, dans la haute fonction publique ou au sommet de l’armée. D’ailleurs, dans le droit fil d’une éducation britannique de haut niveau, celui qui s’appelle encore Roussel David Byles part étudier à Oxford.
C’est le moment que la Providence choisit pour le cueillir : Byles étudie la religion avec beaucoup d’assiduité, tandis que son petit frère Thomas se convertit au catholicisme. Peu à peu, la surprise du grand frère va se muer en intérêt, puis en conversion fervente. Roussel Byles reçoit le baptême et choisit le prénom de Thomas, puis rejoint le séminaire, où il sera ordonné prêtre en 1902. Il est envoyé dans une petite paroisse de campagne, située dans l’Essex. L’église de Doddinghurst, dont il a la charge, est une de ces petites églises britanniques, modestes et détrempées, qui ont probablement servi de modèle pour dessiner la paroisse de frère Tuck dans le Robin des Bois de Walt Disney. Il se donne à sa charge, humblement, sans autre espoir que de servir le bon Dieu. Pourtant, dix ans après son ordination, l’occasion va lui être donnée d’entrer dans l’histoire.
Lire aussi : Partout les saints : Saint Laurent
En avril 1912, l’abbé Byles doit célébrer le mariage de son frère aux États-Unis. Il s’embarque sur un navire de la White Star Line, puis change son billet, au dernier moment, pour voyager en seconde classe sur un autre navire de la même compagnie : le Titanic. Le dimanche 14 avril 1912, après avoir célébré la messe pour les passagers de la seconde classe, il prononce une homélie pour les passagers de la troisième. Il paraît que l’objet de son sermon était un parallèle entre le canot de sauvetage du navire et le réconfort spirituel de la Parole de Dieu en cas de naufrage intérieur. Un sermon qui pourrait sembler cliché, mais auquel l’abbé britannique donnera une incarnation émouvante quelques heures plus tard.
Dans la nuit du dimanche au lundi, le paquebot, comme on sait, heurte un iceberg et sombre. Par manque de canots, tous les passagers ne pourront pas être sauvés. Thomas Byles s’offre en sacrifice pour sauver les âmes, refuse d’embarquer dans les canots, et repousse même un gilet de sauvetage pour que l’on puisse le donner à quelqu’un d’autre. On dit qu’il aurait confessé et absous plus de cent personnes au cours de la nuit. Mort noyé dans l’eau glacée, son rosaire à la main, il n’a jamais été retrouvé.
Au cours de leur voyage de noces à Rome, le frère et la belle-sœur de l’abbé sont reçus par le pape Pie X, qui le qualifie de martyr. Est-il saint ? Pas encore. Mais Dieu sait mieux – et maintenant, vous aussi.





