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Après une année de manifestations contre la présidence de Sébastien Piñera, la loi fondamentale du Chili léguée par le général mort en 2006 pourrait être remise en cause en ce mois d’avril. L’héritage du général Pinochet n’est toujours pas soldé. Retour sur la vie du dictateur avec Michel Faure qui en publie une très intéressante biographie.
Les dictatures militaires sud-américaines des années 1970 sont bien oubliées. La biographie du général Augusto Pinochet qui vient de paraître n’en présente donc que plus d’intérêt. On y découvre paradoxalement un personnage un peu fade, qui gravit la hiérarchie militaire sans trop se faire remarquer. Le pouvoir civil qu’il sert apprécie sa réputation de « soldat fidèle, discret et compétent, sans idées ou opinions connues » que même la CIA range dans la catégorie des « constitutionnalistes », adeptes de la soumission de l’armée au pouvoir politique. Mis au pied du mur, il sera, selon les mots de Michel Faure, un « putschiste de la dernière heure ».
Le 4 septembre 1970, le socialiste Salvador Allende est élu président du Chili. Il gouverne à la tête d’une coalition de gauche, l’Unité populaire. En 1971, commence une période de troubles politiques et de difficultés économiques, parfois attisées par la CIA. Allende est de plus en plus débordé par sa gauche et les révolutionnaires du MIR. Dans une tentative désespérée d’éviter une guerre civile, il envisage un référendum. L’armée semble partagée et subit souvent les pressions de la droite chilienne qui lui reprochent son inaction.
Les conjurés se méfient de Pinochet, considéré comme légitimiste, certains se demandant même s’il convient de l’informer de leurs résolutions. Il s’engage finalement, à reculons, le 9 septembre, soit 48 heures avant la date prévue pour le coup d’État.
Le 23 août 1973, le général Prats, commandant en chef de l’armée, démissionne. Allende le remplace par Pinochet qui était alors chef d’état-major. Depuis l’échec d’une tentative isolée de coup de force, le 29 juin, un certain nombre d’officiers généraux et d’amiraux se réunissaient en secret. Les conjurés se méfient de Pinochet, considéré comme légitimiste, certains se demandant même s’il convient de l’informer de leurs résolutions. Il s’engage finalement, à reculons, le 9 septembre, soit 48 heures avant la date prévue pour le coup d’État.
Tout au long de la journée fatidique du 11 septembre, Pinochet suit d’ailleurs les événements plus souvent qu’il ne les dirige. C’est en réalité le vice-amiral Carvajal qui prend les décisions qui s’imposent. Par contre, dès le lendemain, il s’impose rapidement au sein de la « Junte de gouvernement » constituée des quatre commandants en chef, et en particulier face au chef de l’aviation le général Gustavo Leigh, cheville ouvrière du putsch, en réussissant à convaincre ses pairs qu’une présidence tournante, telle que convenue au départ, fragiliserait le gouvernement. Un décret-loi de juin 1974 nommera Pinochet « chef suprême de la Nation ».
Le nouveau gouvernement libéralise immédiatement l’économie avec l’aide des « Chicago boys » (anciens étudiants chiliens de l’université de Chicago, où enseignait à l’époque l’économiste ultra-libéral Milton Friedman). La clé de la réforme sera constituée par un nouveau système de retraites basé sur la capitalisation, qui préfigure les réformes européennes actuelles.
Le coup d’État fut soutenu dès le début par deux groupes de la société civile qui s’étaient opposés à Allende : les femmes de la classe moyenne et les étudiants de droite (les « grémialistes »).
Le nouveau gouvernement libéralise immédiatement l’économie avec l’aide des « Chicago boys » (anciens étudiants chiliens de l’université de Chicago, où enseignait à l’époque l’économiste ultra-libéral Milton Friedman). La clé de la réforme sera constituée par un nouveau système de retraites basé sur la capitalisation, qui préfigure les réformes européennes actuelles. Les capitaux gérés par les fonds de pension s’élèvent à 200 milliards de dollars 1982, soit 82% du PIB. Leur masse permet de relancer l’économie.
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Le parti communiste et la gauche révolutionnaire sont démantelées, au prix de plus de 2000 morts ou disparus. La plupart des exécutions extra-judiciaires sont dues au DINA (service de renseignement dirigé par le colonel Manuel Contreras), créé officiellement en juin 1974. Contreras réussit à « démanteler le parti communiste, à affaiblir considérablement l’organisation clandestine du parti socialiste, et à détruire le MIR ». Le travail de la DINA permet à Pinochet d’affirmer un jour: « Rien ne bouge au Chili, pas même la feuille d’un arbre, sans que j’en sois informé. »
S’il n’y a pas de « pinochétisme », même aujourd’hui, ses nostalgiques restent assez nombreux. Ils représentent dans tous les scrutins depuis la fin de la dictature environ 30 % de l’électorat. La principale raison est sans doute sa volonté de transmettre en douceur son autorité aux électeurs dès la fin des années 80.
À la différence d’autres dictateurs sud-américains, Pinochet n’a pas cherché à créer un nouveau parti politique, ni même une doctrine. S’il n’y a pas de « pinochétisme », même aujourd’hui, ses nostalgiques restent assez nombreux. Ils représentent dans tous les scrutins depuis la fin de la dictature environ 30 % de l’électorat. La principale raison est sans doute sa volonté de transmettre en douceur son autorité aux électeurs dès la fin des années 80.
Serge Gadal
AUGUSTO PINOCHET – Michel Faure – Perrin – 384 p. – 24 €

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