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[ Portrait ] Aymeric de Lamotte : le dernier recours

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Publié le

24 juin 2024

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Pour ce trentenaire aux faux airs d’Aaron Eckhart, avec ce regard limpide dans lequel se lie un beau mélange de douceur et de détermination, un monde idéal serait probablement un monde sans avocat. Portrait.
© Benjamin de Diesbach pour L'Incorrect
© Benjamin de Diesbach pour L'Incorrect

Il nous prévient d’emblée : c’est un combat qu’il aurait aimé ne pas mener. Non qu’il le fasse à contrecœur, bien au contraire. « Mais lorsqu’il ne reste que le juridique, c’est que le principal, c’est-à-dire le lien social, moral, philosophique, a échoué. » Voilà le constat lucide que porte Aymeric de Lamotte sur le post-Occident. Pour ce jeune avocat au barreau de Bruxelles qui vit désormais à Paris et s’est spécialisé dans le combat culturel, si déclin civilisationnel il y a, c’est d’abord parce que le bien commun s’est effondré. Alors, pour colmater les brèches, on judiciarise, on légifère à outrance. Cela devrait plaire à un homme de loi, non ? « Pas forcément. J’estime qu’une société est bien plus heureuse quand le juridique reste à sa place et qu’il régente le moins possible les relations. »

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C’est tout le paradoxe d’Aymeric : pour ce trentenaire aux faux airs d’Aaron Eckhart, avec ce regard limpide dans lequel se lie un beau mélange de douceur et de détermination, un monde idéal serait probablement un monde sans avocat. Mais voilà : pour lui qui s’est engagé précocement dans la vie politique, devenant à 21 ans conseiller municipal, il n’était pas question de faire autre chose. Il fallait s’engager dans la vie citoyenne, coûte que coûte. L’engagement en politique, c’est un vrai sacerdoce dans un pays comme la Belgique, où le débat public est particulièrement moribond. « C’est un pays étrange, où le socialisme est tout-puissant depuis très longtemps et où certains sujets, notamment sociétaux, sont par conséquent considérés comme acquis, et difficilement discutables », argumente Aymeric avec un soupçon d’amertume – un nuage qui passe bien vite, car on sent l’homme davantage intéressé par l’action que par les ombres liquides du regret. À ce titre, on sent qu’il aime son pays d’origine avec la passion des amants éconduits : « Le problème du pays, c’est qu’on n’a jamais réussi à former un peuple. Notre histoire est trop récente, nous avons à peine 200 ans. Et le fossé est beaucoup trop grand. Il y a trop de disparités communautaires, linguistiques, économiques. Tout nous sépare, entre le nord et le sud, depuis toujours. »

C’est sans doute la raison pour laquelle le jeune avocat s’exile pour Paris, avec une foi authentique dans la culture française

C’est sans doute la raison pour laquelle le jeune avocat s’exile pour Paris, avec une foi authentique dans la culture française : celle d’une vieille nation qui aime le débat depuis toujours, celle d’une agora publique transcendée par la culture, celle où l’on peut encore briller par son excellence dialectique. Mais encore une fois, c’est un cas d’école typiquement belge qui donne à Aymeric l’envie de fonder, avec l’Institut Thomas More, Justitia – ce collectif qui comprend désormais une cinquantaine d’avocats en lutte contre les excès de la cancel culture – tâchant de prouver le cas échéant que la plupart des actions menées par les groupes d’influence woke et affiliés, y compris au sein des gouvernements, sont tout simplement illégales. « Ça commence toujours par de l’insidieux, du détail. Là, il s’agissait de cartels au Musée royal de l’Afrique. D’abord, le roi Léopold II y était présenté comme génocidaire. Ensuite, on voulait faire passer l’opération de l’armée belge en 1964 pour ce qu’elle n’était pas : une quasi-offensive coloniale. Or, il s’agit de la plus grande organisation de sauvetage jamais organisée à l’échelle du pays. Avec cette exposition, c’est tout le corps militaire belge qui était insulté. »

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Une première défense qui fait mouche, puisque les militaires, représentés par Aymeric, gagnent à plate couture: l’État doit réécrire l’intégralité de ses cartels et se garde bien de faire appel. Une réussite éclatante qui confortera Aymeric dans une certitude: davantage qu’à un conflit de civilisations, nous assistons à un conflit de réalités : « Si le mouvement woke se permet de réécrire le réel avec tant d’aplomb, c’est parce qu’il n’a jamais hésité à s’entourer de juristes et d’avocats: c’est grâce au droit qu’il obtient des résultats politiques concrets. Parce que le droit écrit le réel, à mesure que le réel s’appauvrit. » C’est pourquoi Justitia compte bien attaquer sur le même terrain, et saper tous les moulins à vent que la culture de la déconstruction s’échine à ériger dans le paysage collectif. La preuve : son dernier succès en date, avoir fait retirer une campagne d’affichage de l’État français qui était une promotion déguisée de la transsexualité chez les plus jeunes. On peut dormir tranquille : partout où le réel sera menacé, Justitia aura désormais son mot à dire.

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