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N°96

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Audiovisuel public : J'accuse... ! Par Charles Alloncle

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Les articles clés du numéro N°96

« Juste une illusion » : mémoire truquée

Audiovisuel public : J’accuse…! Par Charles Alloncle

Éditorial culture de Romaric Sangars : Pharisian followers

Éditorial d’Arthur de Watrigant : La loi du milieu

Sommaire

ÉDITO
3. La loi du milieu

PORTRAIT
3. Ethan Rundell : Éditeur en dissidence
5. Azadeh Alemi : Celle qui est libre

ACTU
10. La cage aux phobes
12. Ghislain Benhessa… sort la sulfateuse
13. Le mois d’un mot : glauque

EN COUVERTURE
14. Audiovisuel public : J’accuse… ! Par Charles Alloncle
28. Marcel Gauchet – Audiovisuel public : stop ou encore ?

MONDE
34. Reportage : avec les déplacés du Sud-Liban
39. Législative hongroise : ce qui se joue à Budapest

IDÉES
42. Dominique Reynié : Feu sur l’euthanasie
46. Pascal Boyer : L’impossible démocratie
48. Aquilino Morelle : Chronique d’une défaite annoncée
49. Chez les Anglo-Saxons : Le Léviathan progressiste disséqué

CULTURE
50. Pharisian followers
52. Garréta : Les bons DJs font-ils forcément de mauvais écrivains ?
54. Malaparte : Retour d’un géant
58. Jean Rouaud : une magistrale récapitulation
62. Tyler Ballgame : le meilleur des nouveaux crooners
68. « Juste une illusion » : mémoire truquée
72. « Blossoms Shanghai » : du côté de chez Wong

LA FABRIQUE DU FABO
74. Le nivellement général
de la France est-il de droite ?
76. Le salers, la pépite de l’Auvergne
80. Y a-t-il des sapeurs de gauche ?
81. Anne de Guigné
82. Carte noire pour Maximilien Friche

Extrait de l’édito

LA LOI DU MILIEU

Rachida Dati a perdu, Patrick Cohen jubile sur France Inter. Il n’a pas tort ce lundi 23 mars au matin. Toutes les planètes étaient alignées, des retraits de listes à la réforme du scrutin qui l’inquiétait quelques mois plus tôt, comme nous le révélions dans ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire Legrand-Cohen. Mais voilà, la sentence est tombée, l’ex-ministre de la Culture ne siègera pas rue de Rivoli. Pour service rendu (sic), le château de Versailles lui ouvre ses portes, il y a pire comme antichambre pour attendre les procès. Emmanuel Grégoire peut souffler. L’affaire ignoble du réseau pédocriminel dans le périscolaire parisien ne l’a pas affecté. Il annonce l’avenir en grande pompe : toujours plus de HLM, et le paradis des LGBT. La cohabitation s’annonce rock’n’roll. Mais Paris n’est pas la France, et les municipales ne sont pas une élection nationale. Tirer des conclusions pour 2027 s’avère périlleux. En revanche, la carte est limpide. Les grandes métropoles à la gauche et aux progressistes ; le reste aux autres. Le fossé entre les Français et les élites s’agrandit. Bientôt, ils ne se croiseront plus du tout.

Il est des pouvoirs d’autant plus sûrs d’eux-mêmes qu’ils ne se reconnaissent plus comme tels. Ils se croient naturels. Ils ne s’imposent pas : ils vont de soi. Depuis longtemps, l’audiovisuel public français exerce ce magistère feutré. Il ne gouverne pas le pays ; il en administre le récit. C’est un sanctuaire moderne qui voit une caste se contempler sous les traits de l’universel. C’est tout le privilège des cléricatures tardives : elles parlent au nom de tous depuis leur nombril. Rien, d’ailleurs, n’est tout à fait caché. Les connivences, les indulgences, les enthousiasmes comme les répulsions composent un paysage si connu qu’il en devient presque invisible. « Avec Patrick, on fait ce qu’il faut pour Dati », affirmait Thomas Legrand pour rassurer les socialistes. Les petites phrases ont parfois cette vertu de condenser un régime. C’est un monde qui a ses rites. Il aime particulièrement les cérémonies funèbres, qui permettent de travestir le bilan en élégie, surtout dès qu’un socialiste tombe. Jack Lang ? « Le plus grand ministre de la Culture de la ve ». Jospin ? « Le meilleur Premier ministre de la ve ». On a la canonisation aussi généreuse que l’excommunication sur France Inter. Mais les 35 heures n’existent pas au Purgatoire.

Et puis survient parfois un grain de sable dans cette belle mécanique de l’innocence. Les Rayons et les Ombres, le film magistral de Xavier Giannoli. En choisissant Jean Luchaire pour raconter la collaboration, le cinéaste touche juste : il rappelle que les trahisons ne sont pas l’apanage d’un camp et naissent aussi dans les salons, les rédactions, les consciences raffinées et… à gauche. Soudain, le récit se trouble : quoi, la gauche n’est pas immunisée contre le mal ? Heureusement, des experts volent à la rescousse : l’historien Laurent Joly – qui, il y a un an, appelait à voter contre le RN en toute neutralité et tentait de liquider Jean-Yves Camus la veille dans Le Monde – est convoqué sur France 5 pour affirmer que « Luchaire est une anomalie ». Ça en fait tout de même un paquet… D’ailleurs quelques villes gagnées par LFI, au Blanc-Mesnil et ailleurs, refoulaient des odeurs d’épuration le jour d’intronisation des nouveaux maires. Certains avaient prévenu, mais par crainte de guerre civile, on a préféré leur agrafer une étiquette de facho sur la tronche. La paix vaut bien tous les renoncements.

S’il y en a un qui ne renonce pas, c’est bien Charles Alloncle. Le jeune député et rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public s’apprête à rendre ses conclusions. Elles ne seront peut-être jamais publiées, et toutes les preuves peuvent disparaître. Il suffit d’un vote. Ses adversaires le savent. Ils ont tout essayé : corruption, menaces, diffamation, des plus hautes sphères du privé jusqu’au perchoir de l’Assemblée. Rien n’y fait, Alloncle ne flanche pas. Il accuse. Le scandale est immense. Tentaculaire. Quant au pluralisme, il fait pâle figure face au système mafieux. Un système qui absout les siens et condamne les autres. Un monde qui se croit encore le centre alors qu’il n’est plus qu’un milieu.

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