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Reportage : la Grande-Bretagne se révolte contre la repentance

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Publié le

14 juin 2022

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En avril dernier se tenait à Londres une conférence patriotique intitulée « Believe in Britain and the west ». Les intervenants se sont adressés à un public attaché aux valeurs occidentales et à l’identité nationale. Mais à quoi peut bien ressembler le patriotisme britannique ? L’Incorrect y était.
SM

« C’est un fait étrange, mais incontestable : l’intellectuel anglais ressentirait plus de honte à se lever pendant l’hymne national qu’à voler le tronc des pauvres ». Le jugement est sévère ; il est de George Orwell (Le Lion et la licorne, 1941). « La situation n’a fait qu’empirer, m’assure Peter Whittle, fondateur du think tank « New Culture Forum ». Orwell faisait référence à un cercle influent, mais restreint, d’intellectuels socialistes. Depuis, une espèce de lumpen intelligentsia a pénétré nos institutions, musées, universités, églises. Ces gens méprisent leur héritage culturel. »

 La haine de soi gagne l’Occident. D’où l’idée de Peter Whittle d’organiser une journée de conférences intitulée Believe in Britain and the West. « L’objectif est de faire pression sur les Tories qui ne prennent pas au sérieux l’attaque contre notre culture, dit-il. La population est en majorité patriote, les sondages le montrent. Seulement, les occasions d’exprimer leur loyauté sont rares et mal vues. Or les événements en Ukraine ont bien mis en lumière l’admiration pour les valeurs d’héroïsme et d’attachement à son pays »

Konstantin Kisin, co-fondateur du podcast très suivi Triggernometry et auteur d’une Lettre d’amour d’un émigré à sa terre d’accueil, ouvre la conférence. Kisin est russe, marié à une Ukrainienne ; ils attendent un enfant. « C’est elle qui est enceinte, pas moi. On est de la vieille école ». Sa pratique du stand-up ne gâche rien ; son speech emballe la salle. Il fait l’apologie des libertés et accomplissements de la civilisation occidentale, démocratie, liberté de la presse, égalité des chances, liberté d’expression, et appelle à ce métier des simulacres. D’où vient l’expression « politiquement correct » ? De la révolution russe de 1917 : l’objectif était d’imposer la ligne du parti. « Mes ancêtres s’entendaient dire : ce que vous prétendez là est factuellement vrai, mais politiquement incorrect… » Kisin se navre aussi du racialisme contemporain déguisé en antiracisme, et prône le retour à l’universalisme.

Les moments de crise ont engendré les chefs-d’œuvre de la pensée politique

Ça n’est pas l’avis de l’éminent historien David Starkey qui, lui, réprouve l’universalisme. Il commence sa conférence en évoquant la Révolution française, « la plus grande catastrophe que l’humanité ait connue », et rend hommage à Edmund Burke. « Voilà un authentique prophète. Dès 1789, sa critique de la Révolution en prédit les sinistres développements. Les valeurs universelles sont un non-sens, une valeur relève d’une culture, d’une expérience historique. » Starkey appelle à repenser l’ordre mondial universaliste issu de la Seconde guerre mondiale. « Il faut être cinglé pour prétendre que tous les hommes naissent égaux ! On peut admettre l’idée d’une humanité commune dans le sens le plus large possible, mais cette idée ne reflète aucune réalité politique, culturelle, linguistique ». L’Ouest est en crise. « Les moments de crise ont engendré les chefs-d’œuvre de la pensée politique : La Cité de Dieu de saint Augustin après la chute de Rome, Le Prince de Machiavel, conséquence des guerres italiennes, Le Léviathan de Hobbes après la guerre civile anglaise, l’œuvre de Burke en réponse à la Révolution française ». L’anglais Starkey aura accusé les Français de tous les maux et omis de rappeler que Thomas Paine, auteur des Droits de l’homme (1790), est né dans le Norfolk…

Emma Webb, elle, emmène l’auditoire dans le royaume du Wessex, d’où Alfred le Grand repoussa vaillamment l’invasion danoise en 878. Emma Webb est une érudite de 28 ans, diplômée en études juives et théologie, fondatrice du mouvement Save Our Statues, association créée face à la vague de vandalisme orchestrée par Black Lives Matter contre les monuments historiques. Chroniqueuse conservatrice, elle croise le fer avec ses opposants politiques à la radio, à la télé, dans la presse. Elle rend ici hommage à la ténacité du roi Alfred et fait un parallèle avec les assauts woke contre la culture britannique, citant Soljenitsyne et son essai Vivre hors du mensonge, d’où elle retire deux recommandations pour résister au wokisme : dire la vérité et construire.

Lire aussi : Colloque sur le wokisme : permis de reconstruire

 Si Webb invoque la résistance anglaise à l’invasion danoise, l’historien Rafe Heydel-Mankoo, de plain-pied dans le présent, évoque la résistance danoise à l’invasion migratoire. Il centre son exposé sur le séparatisme islamiste qui grève la société britannique et détaille les dispositions drastiques conçues au Danemark pour juguler l’immigration et remédier aux effets pervers de l’idéologie multiculturaliste, toutes mesures soutenues par l’ensemble de l’échiquier politique danois et dont le Royaume-Uni ferait bien de s’inspirer.

Mais l’auto-flagellation est plus en vogue, comme le rapporte Calvin Robinson qui termine sa formation d’ordinand. En 2020, l’Église anglicane a mis en place une « Force de frappe anti-raciste » pour remédier au racisme systémique de l’institution. Calvin Robinson a imprudemment condamné l’implication de son clergé dans ce combat pour la « justice raciale » ainsi que son adhésion aveugle à la « théorie critique raciale », idéologie qui impute à la race blanche un péché originel et ne conçoit ni repentance, ni pardon. Selon Robinson, cette théorie est antithétique aux valeurs chrétiennes. Ses critiques de l’Église anglicane dans les médias lui ont valu sanction. Lorsqu’il monte à la tribune, il remercie ceux du public qui sont venus le trouver et lui exprimer leur amitié, manifestement au fait des derniers développements : Calvin Robinson ne sera pas ordonné prêtre. Le clergé, ivre d’antiracisme, vient d’exclure ce jeune théologien métisse, de père jamaïcain et de mère anglaise… « Beaucoup de jeunes tournent le dos à l’Église anglicane et se convertissent au catholicisme, exaspérés, à raison, par cette institution devenue la plus woke du pays », me confiera Peter Whittle.

Les Anglais sont fatigués d ’être ainsi dessaisis de leur identité

Comment en finir avec cette haine de soi qui sape nos sociétés ? Le politologue et démographe Eric Kaufmann projette à l’écran courbes et sondages qui montrent que la thématique du wokisme divise la gauche et unit la droite. Exemple : à la question « doit-on enseigner aux enfants britanniques que leur pays est raciste ? » À droite, 70 % de non, à gauche, 40 % de non/40 % de oui. Aux États-Unis, la lutte contre l’idéologie woke s’inscrit au deuxième rang des priorités des Républicains, après l’immigration. Selon Kaufmann, c’est aux conservateurs de mener la bataille pour sauver institutions et valeurs occidentales.

La conférence patriotique a fait salle comble. 240 billets vendus. Elle s’est tenue le 23 avril, jour de la saint George, saint patron de l’Angleterre. Mais à quoi peut bien ressembler le patriotisme britannique avec ces quatre nations, Écossais, Irlandais, Gallois, Anglais ? Ce Royaume n’est pas très uni. « Le drapeau de saint George (Croix rouge sur fond blanc) est de plus en plus visible. Lorsque l ’Angleterre a remporté la coupe du monde de football de 1966, on ne voyait que des drapeaux de l ’Union Jack. Alors qu’au dernier Mondial, les supporters de l ’Angleterre agitaient en majorité des drapeaux de saint George. L ’identité anglaise s ’affirme d ’autant plus qu’elle souffre du deux poids deux mesures. Les nationalismes écossais ou gallois sont regardés avec beaucoup de bienveillance car émanant de la gauche, tandis que le nationalisme anglais est vu comme agressif et dangereux. Les Anglais sont fatigués d ’être ainsi dessaisis de leur identité », dit Peter Whittle.

Lire aussi : GB News : au Royaume-Uni, l’écran plat prend du relief

Être patriote au Royaume-Uni suppose-t-il d’être monarchiste ? « Le républicanisme a toujours été un courant important. Nous avons décapité un roi bien avant les Français et aboli la royauté pendant dix ans. Il serait déloyal de prétendre que qui est républicain n ’est pas patriote. Nul besoin d ’être monarchiste pour être patriote mais… disons que tous les monarchistes sont patriotes ». Ce printemps célèbre le jubilé de platine d’Elisabeth II. Les festivités animeront le week-end prolongé du 2 au 5 juin : défilés, spectacles historiques, exhibition du carrosse d’or, courses hippiques, banquets de rue. C’est au comté qui dressera la table la plus longue. Dix millions de participants sont attendus aux Big Jubilee Lunches. « Nous n’avons ni fête de l’indépendance, ni 14 juillet. Les moments de communion nationale sont liés à la monarchie », note Whittle, auteur d ’un livre sur la monarchie anglaise. Et de s ’interroger : « Qu’adviendra-t-il des quatre nations lorsque la reine sera parti

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