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Reportage : Les sorcières de sang-mêlé

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Publié le

13 janvier 2020

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Et si les sorcières étaient plus proches de vous que vous ne le pensiez ? Jeudi 12 décembre au soir, la pleine lune fut ainsi l’occasion d’un grand nombre de « rituels ». Il suffisait de taper sur Facebook « événements sorcières » pour trouver des dizaines de rassemblements un peu partout en France : bénédiction mondiale de l’utérus organisée par le Cercle des sœurs, cercles de femmes lunaires, « full moon celebration », expériences chamaniques collectives, ou encore danses tantriques. Il y en avait pour tous les goûts. Nous avons mené l’enquête.
sorcière

Peu enclin à être sacrifié en hommage à Lilith ou à atterrir dans la marmite d’un pot-au-feu sabbatique, je me suis dit qu’il serait plus sage de me rendre à un vernissage autour du thème des « sorcières et du chamanisme » organisé par la galerie La Papesse à Toulouse. Dès mon arrivée dans cette petite galerie d’art sur deux étages, quelques toiles m’ont interpellé. Représentant la déesse indienne Kali dévorant des enfants ou écrasant des testicules d’hommes, les peintures affichaient une étrange couleur rouge tirant sur le marron. Signées Alison Flora, les peintures étaient réalisées à l’aide… de sang humain. Le sang de l’artiste qui se le prélève elle-même, comme me l’a confirmé la visite de son compte Instagram sur lequel on peut découvrir des dessins particulièrement malsains. Les visiteurs n’avaient quant à eux pas l’air particulièrement choqués par ce qu’ils voyaient.

Parmi eux se trouvait même une petite famille avec enfants. Le pater familias était en grande discussion avec une jeune femme brune au look de pin-up des années 50 modernisé, couverte de tatouages. J’apprenais alors que cette jeune femme était Aj Dirtystein, une artiste plasticienne spécialisée dans les arcanes du tarot de Marseille. Organisatrice de l’exposition et propriétaire de la galerie où elle officie aussi en tant que chiromancienne, Aj Dirtystein peint parfois avec son sang comme mademoiselle Flora… mais celui de ses menstrues qu’elle recueille méticuleusement dans un verre. Présentations faites, celle qui n’hésite pas à se définir comme sorcière m’a expliqué être chrétienne. Un peu surpris, j’ai entrepris de discuter plus avant avec elle, comprenant qu’elle était dualiste et gnostique à sa manière, tendance rosecroix anarchiste. Une ligne difficilement compréhensible pour le commun des mortels que nous sommes.

« On y retrouve des références contemporaines issues des cultures alternatives, du monde politique comme le féminisme ou le totalitarisme, mais aussi des éléments issus de différents folklores et croyances populaires comme le tarot, l’alchimie, l’hindouisme, le paganisme wicca, grec et romain, ou encore la kabbale »

Fille d’un diacre et fascinée par sainte Thérèse d’Avila et sainte Rita, elle a réalisé un film intitulé Pagan Variations qui était d’ailleurs encore disponible à la vente. Elle vend aussi des jeux de tarot de Marseille ou des bougies pour choyer « son enfant intérieur » et bénir son utérus (décidément !). Autour d’elle, un aréopage de femmes et d’hommes passionnés d’ésotérisme, le plus souvent jeunes et parfois engagés politiquement. Ainsi de la susnommée Alison Flora qui décrit sa démarche artistique sans rien oublier des totems de l’époque : « On y retrouve des références contemporaines issues des cultures alternatives, du monde politique comme le féminisme ou le totalitarisme, mais aussi des éléments issus de différents folklores et croyances populaires comme le tarot, l’alchimie, l’hindouisme, le paganisme wicca, grec et romain, ou encore la kabbale ». Rien que ça !

S’appuyant sur les marges sociales et les minorités, le développement médiatique des « sorcières » est donc observable au ras du sol. Il peut parfois carrément donner la nausée, à l’image de ces femmes qui conservent le placenta de leurs bébés au congélateur pour célébrer le premier anniversaire de la naissance autour d’un « rituel ».

Pour une petite galerie récemment ouverte, l’affluence était importante. Hors quelques badauds passés là par hasard, la plupart des personnes présentes l’étaient en sachant précisément ce qu’elles allaient y trouver. Comme toutes celles qui se sont rendues à peu près au même moment dans les divers rituels pour célébrer la pleine lune ou entrer en transe tantrique. Désormais, vous pourrez dire au premier degré à vos enfants : « arrête tes bêtises ou je te donne à la sorcière ». Ce sont vos voisines. Le phénomène est bien réel. Contrairement aux expériences artistiques de Marina Abramovic et des autres dans les années soixante-dix, nos sorcières contemporaines croient. Certaines sont influencées par le Zeitgeist pop-culturel et la wicca au premier degré. D’autres affectent une démarche plus sophistiquée. Mais elles ont pour point commun de penser que la « magie », qu’elle soit d’essence psychologique ou surnaturelle, les aidera au quotidien.

Lire aussi : Michel Maffesoli : « L’image de la sorcière est soit hypersexuelle, soit chaste »

S’appuyant sur les marges sociales et les minorités, le développement médiatique des « sorcières » est donc observable au ras du sol. Il peut parfois carrément donner la nausée, à l’image de ces femmes qui conservent le placenta de leurs bébés au congélateur pour célébrer le premier anniversaire de la naissance autour d’un « rituel ». Lesquels « rituels » empruntent à de multiples traditions, s’apparentant à ces fameux remix musicaux qui sont le propre de l’époque. On n’interprète pas plus qu’on ne crée : on reprend et on mélange. Pour la seule ville de Toulouse, plus d’une dizaine d’évènements de « sorcières » recensés en moins d’une semaine. Soit des centaines en France. Ladite Aj Dirtystein a tout de même un cabinet où elle consulte à l’identique d’un médecin ou de n’importe quel professionnel libéral. Il lui arrive aussi de donner des conférences à l’université !

Par leurs sécrétions et la façon dont elles les excrètent, le sang menstruel semblant revêtir pour elles une importance capitale. Dégoûtant ? Oui. L’Occident finira par tourner autour d’un vagin.

Qu’elles se réunissent pour exacerber leur « féminin divin » ou s’agrafer des livres sacrés sur leurs parties intimes – véridique – elles sont toutes obsédées par leur vagin et leur utérus. Par leurs sécrétions et la façon dont elles les excrètent, le sang menstruel semblant revêtir pour elles une importance capitale. Dégoûtant ? Oui. L’Occident finira par tourner autour d’un vagin.

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