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Retour semi-gagnant des princes du ciné-pommade

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Publié le

23 octobre 2019

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Éric Tolédano & Olivier Nakache, spécialistes de la comédie sociale propice à engranger des millions reviennent dans les salles obscures avec un sujet plus grave, un ton plus brut. Œuvrer en duo étoffe leur style.

 

 

Tolédano et Nakache : dans l’écho de ces deux noms résonne le ruissellement de l’or au réveil de Don Salluste. Pensez-y : 19 millions d’entrées avec Intouchables et plus de 3 millions chacun avec leurs films suivants (Samba et Le Sens de la fête), les deux réalisateurs se sont faits les champions ultra-rentables du cinéma-pommade à la française. Un cinoche qui porte, rassure, et ne déçoit pas à condition qu’on n’en attende rien. Bref, de l’ouvrage bien de chez nous, populaire sans vulgarité, qu’on peut regarder avec sa belle-mère en bectant des bretzels sans risquer la fausse route. Si leur cinéma est dépourvu de toute recherche artistique particulière, il faut leur reconnaître un certain savoir-faire, celui de l’artisan qui rend du travail propre et consensuel comme une armoire suédoise. Ils filment sans forger un regard, privilégient le respect littéral du script, la vanne qui swingue, le jeu qui l’accompagne, le tout avec un vrai sens de la comédie. Leur fonds de commerce, c’est le « vivre ensemble » en tout contexte : en colonie (Nos Jours heureux), en famille (Tellement proche), dans un hôtel particulier (Intouchables), au sein d’un mariage (Le Sens de la fête), ou avec les sans-papiers, à travers le plaidoyer immigrationiste particulièrement crétin Samba. Tolédano et Nakache filment l’opposition sociale ou religieuse, mais ils la filment moins comme des idéologues que comme des utopistes, quoiqu’avec cette fâcheuse manie à ânonner sans cesse que seuls les fils d’étrangers rebâtiront nos remparts.

 

TENSION BRUTE

Bruno et Malik vivent depuis vingt ans dans un monde à part, celui des enfants et adolescents autistes. L’un est juif, l’autre musulman, et au sein de leurs associations respectives, ils forment des jeunes issus des quartiers difficiles pour encadrer ces cas « hypercomplexes ». Dès l’ouverture, le ton surprend, plus proche du polar que de la comédie légère. C’est brut, urbain, nerveux. Une jeune fille court dans la rue, renverse des passants avant de se faire rattraper et embarquer dans une camionnette. On ne l’enlève pas, on la sauve. Elle est autiste, elle a son monde et nous le nôtre, civilisé pour nous, sauvage pour elle. C’est sur cette opposition que se construit le film : Bruno et Malik sont des passeurs, derniers remparts d’un système qui prône le factice droit à la différence, mais se retrouve incapable de gérer ce qui est hors normes. Quand on ne sait pas gérer, on enferme et on shoote, nous raconte le film, sur un rythme emballé pour nous faire ressentir ce drame singulier.

 

L’ÉQUILIBRE EST PRÉCAIRE

Chronique quotidienne d’hommes qui sacrifient tout, le film s’oxygène de moments de comédie efficace mais s’égare aussi dans des bribes d’histoires parallèles. À trop vouloir coller à la réa- lité et aux personnages, le film s’enlise. Si Bruno, kippa sous la casquette et tsitsit au jogging, bénéficie d’un traitement de faveur et d’une interprétation de Vincent Cassel qu’on n’imaginait guère capable d’être aussi bon ; Malik, musulman pratiquant (Reda Kateb toujours juste) dispose de moins de temps de parole. On l’aura compris – le duo insiste : en donnant aux autres, on oublie les différences. C’est vrai, il n’empêche qu’un lâcher d’autistes dans la bande de Gaza ne résoudra pas pour autant le conflit israélo-palestinien. Reconnaissons néanmoins au film de ne pas verser dans le misérabilisme et la moraline mais d’offrir un coup de projecteur salutaire.

 

Arthur de Watrigant

 

HORS NORMES (1 h 54 min) d’Éric Tolédano et Olivier Nakache Avec Vincent Cassel, Reda Kateb, Hélène Vincent . En salles le 23 octobre 2019.

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