Dans une époque où la droite a souvent du mal à incarner autre chose qu’une nostalgie confuse ou une colère sans style, Richard de Seze détonne. Voix posée, esprit affûté, il est l’un des rares à allier profondeur doctrinale et humour, enracinement monarchique et curiosité contemporaine. À 60 ans, ce fils d’un militaire de la Légion étrangère passé par la case prison pour faits d’OAS se présente avec désinvolture : « J’ai été élevé assez jeune dans un truc assez simple : Dieu, la France, le Roi. Et maintenant que j’ai 60 ans, ça me paraît très, très bien. »
Né le 1er janvier 1965, il grandit dans un Paris bourgeois et catholique, partagé entre la capitale et les Hautes-Pyrénées familiales, dans une maison pleine de cousins, de traditions et de missels. De cette enfance, il a gardé un attachement viscéral à la beauté, à la France et à l’élégance intellectuelle.
Sa vie professionnelle fut celle d’un stratège discret de la communication. Vingt-sept années passées dans des agences, à gravir les échelons, jusqu’à devenir conseiller en stratégie. Un parcours mené parallèlement à une intense activité intellectuelle : de Réactions à Les Épées, de Politique magazine à L’Incorrect, Richard de Seze a signé des centaines d’articles dans les publications les plus exigeantes de la droite non conformiste. « C’était plus du militantisme qu’autre chose. La majorité de ces collaborations n’étaient pas payées. Mais on s’amusait beaucoup. »
À la culture du moche, il oppose la curiosité esthétique. À l’individualisme libéral, il préfère les corps intermédiaires et le sens du commun
L’amusement, pour lui, passe par la plume mais aussi par l’ironie. À L’Incorrect, il a lancé une rubrique intitulée « Est-il de droite ? », clin d’œil aussi irrévérencieux que jubilatoire, qui examine figures publiques et phénomènes culturels à l’aune d’un conservatisme à la fois joueur et exigeant. « Ça fait six ans que ça dure. » . Il sort d’ailleurs le volume 2 de ses chroniques Les belles-mères sont-elles de droite (La Nouvelle Librairie) ce mois-ci.
Il est aussi, depuis janvier 2025, l’un des piliers de Radio courtoisie, où il œuvre désormais à la matinale, tout en préparant les quarante ans de la station. Un défi éditorial : « Mes objectifs, ce sont ceux que Pierre-Alexandre Bouclay m’a donnés : tester de nouveaux formats, lancer de vrais podcasts, augmenter l’audience numérique… »
Mais derrière la voix douce et la rhétorique patinée, il y a une pensée redoutablement cohérente. Monarchiste assumé, catholique fervent, Richard de Seze revendique une forme de contre-modernité fondée sur l’enracinement, la hiérarchie et le goût du beau : « On a volontairement détruit l’idée que le beau pouvait avoir une valeur en soi. L’esthétique avait un rapport à la vérité et au bien que l’on a sacrifié. »
La République, dit-il, est en partie responsable de cette laideur généralisée, non seulement urbaine et vestimentaire, mais aussi spirituelle : « La République a toujours sacrifié la vérité, puis la justice, puis la beauté. » Chez lui, cette critique n’est pas une pose mais une conviction charpentée, nourrie d’histoire, d’art et de philosophie politique. Il rêve encore d’un relèvement national, qui passerait par la redécouverte de l’âme française : « Il serait bon que les Français sachent ce qu’est la France, qu’ils apprennent leur histoire. Beaucoup de ceux qui deviennent monarchistes le deviennent après avoir découvert une histoire qu’on ne leur avait jamais racontée. »
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Richard de Seze ne donne pas de leçons. Il propose une alternative. À la culture du moche, il oppose la curiosité esthétique. À l’individualisme libéral, il préfère les corps intermédiaires et le sens du commun. À la société liquide, il répond par des pages d’Histoire et des fragments de beauté retrouvée, jusqu’au cœur d’un globule blanc dans l’intestin d’un zèbre, photographié en macro, qu’il décrit comme « un spectacle plus beau que la plupart des joyaux des grands joailliers. »
Avec une voix feutrée et des mots ciselés, il est l’élégance de droite incarnée. Et si l’on demandait à Richard de Seze ce qu’il veut faire après Radio courtoisie, il répondrait : « Peut-être écrire des contes pour enfants, me lancer dans la critique d’art ou tout simplement transmettre ce que j’ai appris. Parce qu’être de droite, ce n’est pas seulement manger de la viande rouge et lire Tintin : c’est aussi être curieux, juger, hiérarchiser, transmettre. »
Il y a chez lui du gentilhomme gascon, du pamphlétaire lettré et du moine copiste. Un homme qui ne s’excuse pas d’être à contre-courant. Un esprit libre dans une époque qui ne l’est plus. Bref, on n’a pas encore la monarchie mais on a Richard de Seze à la radio.





