Chez moi, on écoutait les Beatles. Enfin, pour tout dire, on écoutait surtout Brassens (pour mon père) et Sardou (pour ma mère), mais ça n’est pas vraiment le sujet. Enfant, lorsque nous rentrions de chez mes grands -parents, je demandais, à l’arrière de la voiture, que l’on mette le disque One (celui avec tous les singles numéros 1) des Beatles que l’on venait d’acheter. J’avais neuf ans et je connaissais ces vingt-sept titres par cœur sans en connaître un seul des Rolling Stones. C’est seulement plus tard, au moment des premières ivresses, que j’ai véritablement découvert les Stones.
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Je me coiffais comme le Keith Richards de 1971, mes amis et moi goûtions le whisky moins par goût que par mimétisme, le documentaire censuré Cocksucker Blues était diffusé sur les télévisions de nos parents durant nos fêtes destructrices: ainsi, nous fûmes contaminés.
Quinze ans de règne artistique
Comme le dit Louis Bousquet dans Some Boys sa récente biographie des Rolling Stones: « Pour raconter l’histoire des Stones, il faut savoir délaisser les découpages arbitraires. » En réunion de rédaction, nous nous demandions si ce groupe désormais mythique n’était pas devenu du patrimoine plus qu’autre chose. Sans doute. Il fut pourtant un temps où les Stones « ne représentaient pas un passé lointain, mais un présent qui vous brûlait les fesses. » Ils étaient parvenus, du début des années 60 jusqu’aux années 80, pendant près de quinze ans, à être en mutation constante, à se renouveler, à tenir un cap sans jamais se répéter. Cette période « correspond à un instant où se trouvent réunis les ingrédients qui rendent leur art possible: mise en danger, pression sociale étouffante et passion sans limite pour la musique. » Quand on parle désormais des Stones, on parle donc le plus souvent du groupe qui exista entre 1963 et 1981; un groupe qui a sans doute été plus connu que jamais après ces années dorées, mais qui ne parvint plus à renouer avec sa gloire créatrice d’antan.
Les quatre âges des pierres
Il y eut la période Brian Jones (jusqu’à sa mort en 1969) où le groupe fit ses classes, sortit ses premiers singles inoubliables (« Satisfaction », « Get Of Of My Cloud », « Paint It Black », « She’s A Rainbow », « Jumping Jack Flash ») ; puis la période mythique des albums cultes (de 1969 à 1972) avec Let It Bleed, Sticky Fingers et Exile On Main Street; et enfin l’ère du succès international total et des tournées gigantesques (de 1973 à 1981) où l’on entend partout à la radio des chansons telles que « Angie », « It’s Only Rock’n’Roll », « Miss You » ou « Start Me Up. »
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Après cela, la carrière du groupe fut gérée d’une main de chef d’entreprise par Mick Jagger, tandis que Keith Richards tentait de s’éloigner de ses addictions. Depuis quarante ans, le groupe célébré partout n’a pas composé une chanson qui marque notre imaginaire. Pour autant, le groupe rempli des stades plus grands que jamais (ou presque) et un nouvel album vient de sortir dont un single (« Angry) » affiche plus de 22 millions d’écoutes sur YouTube. Tout cela est étrange et singulier, comme ce groupe.
Un dernier album pas si mal
Hackney Diamonds, sorti en octobre dernier, n’est pas un mauvais disque; il est même parfois plus que bon (« Depending On You », « Get Close »). Si certains titres sont de bonnes caricatures de ce qu’étaient les Stones de la belle époque (« Mess It Up »), d’autres ne sont pas dignes de figurer dans la discographie de ceux qui ont composé parmi les plus grandes chansons de l’histoire du rock’n’roll. L’honnêteté nous impose en revanche d’avouer que nous avons là sans doute leur meilleur album depuis quarante ans, malgré tout. Il est rare de retrouver de la fraîcheur chez des artistes de 80 ans: c’est le cas ici. Et comme Mick Jagger: ne faisons
pas la fine bouche.

THE ROLLING STONES,
Polydor / Rolling Stones
Records, 17,99€





