Sam Sauvage est partout, il ravit la presse, remplit la Cigale et sort son premier album, Mesdames, Messieurs !, le 30 janvier prochain. Cela doit-il nous réjouir comme un signe que la chanson française est comme le rock : toujours déclarée morte, sans cesse ressuscitée ? Ce n’est pas si sûr. En effet, celui qui a commencé en sous-Stromae de café-concert, s’apprête surtout à devenir à la chanson française ce que Les Forbans ont pu être au rock’n’roll. À ce rythme, sa carrière ressemblera bientôt au numéro raté d’un transformiste hagard. L’homme semble pourtant sympathique, ce qui devrait me forcer à retenir mes coups de plume. Mais rien n’y fait. Exaspéré que je suis par cette musique qui singe mal celle des autres (Bashung, Lescop, Taxi-Girl, Rita Mitsouko, mais aussi Lomepal et Stromae, toujours) et par ses paroles aux vers qui ne naissent que pour tomber par terre.
Celui qui chantait la « femme de tout horizon, de toute condition, femme voilée, femme masculine, femme trans et femme d’usine » n’a pas grand-chose d’autre à dire que de répéter d’une voix indécise les mots qui composent le vent idiot de notre époque. Lourd quand il veut être léger et vain quand il veut peser, Sam Sauvage peine à toucher juste. C’est embêtant. On voudrait pourtant pouvoir applaudir cette bouille étonnante auréolée d’épais cheveux noirs, mais l’honnêteté nous en empêche. Il ne manque pourtant pas d’admirateurs. Ses concerts semblent même souvent complets. Il ne faut plus s’étonner de rien. Ces mélodies chétives qui auraient mérité un succès d’estime lors d’un bal de fin d’année au lycée ravissent en nombre. Du plateau télévisé de Quotidien jusqu’aux rédactions du Monde et des Inrocks, l’habituelle ribambelle des esprits éclairés a trouvé en Sam Sauvage le futur pour six mois de la nouvelle pop française. Comme Daho ou Indochine en leur temps, il donne une envie irrépressible d’être imité. Il faut pour cela avoir malgré tout un certain talent : celui d’être reconnaissable. On peut même se laisser prendre à taper du pied sur « La Fin du monde », «Pas Bourré» ou «Dans le Photomaton», qui ne sont pas des chansons désastreuses, mais des caricatures de nos souvenirs des années 80.
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À l’heure où chacun cherche, consciemment ou non, à foutre le camp du présent, on peut comprendre (un peu, au moins) que tout prétexte est bon. Sam Sauvage est ce prétexte. Mieux qu’un karaoké, mais pas du niveau d’un véritable créateur. Il est ce qui passe sous la dent du temps, qui l’avalera tout cru avant de l’oublier tout net. Sur Ali Roule de Nuit, le pire du mauvais Lomepal se mélange avec un dégoût certain aux claviers synthétiques sans imagination. Pour certains, c’est là une certaine définition de l’enfer sonore.
Cette fade resucée n’est pas toujours à vomir, mais elle ne sera jamais notre avenir. Il y a là sans doute un bonhomme appréciable dont on aurait pu être le camarade un peu fier de ses compositions travaillées la nuit dans sa chambre d’adolescent. Ce n’est pas rien, mais ce ne sera sans doute jamais plus. Pour autant, que Sam Sauvage fasse mieux et je n’hésiterai pas à faire mon mea culpa. Il ne faut jamais bouder notre plaisir. Mais pour l’instant, c’est le plaisir qui me boude à l’écoute de cet album.





