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Sapé comme Jean-Ma

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Publié le

5 mars 2025

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Dans un monde codifié comme l’était devenu le marécage politique, le vestiaire du diable était comme un jour férié dans la tristesse uniforme des semaines ouvrables.
© Romée de Saint Céran

Nous interrompons ce programme en deux volets, initialement consacré au « power suit », pour saluer un sartorialiste français de premier ordre, qui vient de nous quitter : Jean-Marie Le Pen. Et d’ailleurs, plus qu’une interruption, il s’agit d’une transition assez naturelle vers le deuxième volet de notre réflexion. Dans un monde codifié comme l’était devenu, ces, disons, vingt dernières années, le marécage politique, le vestiaire du diable était comme un jour férié dans la tristesse uniforme des semaines ouvrables. Évidemment, pas de petit costume étriqué et de chaussures pointues pour l’ogre. Il laissa cette option à ceux qui assurèrent la refondation du RN. « Power suit » non plus d’ailleurs.

Lire aussi : Le « power suit », armure lisse (première partie)

Jean-Marie Le Pen, qu’il soit en meeting ou non (mais quittait-il jamais vraiment la scène ?), s’habillait pour son auditoire, j’allais écrire pour son public, avec une recherche digne d’un chanteur de charme d’avant-guerre. Du croisé, du rayé, des fleurs à la boutonnière, des vestes à carreaux, pas de lésine, pas d’hésitation, pas de timidité. C’est vers la cinquantaine, après avoir connu l’uniformité chic des années 50 et même 60, après avoir (évidemment) résisté aux années 70 (on n’imagine pas le menhir, avec un pantalon pattes d’eph en velours orange), que Le Pen, définitivement étanche au qu’en-dira-t-on, s’était composé un style à lui. Plus tard, l’âge venant, le menhir sortit les cols roulés de couleur vive, les foulards, les blousons en daim, et même ce curieux manteau rouge dans lequel il glapit « Janoscour ! » un 1er mai, et qui, sur n’importe qui d’autre que lui, aurait été franchement grotesque.

On sait que Jean-Marie Le Pen, élevé par les Jésuites de Vannes après la mort de son père, apprit par cœur des centaines de vers et possédait une culture classique dont seul Mélenchon (et encore !), dans le paysage de notre régime finissant, pourrait prétendre saisir les références. Avec une telle érudition, aurait-il su qu’involontairement et aussi incongru que cela paraisse, il était, en partie, l’une de ces silhouettes de dandys que crayonne le « peintre de la vie moderne », ami de Baudelaire, dans son texte éponyme ? Voyons plutôt : « C’est bien là cette légèreté d’allures, cette certitude de manières, cette simplicité dans l’air de domination, cette façon de porter un habit et de diriger un cheval, ces attitudes toujours calmes mais révélant la force, qui nous font penser, quand notre regard découvre un de ces êtres privilégiés en qui le joli et le redoutable se confondent si mystérieusement : “Voilà peut-être un homme riche, mais plus certainement un Hercule sans emploi.” » Le mot « joli » ne convient pas, c’est certain, à notre Hercule stylé, qui fut si longtemps sans autre emploi que celui de faire peur. Mais pour le reste… Alors adieu l’artiste, figé à jamais sur la Une de Libé, impérial en noir et blanc, dans un costard de mac, avec son doberman. Quel talent !

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