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SMASHING PUMPKINS : RIP

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Publié le

23 octobre 2024

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Au début des années 90, les Smashing Pumpkins avaient réussi un miracle : créer une harmonie entre des styles que rien ne devait réunir. Heavy metal, shoegaze et une certaine vision pop. Au moindre faux pas, ce miracle pouvait se transformer en catastrophe. : c’est ce qui s’est produit.

Billy Corgan, qui ne s’est jamais correctement habillé, est devenu la rock star la plus mal vêtue de tous les temps. Lorsqu’il veut passer inaperçu, il ressemble à un vilain vendeur de chez Darty secrètement membre d’une secte ratée ; le reste du temps, c’est au gourou de cette même secte d’illuminés déguisé avec les vêtements de sa dingue de femme. Il n’empêche, Billy Corgan est le leader, la tête pensante, de l’un des groupes les plus importants des années 90 : The Smashing Pumpkins. Et même si le groupe a enregistré beaucoup trop de mauvais albums, il est difficile d’oublier un disque comme Siamese Dream tant tout y est parfait. C’est ce qui explique, en grande partie, pourquoi nous continuons à nous infliger ces albums indigestes une fois tous les deux ans depuis une quinzaine d’années. À peine avions-nous eu le temps de nous remettre du pathétique « opéra-rock » (règle de base : toujours fuir lorsque l’on entend ce terme) des Pumpkins, sorti il y a deux ans, que revoilà notre Billy Corgan (en tenue de bal futuriste) et ses copains (qui ont toujours l’air de se regarder entre eux en haussant les épaules après avoir aperçus l’accoutrement de Billy) avec un nouvel opus.

Réveiller les fantômes

Les critiques négatives visent principalement la production : ce n’est peut-être pas l’essentiel de ce qui doit être relevé. En vérité, ce disque est sans doute meilleur que les précédents. Mais à quoi bon ? Tout cela est désormais devenu vain. Que restera-t-il de ces titres, on se le demande. Pourtant, on voit bien que les Smashing Pumpkins y ont mis de la bonne volonté. Dès les premières notes, Billy Corgan, en bon gourou discipliné, cherche à réveiller les fantômes du passé. Il sait même plutôt bien y faire : au bout de trente-cinq ans dans la même société, on commence à connaître son métier. Les Smashing Pumpkins enchaînent donc les riffs de stade pour cinquantenaires nostalgiques de leur adolescence de marginaux-modérés : ils sont aujourd’hui en quelque sorte les François Bayrou des Ténèbres. Tant et si bien que le Jedi Corgan se permet même un titre nommé « Pentagrams ». J’en vois d’ici qui frissonnent face à l’ésotérisme radical de notre guitar-hero. Au début des années 90, les Smashing Pumpkins avaient réussi un miracle : créer une harmonie entre des styles que rien ne devait réunir. Heavy metal, shoegaze et une certaine vision pop. Au moindre faux pas, ce miracle pouvait se transformer en catastrophe. Le mauvais goût, l’atroce kitsch, pouvait à tout moment prendre place et renverser ce fragile équilibre : c’est ce qui s’est produit.

Les rock-stars meurent jeunes

Tout comme un type qui lit Nietzsche peut finir à la salle de sport en portant de la fonte tout en regardant des vidéos Youtube de Julien Rochedy ; un Billy Corgan habillé en geisha fan de science-fiction à bientôt cinquante-huit ans peut finir par faire de la musique pour jeux-vidéos japonais ou du heavy metal pour adeptes de pratiques new age. Il faut toujours se méfier – et surtout de soi-même. On sort lessivé de cet album qui va dans tous les sens sans jamais aller nulle part. À la fin de quarante-cinq longues minutes, j’ai remis Siamese Dream sur la platine pour la trois-centième fois, et je ne sais si j’ai eu de la joie ou de la peine. On se demandait pourquoi les rock stars mourraient jeunes : c’est pour ne pas finir comme Billy Corgan.

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