Some Rain Must Fall commence par un non-évènement filmé hors-champ : une mère de famille à la recherche de sa fille dans un gymnase bruyant blesse une vieille femme en renvoyant un ballon de basket. Un incident qui déclenchera une réaction en chaîne délétère, plongeant la mère dans une culpabilité sourde qui fera ressurgir tous les spectres et les impensés de son existence : sa relation avec sa fille, son mari, ses propres parents, sans oublier la pesanteur inouïe de la pression d’une société chinoise cadenassée qui est peut-être le personnage principal du film. Glissant peu à peu dans la névrose de son personnage le métrage se transforme en prison mentale, impression renforcée par le choix du format 4 h 3 et par une photographie crépusculaire qui donnent à chaque plan l’aspect d’un cube hermétique. Ce qui se joue ici, c’est d’abord le conflit du rapport des classes, puisque la vieille femme, hospitalisée, appartient à une famille de « paysans », bien loin du luxe glacial dans lequel semble baigner la mère de famille. La question primordiale de l’empathie, sentiment qui semble presque étranger à cette Chine robotisée et individualiste, est posée par le réalisateur avec une rare âpreté, ce dernier se gardant bien d’apporter une quelconque réponse, jusqu’à un final particulièrement cryptique.
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De l’autre côté du Pacifique, la diaspora chinoise semble souffrir également, mais de son isolement. La jeune réalisatrice sino-américaine Constance Tsang filme le quotidien d’un salon de massage situé dans le quartier new-yorkais de Flushing, parcelle déshéritée du Queens où s’entassent plus de 70 000 ressortissants chinois. Le salon incarne une sorte de Chine miniature, totalement féminine et qui semble vivre en totale autarcie dans une cohabitation fragile avec les autochtones, lesquels ne fréquentent ce salon que dans l’espoir d’y trouver des arrangements érotiques. Là aussi, un évènement dramatique marque le début du film et inaugure une quête intérieure du personnage principal, une jeune masseuse qui devra composer avec sa culpabilité dans cet univers étouffant, dépourvu d’horizon, hanté par les lointaines rumeurs du « pays ». Deux films suffocants et maîtrisés de bout en bout, servis par une mise en scène exemplaire, tout en hors-champ et en ellipses, qui en disent long sur le malaise profond de l’actuelle société chinoise.
SOME RAIN MUST FALL (1 h 38), de Qiu Yang, avec Yu Aier, Yibo Wei, Di Shike, en salles le 26 mars.
BLUE SUN PALACE (1 h 57), de Constance Tsang, avec Wu Ke-Xi, Lee Kang-sheng, Haipeng Xu, en salles le 12 mars.





