CHIC ET SAUVAGE
SERENADES & DAMNATION, Dead Chic, Upton Park, 14,50 €
Et si, au fond, il était chic de savoir être sauvage. Avec ce disque, c’est une leçon. Sensuel et brutal, dansant et obscur, léger et étrange à la fois. Surtout, l’album tout entier est incroyablement dense. On danse avec des cavaleras mexicaines dans des clubs louches ou les farfisa maléfiques invitent à la débauche. Sur un autre titre, nous voilà dans un western grinçant. Les orchestrations sont toutes délicatement puissantes. Tout ici est organique, vivant. On imagine l’ensemble joué en concert, face à nous, dans un bouge oublié d’une vieille ville malfamée. Surtout, oui surtout, une voix incroyable, sorte de croisement rocailleux entre un bluesman diabolique et un crooner à la voix divinement éraflée, mène vers des sommets chaque chanson. Et puis l’on découvre que ces vedettes en devenir sont françaises. Hallelujah ! Ils seront à La Boule Noire (voilà un lieu qui leur va bien) : et nous aussi. Emmanuel Domont

LES VIEUX REVOLVERS
REVOLVER, Marc Lavoine, Universal, 16,99 €
13 albums, 2 albums en public et 6 compilations « best-of » (rien que ça !) dont le dernier Revolver (en hommage à son tube « Les yeux revolver ») célèbre en mode « électro-symphonique » le parcours de chanteur de charme. Depuis 1984, le père Lavoine s’obstine à chanter l’amour déçu d’une voix qui se situe entre l’ASMR, la crise d’asthme et le sèche-mains défectueux à l’adresse d’un public d’éternelles adolescentes sortes d’Emma Bovary de l’ère du Minitel. Confidences d’un cœur blessé, paroles pseudo-poétiques qui ratent leur cible à chaque fois (« Même si ma mémoire a des trous / Je me souviendrai de vous. ») à la fois viril et sensible. Quand il entend le mot « musique », Lavoine sort donc son Revolver : et le bon goût en est la première victime. Son projet ressemble à 18 mauvaises versions de thèmes de cinéma, la comédie romantique de Noël ou les films de super-héros. Et si ce n’est pas au cinéma le plus commercial auquel on pense, ce sera à des génériques de programme télé. Un album paresseux, bruyant et stupide : du grand Marc Lavoine en somme. Nicolas Pinet

LA FORCE FRAGILE
QUELQUES LUMIÈRES, Dominique A, Cinq 7/Wagram Music, 18,99 €
Depuis 35 ans, Dominique A mélange la chanson française héritière de Brel et le rock anglais à mi-chemin de la new wave incarné par Morissey. C’est certainement la raison pour laquelle sa carrière doit beaucoup aux Inrockuptibles – un magazine culturel prescripteur dans les années 1990/2000, sorte d’Incorrect de gauche – qui furent un relais de la scène rock anglaise mais aussi de « la nouvelle scène française ». Avec Quelques lumières, double album symphonique et acoustique, la part rock s’estompe au profit de la filiation avec le dernier Brel (celui de « La ville s’endormait », des « Marquises » ou du « Bon Dieu »). Dominique A est mélancolique, sans être larmoyant ; souvent naïf mais sans ridicule. Étrangement, sa voix chantée proche du murmure, ne s’interdit pas un certain lyrique contenu (« Le ruban », « Le geste absent »). Une fragilité qui contraste avec sa carrure de colosse et que les arrangements (qu’ils soient acoustiques ou symphoniques) accompagnent à merveille. Un double album délicat, humble et assez beau : du grand Dominique A en somme. Nicolas Pinet






