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Quelle œuvre emporter dans son désert ? Question cruciale, en ce temps de Carême universel. Une « Passion » de Bach, bien entendu. Vitale comme une Bible. Celle selon saint Mathieu a le rythme serré du récit, la respiration haletante du drame. Un chemin de croix où l’humanité chante le sang de l’Innocent qui l’a rachetée.
Une narration à la mesure des créatures, faisant résonner le Verbe dans le silence des cœurs confinés. C’est pour l’homme moderne que Bach semble avoir fait ce miracle : verser le mystère de Dieu sur la misère des hommes, entremêlant évangile et poésie, choral et opéra.
Encore faut-il assumer le spectre infini des lectures possibles. Profondeur ou agilité, solennité ou énergie ? La partition ne contient que l’essentiel. C’est à l’interprète de se frayer un chemin au-delà des signes. Ton Koopman est de ceux qui cherchent la fidélité historique, préférant les instruments d’époque et les formations réduites : pas plus d’une quarantaine de musiciens et d’une trentaine de choristes. La rigueur et la sensibilité de ce maître du baroque ont hissé son premier enregistrement (1993) parmi les versions de référence de la discographie. Au point que Warner Music vient de le rééditer pour les plateformes numériques.
On peut regretter une prise de son réverbérée, ou rêver d’un timbre plus charnu pour la voix d’alto. Mais les autres solistes sont de bout en bout expressifs et touchants, les chœurs font preuve d’une cohésion sans faille, et les musiciens atteignent un rare équilibre entre vitalité et gravité, faisant de l’écoute un bouleversant moment de prière.
Paolo Kowalski
MATHEW PASSION – Johann Sebastian Bach, Ton Koopman, direction musicale Amsterdam Baroque Orchestra Warner Classics / Parlophone Records Limited (2h44) Amazon Music, Apple Music

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