Le dossier prison revient tous les quinze du mois sur le haut de cette pile qu’on nomme l’actualité, et à chaque fois par ce petit bout de la lorgnette qui s’appelle la polémique. L’exemple le plus frappant fut sans nul doute le « Kohlantess », qui organisait l’affrontement des détenus dans des épreuves dont une course de karting, à la prison de Fresnes à l’été 2022. Plus récemment, il y eut la bronca provoquée par la construction d’un théâtre dans la prison des Baumettes, ou encore la controverse qui suivit l’évasion-arrestation du trafiquant Mohamed Amra.
À chaque polémique donc, deux discours symétriques et caricaturaux s’affrontent, empêchant de voir la part de vérité qu’il peut y avoir chez l’un, chez l’autre, et au-delà. Dans le coin bleu, il y a la droite qui, mettant l’accent sur la responsabilité individuelle et la répression, dénonce des prisons qui ressembleraient à des « clubs Med », oubliant un peu vite les rigueurs de la surpopulation carcérale, la dureté de l’isolement social et le drame des trappes à précarité. Dans le coin rouge, il y a la gauche qui, des trémolos plein la voix, voit du déterminisme social partout, parle d’ « inhumanité » dès qu’on réclame un peu de sévérité, et voudrait supprimer la punition par le renversement du coupable en victime, sur fond de pensée abolitionniste – ainsi le « philosophe » Geoffroy de Lagasnerie publiait en janvier dernier l’archétypal Par-delà le principe de répression : Dix leçons sur l’abolitionnisme pénal. Aucun ne semble capable d’articuler une juste philosophie carcérale, qui sache allier la nécessaire dureté de la peine pour expier le crime, et le souci sincère de la rédemption du coupable.
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Et alors que le ministre de la Justice Gérald Darmanin semble reprendre le dossier en main avec un zèle certain – en mars, il suspendait un programme de 125 millions d’euros sur les tablettes numériques en prison, faisait adopter à l’Assemblée nationale un texte établissant un régime carcéral très strict pour les plus gros trafiquants de drogue, et appelait dans une circulaire adressée aux procureurs et directeurs de prison à organiser l’expulsion des prisonniers étrangers, ce que d’autres ont appelé « remigration » –, on entend déjà les disques rayés des uns et des autres prêts à rejouer leur petite musique habituelle.
Il faut dire que la prison, dernier enclos de mystère dans une civilisation qui a couronné partout ailleurs le règne de la transparence, et qui concentre en un même lieu tous les rebuts de la société, est propice à tous les fantasmes, à toutes les projections de l’imaginaire – et ce d’autant plus qu’on en est éloigné, et qu’on n’en connaît à peu près rien. Aussi nous fallait-il remettre un peu de clarté, de rationalité et d’objectivité dans ces discussions, non pas en nous contentant comme beaucoup de répéter les catéchismes ramassés ici ou là, mais en poussant nous-mêmes les portes de la prison française, pour raconter à partir des témoignages de prisonniers, de surveillants ou d’aumôniers, l’étrange, la douloureuse, l’infernale vie qui se joue derrière ces murs.





