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Tchéky Karyo : L’adieu aux armes

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Publié le

1 novembre 2025

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Tchéky Karyo, figure culte des années 80 et 90, s’est éteint hier à l’âge de 72 ans.

Si vous êtes nés dans les années 80 vous avez sans doute découvert Tchéky Karyo dans Nikita (peut-être le seul bon film de Luc Besson avec Le Dernier Combat) : dans le rôle de l’instructeur d’Anne Parillaud, il dévoilait une impressionnante palette de jeu, tour à tour protecteur et sadique, inquiétant et rassurant, amoureux et glacial… un rôle taillé à la mesure de celui qui a longtemps assuré les rôles de jeune premier, grâce à sa belle gueule de métisse franco-turc: on se souviendra de lui chez Eric Rohmer en amant ombrageux, lorsqu’il donne la réplique à Bulle Ogier dans Les Nuits de la Pleine Lune : figure tragique de l’amoureux éconduit mais rationnel qui ne parvient pas à comprendre les errances nocturnes de sa belle.

Déjà, il y a avait là comme une méprise : car enfin Tchéky Karyo n’a pas vraiment une tête de jeune premier, avec son visage taillé à la serpe, sa mâchoire carrée, ses yeux où brille un feu sombre… il aurait même plutôt quelque chose d’un garçon sauvage, quelque part entre le gitan et le bastonneur. C’est d’ailleurs Chantal Akerman qui lui donne son premier rôle : une silhouette tout au plus mais une silhouette qu’on retient dans son film-somme Toute Une Nuit, où Tchéky Karyo fait partie de ces visages et de ces corps magnifiques entrevus le temps d’une nuit d’été bruxelloise poisseuse et remplie d’étreintes inabouties. Le polonais fou Zulawski lui confie un premier rôle (de braqueur évidemment) dans le très daté mais très chouette L’Amour Braque, vision fantasmée d’une France incandescente.

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Jean-Jacques Annaud ne s’y trompe pas également en lui confiant un rôle quasi-muet dans son banger L’Ours, celui d’un chasseur confronté à sa propre humanité dans les montagnes canadiennes. Karyo est un acteur de théâtre, sensible et lettré, mais on le prend souvent pour des rôles minéraux, à la limite du barbare. C’est tout le paradoxe d’une gueule et d’une carrière d’acteur qui oscille constamment entre une pure physicalité et un jeu tout en nuances. Après les années 90, Tchéky Karyo incarnera le méchant parfait de cinéma : flic ultra-violent et camé dans Doberman de Jan Kounen, antagoniste livré avec ses armes dans Bad Boys ou GoldenEye… et puis encore un flic corrompu chez Besson dans Le Baiser Mortel du Dragon, et encore un flingueur ombrageux chez Kounen dans Blueberry… à mesure que sa gueule se burine, s’épaissit, Karyo semble destiné à ces rôles de grands ténébreux et fait peu à peu oublier ceux qui ont vu le franco-turc, au début de sa carrière, comme l’épitomé du jeune romantique.

Il reste indéniablement la gueule culte des années 80, mais aussi la voix : sa diction si particulière, son timbre posé et grave font partie des bastions imprenables de cette décennie. Comme une madeleine de Proust en titane.

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