Skip to content

Terminus pour… Aphatie

Par

Publié le

2 avril 2024

Partage

« C’est toute la force d’Aphatie, et c’est sans doute ce qui l’a mené si haut dans le journalisme institutionnel : les choses restent strictement les mêmes avant et après qu’il ait pris la parole. Le silence qui suit du Apathie, c’est encore du silence… handicapé. »
© DR

Ce sont les premières images qu’on connaît du personnage : nous sommes en 1986 quelques jours après la mort de Malik Oussekine, et FR 3 Aquitaine s’intéresse à une manifestation de soutien spontanée à Bordeaux. Du haut de ses 28 ans, avec son collier de barbe façon âge d’or de la CAMIF, on pourrait le prendre pour un instituteur ou un syndicaliste. Mais il flotte dans les yeux de Jean-Michel Aphatie cette sorte de torpeur tragique, cette ruminance sébacée qui ne le quittera jamais vraiment.

Lire aussi : Terminus pour… Christophe Dechavanne

Un feu de poubelle qu’on aurait tort de prendre pour les torches du Grand Soir : déjà, le futur journaliste n’a pas grand-chose à dire, ni sur la loi Devaquet, ni sur la mort d’Oussekine. Déjà, il se montre professionnel dans l’art du contournement et du psittacisme. C’est toute la force d’Aphatie, et c’est sans doute ce qui l’a mené si haut dans le journalisme institutionnel: les choses restent strictement les mêmes avant et après qu’il ait pris la parole. Le silence qui suit du Apathie, c’est encore du silence… handicapé.

En 2012, Télérama publiait un papier consacré à ce « journaliste politique qu’on adore détester ». « Portrait d’un incendiaire » sous-titre l’hebdomadaire dans un excès de zèle hagiographique. On a pourtant rarement vu moins incendiaire que Jean-Michel Aphatie. Portrait d’un pétard noyé ? Même pas. Portrait d’une éponge à poncer serait plus juste. Et pourtant, le par- cours du bonhomme est épatant : Jean-Michel Aphatie a du mérite, qu’on ne s’y trompe pas: cet ancien vendeur de bagnoles d’occasion a passé son bac sur le tard, il a pris l’escalier de secours au lieu de l’ascenseur social, il a grimpé les marches une à une…

C’est toute la force d’Aphatie, et c’est sans doute ce qui l’a mené si haut dans le journalisme institutionnel : les choses restent strictement les mêmes avant et après qu’il ait pris la parole. Le silence qui suit du Apathie, c’est encore du silence… handicapé.

Enfin, pas tout à fait: il a aussi eu du bol. Monté à Paris tel un Rastignac de basque étage (mdr), il est arrivé au bon moment, en plein mitterrandisme rayonnant. Il sera de toutes les rédactions, de Libération au Monde, en passant par Le Parisien, France Inter et RTL. Dur de faire plus incendiaire, en effet… Plutôt le petit brasero pépère d’un centrisme qui s’adapte à toutes les situations, qui prospère à l’ombre de tous les régimes. Et déjà, cette faculté qui consiste à faire semblant de prendre de la hauteur, à toiser l’adversaire politique avec une mine de kapo satisfait.

Et n’allez pas me dire que je ne connais pas mon sujet : chers lecteurs, pour vous, j’ai pratiqué mon Aphatie, je me suis colleté à Jean-Michel. J’ai planté mes piquets de tente sur YouTube, je me suis coltiné l’INA, je me suis fumé le cerveau à coups de vieux plateaux télé – jusqu’aux sombres heures du rocardisme, dont JMA fut friand. J’en ai rêvé la nuit, de sa longue face de ravioli vapeur, quelque part entre un de Gaulle-Wish et Carlo Tentacule (les vrais sachent). Conclusion : rien. Strictement rien à se mettre sous la dent. Même la fameuse sortie sur le château de Versailles semble écrite par un script doctor en pleine descente de kéta.

Lire aussi : Terminus pour… Mathieu Slama

Aphatie n’est pas un journaliste, c’est une bonde humaine par lequel s’écoulent toutes les eaux de vaisselle du politique, c’est de la matière noire en barre–vous savez cette absence d’absence par laquelle les physiciens, benoîtement, tentent d’expliquer pourquoi l’espace est noir. Non seulement Aphatie n’a aucune vision politique, mais ce n’est même pas une girouette – puisqu’il conserve peu ou prou, cette espèce de sens commun d’insecte ouvert à tous les coups de boutoir du progressisme technocratique – c’est une sorte d’idole en stuc, un bas-relief qu’on a collé là dans un coin de la médiasphère, histoire de relayer les courants d’air, d’aspirer les soubresauts minuscules de l’entregent politico-affairiste, de rajouter si besoin un peu de Pento sur les mèches rebelles du PDG de la PMEFrance – quel qu’il soit. Aphatie est au journalisme ce que Marc Lévy à la littérature : un facilitateur de convenances, un accélérateur de particules molles. Le genre à faire passer Jean-Pierre Elkabbach pour Hunter Thompson.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest