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Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Mathieu Bock-Côté sans jamais oser le demander

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Publié le

10 juin 2026

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Dans « Le Pessimiste joyeux » (Fayard), Mathieu Bock-Côté se livre à notre confrère et ami Laurent Dandrieu. Il apparaît tel que lui-même : un intellectuel du tragique et amoureux de la vie, convaincu que l’on peut regarder le monde sans illusions, mais sans cesser de le célébrer.
© Benjamin de Diesbach

Tout le monde connaît Mathieu Bock-Côté. Les politiques veulent le rencontrer, les médias veulent le recruter, les journalistes veulent l’interviewer. Entrez dans un bistrot avec lui : c’est suivre Madonna avec l’accent québécois. Les gens attablés chuchotent en le regardant, une grand-mère houspille son mari qui n’entend rien, les plus courageux lui adressent un pouce levé, les plus téméraires se lèvent pour le remercier, et les plus audacieux tentent le selfie. Compliqué. Car Mathieu Bock-Côté est grand. Très grand. Le voici obligé de se rapetisser comme Blaze dans La Folie des grandeurs. Ce n’est pas évident. Quand il franchit une porte, c’est une tornade. La Katrina du Labrador. Il ne marche pas : il bouffe le bitume, souvent en chantant, la tête haute, le regard droit devant, la vie en ligne de mire. Pourtant, Bock-Côté connaît le tragique de l’Histoire. Bien qu’intermittent de la foi, celui qui « préfère douter dans l’Église qu’en dehors » croit en revanche fermement au péché originel. Quiconque ambitionne d’instaurer le Paradis sur terre est un dictateur en puissance. Et puis il a tout lu. En anglais comme en français. Du plus obscur penseur américain du Wisconsin à Guénon, en passant par Foucault. C’est peut-être l’avantage d’être de Nouvelle-France. La vraie. D’ailleurs, il finira bien par dénoncer une appropriation culturelle de Mélenchon. La France coule dans ses veines. Il le doit à ses parents. Son père, Serge Côté, le professeur qu’on aurait tous aimé croiser, l’a élevé avec le vin et Chateaubriand. Et quand on a un grand-père qui s’appelle Charlemagne, on est marqué pour des siècles.

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La première fois qu’il pose le pied en France, c’est dans la capitale des Gaules. Un truc d’intello. Serge Côté lui conseille d’y rester quinze jours, histoire de la connaître un peu autrement que dans les livres. Il suivra son conseil, mais ne verra pas grand-chose, sinon la fenêtre de sa chambre d’hôtel. Le bougre a commis l’erreur d’embarquer avec lui Les Origines de la France contemporaine de Taine. Plus de 1 700 pages, qu’il termina… la veille de son retour à Montréal. Mathieu Bock-Côté est comme ça. Il veut tout connaître, tout comprendre. Les mécanismes comme les raisons. Et puis il observe, scrute, dissèque. Il est sociologue après tout. Il regarde le monde sans illusions, ni sous l’anesthésie du progressisme. Il a été vacciné à la naissance. Et il lit, encore et encore : Péguy, Tocqueville, Aron, Revel, mais aussi Raspail et Tolkien. Il se rêve en hobbit avant le Mordor, ou en Henry Jones avant la dernière croisade. Une journée de Mathieu Bock-Côté dure le double de la nôtre. Le matin, il écrit. L’après-midi, il empoigne les micros des radios et des télévisions françaises. Il cite Chesterton et Chuck Norris, tape souvent sur la table, qui n’a rien demandé, surtout pendant la période des impôts. Puis, le soir, il rempile, mais cette fois pour le Québec et l’indépendance. Entre-temps, il a revu Armageddon pour la cent quarante-quatrième fois. C’est peut-être là que réside la clé du mystère. Peut-on être malheureux quand on a été adolescent dans les années 1990 ? Dans cette décennie de fin de siècle, tout était encore possible.

Chez Bock-Côté, les idées ne flottent pas. Elles n’apparaissent ni au coin d’un duty free d’aéroport, ni dans le salon cossu d’un propagandiste d’extrême centre. Elles sont intimement reliées à la chair, à l’Histoire, à la géographie et aux gens. C’est ce qui fait sa force : il ne pense jamais hors-sol. Car Mathieu n’est pas un ermite. S’il fuit les mondanités comme un taliban les barbiers, il ne refuse jamais un banquet d’amis. Et là, il faut le voir. Toutes les femmes rêveraient que leur mari les regarde comme il contemple un plateau de fromages et une quille de Sancerre : avec désir, amour et gratitude. « Que c’est beau, la vie», chantait Jean Ferrat. Chez Mathieu Bock-Côté, c’est une certitude.


LE PESSIMISTE JOYEUX, MATHIEU BOCKCÔTÉ ET LAURENT DANDRIEU, FAYARD, 264 P., 21,9 €

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