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Uptown Lovers La nouvelle âme de la soul

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Publié le

23 avril 2020

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Une autoproduction made in France empreinte de maturité pour un premier jet digne d’une bonne production à l’américaine. Rencontre avec un duo prometteur, authentique et envoûtant.

 

 

 

C’est vivant, audacieux, et sans artifices, ça s’appelle By your side et il s’agit du premier album des Uptown Lovers. On y trouve la sobriété d’un son organique, très acoustique, la simplicité des arrangements de Benjamin Gouhier, et, dans cet écrin, le timbre de voix de Manon Cluzel, simultanément grave et éthéré, à la précision redoutable. Doué d’un don de naissance qu’elle a su sublimer par le travail, la chanteuse exploite sa texture sonore à la manière d’une Billie Holliday, incarnée et expressive, et nous fait songer qu’elle pourrait bien combler le vide intersidéral laissé par la disparition prématurée d’Amy Winehouse. En playlist FIP et Nova, présents à Jazz à Vienne, Crest Jazz Vocal, Rhino Jazz Festival, se produisant à deux, trois, cinq ou quinze musiciens selon les formations, les Uptown Lovers auront quoi qu’il en soit su parfaitement tout orchestrer.

 

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Comment s’est formé ce projet réunissant une jeune Aveyronnaise élevée à Stevie Wonder et un jazzman multiinstrumentiste lyonnais ?

 

Benjamin Gouhier: On s’est rencontrés à l’école de musique où j’étais prof. J’étais en charge des auditions en vue de former au jeu en groupe. Au milieu de candidatures, Manon a débarqué avec son charisme, sa timidité et son accent. Elle était super douée, bosseuse : l’élément rêvé ! En deux mois, plus question de cours, et elle jouait avec tout le monde grâce à sa culture musicale.

Il s’est ensuivi une admiration artistique mutuelle. Ce groupe, c’est mon journal intime. Un processus de renaissance. Je n’aime pas beaucoup ce terme galvaudé, mais il est juste.

Manon Cluzel: J’en voulais plus que les autres: ou je faisais du chant mon métier, ou je rentrais élever des chèvres dans l’Aveyron. Hors de question de ne pas y arriver! Face à l’enthousiasme de Benjamin, je me suis projetée, j’y ai cru. Il s’est ensuivi une admiration artistique mutuelle. Ce groupe, c’est mon journal intime. Un processus de renaissance. Je n’aime pas beaucoup ce terme galvaudé, mais il est juste.

 

 

Qui compose ?

 

B.Gouhier: C’est une alchimie. 99% du temps, je propose des rifs et Manon me renvoie mélodie et textes. Pour l’instant ça fonctionne comme ça.

Quelque chose de viscéral, de vital. Je n’ai pas le choix. Qui a choisi qui? Aucune idée.

M.Cluzel: Les arrangements, c’est Ben. À l’écoute du premier EP, on a eu envie d’étayer en engageant plus de musiciens et c’est lui qui a écrit les partitions pour le quatuor à cordes. On l’a pensé comme un concept-album. La meilleure écoute, c’est de découvrir l’album dans l’ordre, comme il a été pensé.

 

 

Jamais de doutes ?

 

M.Cluzel: Si je doute, je reviens à Stevie (Wonder) et ça me remet d’aplomb ! « Dance » dure 7 minutes 36 secondes – dont quatre d’instrumental en prouesse rythmique dans un esprit live « wonderien ». La tendance à l’étirement des morceaux comme dans les années 70 revient en grande force, à l’instar de B.C.U.C qui vient de produire un album avec des plages de vingt minutes. C’est une bombe !

La musique, c’est une pulsion de vie. J’adore comprendre comment fonctionne la science de la musique et tout décortiquer comme un psychopathe.

B.Gouhier: Oui, on est pleinement dans l’esthétique et le format album des seventies, Pink Floyd ou Santana. Les musiciens faisaient leur musique sans aucune spéculation, elle rencontrait ou pas leur public, c’était de l’expression authentique. De la même manière, on ne cherche pas à créer un genre musical, on cherche à définir notre musique. Et Manon amène quelque chose de vraiment actuel dans son grain de voix, son phrasé et sa façon de le poser sur la partition. C’est sans doute la spécificité la plus significative d’Uptown Lovers.

Le public s’est montré très proche, et deux mille personnes qui applaudissent, ce n’est pas le même impact que deux cents! C’était fou de ressentir la tension et l’écoute de cette foule.

Qu’est-ce que la musique pour vous ?

 

M.Cluzel: Quelque chose de viscéral, de vital. Je n’ai pas le choix. Qui a choisi qui? Aucune idée. C’était obligatoire, par rapport à mon enfance, et puis c’est une échappatoire narcissique. Pour la première partie de Grégory Porter, le public ne nous attendait pas (les premières parties ne sont pas annoncées). Le public s’est montré très proche, et deux mille personnes qui applaudissent, ce n’est pas le même impact que deux cents! C’était fou de ressentir la tension et l’écoute de cette foule.

 

B.Gouhier: Vers 18 ans, je suis entré en fac de musicologie et au conservatoire, c’était un peu tard, mais j’y suis allé à fond. La musique, c’est une pulsion de vie. J’adore comprendre comment fonctionne la science de la musique et tout décortiquer comme un psychopathe.

Le son de groupe est apparu instantanément. Ça fonctionnait avec de minimes imperfections. On ne jouait pas au clic. C’était animal !

M.Cluzel: Moi pas du tout, au contraire, je recherche l’inspiration spontanée. Ce qui est intellectualisé en musique ne m’intéresse pas. Je n’ai pas ces codes, et c’est là où l’association avec Ben est judicieuse et complémentaire.

 

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Comment s’est déroulé l’enregistrement de l’album ?

 

B.Gouhier: Uptown Lovers m’a fait revenir à une certaine simplicité. Je venais du jazz complexe et exigeant, j’ai décidé d’exploiter moins de choses, j’ai voulu rester sincère sans me mettre de limites de style. Ce mélange donne Uptown Lovers. C’est perfectible, mais c’est ultra sincère.

 

M.Cluzel: L’album a été enregistré de main de maître par Stéphane Piot, en immersion totale pendant un mois. Le son de groupe est apparu instantanément. Ça fonctionnait avec de minimes imperfections. On ne jouait pas au clic. C’était animal !

 

 

Vous avez un distributeur mais pas de label, est-ce un choix ?

 

M.Cluzel: On était trop impatients de réaliser cet album et nos clips avec la talentueuse vidéaste Mlle Dou, qui nous a concocté un code couleur si adéquat avec notre musique, à la fois solaire et mélancolique. On a été en autoproduction totale, par effervescence.

 

B.Gouhier: On continue d’explorer sur scène cet album, mais les idées fusent pour le second, et on se tournera alors vers un label et un tourneur.

 

Propos recueillis par Alexandra Do Nascimento

 

 

UN COCKAIL EXQUIS

 

– By your side est très impressionnant en raison de l’aboutissement dont il témoigne pour un premier disque. Simplicité de l’écriture, maîtrise du jeu et intelligence émotionnelle subliment ce mélange de néo-folk-jazz-soul-R&B aux échappées pop-rock. Manon Cluzel a le don de faire vibrer chaque mot dans une interprétation très singulière. Elle nous livre ses expériences sans pathos, sur fond de blues teinté d’espoir, et il arrive que l’on décroche de l’histoire pour s’abandonner au flot sonore. Sa voix est tellement envoûtante en elle-même, qu’elle pourrait nous réciter l’annuaire! L’orgue ou le piano de David Bressat – révélation Jazz Magazine – maintient une tension constante. Dans « The End of the story » – réminiscence de « Stairway to heaven » – l’esprit du Harvest de Neil young côtoie une explosion de chœurs et les jeux ronds et gras de Josselin Soutrenon à la batterie et d’Étienne Kermarc à la basse. Touche funky-rock dans l’excellent « Psycho », et puis, très écrit, « From Darkness To Light », qui demeure l’une des belles respirations de cet album surprenant: un quatuor à cordes s’y déploie, emmené par les violons d’Anne Chouvel et de Jason Henoc. Non, ne passez pas à côté de ce joyau.

 

 

A.D.N.

 

BY YOUR SIDE Uptown Lovers Distribution Inouïe 18 €

 

 

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