Jadis, la droite était le parti de la sape. Du côté de la gauche, on faisait un effort pour mal s’habiller, le plus souvent sans faire exprès. À droite, de Gaulle s’habillait chez Starck, Pompidou en vacances portait des espadrilles blanches et des chaussettes jaunes, assorties à son pull… et, puisqu’il n’y a pas d’élégance sans élégance morale, citait Eluard, les larmes aux yeux, en conférence de presse. Après ? Après, ce n’est plus la droite. Giscard le centriste histrionique, Chirac le gauchiste qui avait un physique de droite (et objectivement une sacrée allure), Sarkozy l’américanolâtre sans convictions profondes : sans commentaire. Il y eut bien Fillon, mais il ne fut pas président – à cause de son goût pour les costumes, justement…
À gauche, c’était différent. La plupart des chefs n’y connaissaient rien. Et même Mitterrand, éduqué par la bourgeoisie charentaise et instruit par l’Action française, ne fut pas sauvé par Cifonelli : quoi qu’il arrive, il ne ressembla jamais à rien. Hollande n’utilisait pas les services d’un tailleur – enfin, espérons-le. Quant à Macron, ni de droite ni de gauche, il emprunta aux laquais de la Défense les costumes trop étroits, les chaussures pointues, les revers minuscules et les épaules rembourrées.
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La gauche, parti de la laideur, de la subversion et du ressentiment, a toujours essayé de subvertir les codes, y compris dans le domaine de l’élégance. Jack Lang resta attaché aux cols inversés de Thierry Mugler et aux chemises roses à col anglais ; Pierre Bergé ou Serge Moati tentèrent d’incarner le look rive gauche en s’habillant chez Arnys. Tout ça n’a jamais été convaincant. Et même Éric Dupond-Moretti, longtemps habitué aux forestières du même Arnys, qui lui allaient plutôt bien, révéla son manque de classe quand il dut s’habiller en ministre. Costards brillants, revers minables : pas de doute, c’était bien un gauchiste.
Une fois qu’on a dit ça, il faut tout de même s’attarder sur quelques cas isolés. Clemenceau était surnommé «le dandy » bien avant d’être surnommé « le Tigre ». Plus près de nous, on peut citer Laurent Fabius, élégant ministre des Affaires étrangères avant d’être président du Conseil constitutionnel, qui fit beaucoup pour la réhabilitation de la pochette blanche. On peut penser à Roland Dumas ou à Robert Badinter, avocats parisiens de Mitterrand (« Badinter pour le droit, Dumas pour le tordu », disait-il), dont les looks n’ont pas pris une ride. Dumas, en particulier, s’était fait épingler pour une paire de Berluti sur mesure.
Mais malgré tout, y a-t-il des sapeurs de gauche ? Pas vraiment : ces hommes que nous venons de citer n’étaient pas tant des politiciens de gauche que des intrigants narcissiques. Et leurs collègues de travail suffisent à en faire des exceptions qui confirment la règle.





