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« Yasuzo Masumura : l’extase et l’agonie en six films » : expérience-limite

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Publié le

29 septembre 2025

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« Si la femme et sa condition dans le Japon moderne constituent le thème presque exclusif de Masumura, c’est bien parce que ce dernier y voit une métaphore d’ordre mystique, le symbole à la fois doloriste et érotique de la souffrance humaine sur Terre. » Critique de la rétrospective « Yasuzo Masumura : l’extase et l’agonie en six films ».
© Masumura

La rentrée cinématographique vous ennuie déjà, avec ses faux évènements (Une bataille après l’autre, nouveau pensum de Paul Thomas Anderson) et ses franchises éventées (Downtown Abbey, Conjuring) ? Nous avons le remède qu’il vous faut. Si son centenaire est passé tristement inaperçu l’année dernière, c’est bien parce que Yasuzo Masumura a travaillé à l’ombre des grands noms du cinéma japonais et que son nom a toujours été rattaché à un certain cinéma d’exploitation, réputé pour ses provocations mais pas forcément pour son ambition artistique. En réalité, c’est tout l’inverse, puisque les grands studios, dès la fin des années 60, ont rivalisé d’audace en permettant à de jeunes réalisateurs frondeurs de faire leurs armes sur des films de genre (pinku, chambara ou yakusa-eigas) avant de passer à la vitesse supérieure. Masumura pourrait de fait être comparé à un réalisateur de la Nouvelle Vague pour son parcours : universitaire politisé (il partage les bancs de la fac de lettres avec un certain Yukio Mishima), puis critique de cinéma, il passe d’abord à la caméra pour mettre en pratique ses idées sur l’image filmée et sur la société japonaise, qui bouillonne alors sur les cendres encore fumantes de l’après-guerre.

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Dès ses premiers essais, son style s’affirme : un classicisme qui se cherche à travers une exigence picturale de haute volée, et qui n’hésite pas à filmer l’ultra-violence ou les passions funestes, privilégiant des mises en place extrêmement graphiques, avec profondeur de champ, nuits américaines et amorces de grand peintre, aidé par le fameux « piqué » des pellicules Kodak – société alors à son firmament. La rétrospective qui commence fin août reprend 6 de ses grands classiques – dommage que ses films jugés « mineurs » soient toujours absents, mais on le comprend, tant ces 6 films tracent le spectre hyperbolique d’une carrière flamboyante, où brille la figure de sa muse et Némésis, Ayako Wakao, ancienne « petite fiancée du Japon » spécialisée à ses débuts dans les rôles de jeune première vertueuse, et qui sous la caméra de Masumura devient tour à tour une sociopathe terrifiante (Passion) ou une martyre pure et simple (La Femme de Seisaku). Car si la femme et sa condition dans le Japon moderne constituent le thème presque exclusif de Masumura, c’est bien parce que ce dernier y voit une métaphore d’ordre mystique, le symbole à la fois doloriste et érotique de la souffrance humaine sur Terre : « Contrairement à l’homme, qui n’est qu’une ombre, la femme est un être qui existe réellement, c’est un être extrêmement libre. Voilà l’érotisme tel que je le vois » confiait le réalisateur un peu avant sa mort. Cette souffrance intrinsèque à la condition féminine n’est pourtant pas monolithique, et Masumura n’a pas son pareil pour susciter le doute, la panique existentielle causée par des destins complexes, par des souffrances réversibles et à double tranchant, comme en témoignent ses deux chefs-d’œuvre : L’Ange rouge, bouleversante histoire d’amour toxique sur fond de guerre sino-japonaise, un conflit barbare rarement filmé, et La Bête aveugle, hallucinatoire expérience de séquestration BDSM qui ferait passer Luis Buñuel pour un raisonnable jésuite. Foncez.

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