En 1797, la première phase des guerres révolutionnaires prend fin grâce aux victoires de Bonaparte en Italie. L’Angleterre reste seule face à la France. Cependant, Albion réorganise une coalition dès l’année suivante, s’adjoignant notamment les services de l’Autriche et de la Russie. Le petit Caporal a entre-temps cédé aux sirènes de l’Égypte, et le sort des armes n’est pas favorable au Directoire qui perd l’Italie à l’été 1799. L’effondrement prévu par les coalisés n’a cependant pas eu lieu. Bonaparte regagne la patrie à l’automne et s’empare du pouvoir. La France a retrouvé son général. Il a fort à faire.
Le plan du Premier Consul consiste à feindre de porter l’effort principal en Allemagne pour fondre en Italie du Nord à travers les Alpes. C’est chose faite fin mai après le passage du redoutable col du Grand-Saint-Bernard représenté par le célébrissime tableau de Jacques-Louis David. L’objectif consiste à prendre à revers les Autrichiens occupés à l’assaut sur le Var et surtout au siège de Gênes. Mais cette ville, qui résiste héroïquement depuis la fin de l’année dernière, capitule le 4 juin. Les troupes du Saint-Empire peuvent se retourner, avec le but de percer les lignes du Premier Consul qui les enferme dans le Piémont. Malgré des combats d’avant-garde favorables, Bonaparte ignore la localisation exacte des forces ennemies et leur itinéraire. Il disperse donc ses propres troupes pour ratisser plus largement cette région du sud de Turin. Cela favorise les Impériaux qui attaquent par surprise le matin du 14 juin le corps d’armée du général Victor installé dans le village de Marengo.
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Les combats sont particulièrement rudes, et Napoléon, arrivé sur place en fin de matinée, doit faire donner sa garde consulaire, future garde impériale, pour colmater les brèches du front. Celle-ci est presque entièrement anéantie, et vers seize heures, les Français débordés par le nombre doivent reculer sous un intense feu d’artillerie. La bataille semble perdue. C’est alors qu’un cavalier échevelé trouve le Premier Consul. C’est le général Desaix, envoyé dans un autre secteur la veille de la bataille pour dénicher les Autrichiens, qui a ignoré ses ordres pour marcher au son du canon. Ses neuf mille hommes arrivent d’un moment à l’autre. Un miracle. À dix-sept heures, ils consolident les positions françaises, mais les Impériaux s’accrochent au terrain. Bonaparte réclame alors une charge de cavalerie, qui est menée par l’homme du jour, Desaix. Ce dernier s’écroule en plein galop, une balle dans la poitrine. Ses cavaliers parviennent pourtant à briser les Autrichiens, qui se débandent enfin. Le soir du quatorze, le drapeau tricolore flotte sur Marengo.
Pour la deuxième fois en trois ans, Vienne est humiliée en Italie. L’armée qu’elle y avait envoyée capitule, ce qui condamne le reste de ses troupes désormais isolé en Allemagne à la défaite. Celle-ci survient par le sabre du général Moreau à Hohenlinden début décembre. Le triomphe in extremis de Marengo offre bien plus que la paix à Bonaparte, elle légitime a posteriori son coup d’État, bien celui d’un sauveur de la patrie en danger. Sans la victoire, Napoléon n’est rien. Avec elle, son règne peut commencer.





