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L’écrivain-aventurier le plus célébré du temps, et dont le succès tient aussi, sans doute, au fait qu’il voyage un peu à la place des assis d’Occident, dans son dernier livre, après tant de routes initiatiques et d’embardées sauvages, s’est immobilisé. Le voilà à l’affût dans les montagnes tibétaines à guetter l’apparition d’une panthère des neiges, après qu’un photographe animalier, Munier, lui a proposé de l’accompagner dans cette mission. La tête brûlée se fige par -20 °C et découvre alors les grâces de la contemplation. Comme la panthère, qui surgira par trois fois, le résultat littéraire est au rendez-vous.
Descriptions, méditations, aperçus : le livre, sobre et lumineux, prend la forme d’une estampe japonaise déployant une sensibilité panthéiste, mais aussi celle d’un antidote à la maladie moderne, au règne du quantitatif, à la submersion par les flux. L’art de l’affût devient, avec l’écrivain, un art de l’attention, un éloge de la patience et de la lecture du mystère du monde à rebours du mouvement général. Les animaux, comme la forêt dans d’autres livres de Tesson, exposent une leçon de vie par leur seule manière d’être au monde, souverains, beaux, évidents, à côté de quoi la faiblesse et la folie humaines apparaissent d’autant plus flagrantes.
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Ce constat pousse parfois l’écrivain à frôler la misanthropie au point de sombrer dans une certaine confusion morale lorsqu’il fait l’éloge d’un sniper finlandais après avoir vomi les chasseurs quelques chapitres plus tôt. On comprend cependant l’origine de cette pente du fait qu’il met l’accent sur cet autre Grand Remplacement qui serait celui des bêtes par l’humanité à la croissance dévastatrice des paysages, des poésies et des solitudes. Le nombre contre les noms : conflit majeur et éternel. « Tout succès est un malentendu », disait Malraux. Espérons que celui de Sylvain Tesson, immense, diffuse au moins le signal d’une résistance à l’arasement technique mondial.
Romaric Sangars
LA PANTHÈRE DES NEIGES Sylvain Tesson Gallimard 176 p. – 18€

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