[vc_row][vc_column css= ».vc_custom_1575617869065{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »][vc_column_text]
Un père « droit dans ses convictions », un ami « fidèle », un collègue « qui ne supporte pas l’injustice ». Ce sont les mots de ses proches. « Un défaut ? Peut-être fais-je trop de choses à la fois ! » selon ses mots à lui. À 61 ans, Joseph Thouvenel a été – est parfois encore – syndicaliste, juriste, membre du CESE, militaire. Un vrai cumul de mandats. Mais son monde, c’est d’abord le syndicalisme : président de l’antenne parisienne de la CFTC, c’est un petit patron proche de ses équipes à l’allure plus détendue que les dirigeants du CAC 40 qu’il rencontre. Il nous reçoit le jour même où nous l’avons appelé, dans un bureau plutôt rustique. Il est vêtu d’un jean, d’un pull et chaussé de discrètes lunettes rondes.
Celui dont la méthode de management repose sur la confiance était même jusqu’au mois dernier vice-président national de la CFTC, mais a cédé son poste pour « laisser la place aux jeunes ». Il siégeait depuis près de vingt ans dans les instances dirigeantes de ce syndicat inspiré par la doctrine sociale de l’Église. Un sacerdoce : « L’engagement syndical, c’est lutter contre la marchandisation de l’humain, pour qu’un salarié ne soit jamais traité comme un objet ou une marchandise ».
Ainsi, la désobéissance civile ne fait pas peur au petit Joseph. La pratique du scoutisme, de louveteau à chef, l’a aussi beaucoup marqué, en témoigne le calendrier scout accroché au-dessus de son ordinateur.
Cet esprit de combat est un héritage familial. Dernier d’une fratrie de sept enfants, il est fils d’un médecin dont le cabinet accueille les plus pauvres. Ce père, arrêté puis emprisonné pendant la guerre pour résistance, s’élève à la Libération contre le traitement inhumain des prisonniers collaborateurs. Ainsi, la désobéissance civile ne fait pas peur au petit Joseph. La pratique du scoutisme, de louveteau à chef, l’a aussi beaucoup marqué, en témoigne le calendrier scout accroché au-dessus de son ordinateur. L’autre élément déclencheur, c’est la mort d’un de ses collègues à la réception d’une lettre de licenciement. Joseph officiait alors comme chef d’équipe dans une société de nettoyage en restructuration : « Légalement, tout a été respecté, sauf qu’il n’y a eu aucune humanité. On ne peut pas traiter les gens de cette manière-là ». Après avoir quitté l’école à 16 ans et demi parce qu’il « s’ennuyait profondément » et expérimenté le métier d’homme de ménage pendant deux ans, il atterrit dans une charge d’agent de change.
Lire aussi : Douglas Murray, Rock star intellectuelle
Rapidement, il sent que les gratifications qui lui sont versées ne sont pas nettes. Il monte un comité d’entreprise pour avoir accès aux comptes, et dans la foulée adhère à la CFTC dont il devient délégué syndical : la guerre est déclarée avec sa chefferie. Une guerre qu’il gagnera en révélant un détournement d’argent. S’il parvient à faire tomber son chef, il préfère l’action syndicale intelligente : « Ensuite, j’ai eu une nouvelle direction avec qui ça s’est bien passé. Aujourd’hui je revois ce directeur général ». La ténacité de cet homme, c’est aussi d’aller se suspendre à un pont sur la Seine pour protester contre un plan social. Trois jours plus tard, il recevra une invitation à dîner chez un ami avec le ministre des Finances de l’époque, Michel Sapin. La semaine d’après, il obtiendra la négociation du fameux plan social de branche.
« Avant de faire grève, on doit examiner si le motif est suffisant et si ça justifie qu’on gêne les usagers.[…] Pour moi le syndicalisme, c’est une manière de servir son pays »
Sa devise, c’est agir « sans violence, sans rien casser, sans détruire les entreprises, mais avec détermination ». D’où sa méfiance envers les mobilisations actuelles qu’il considère parfois comme égoïstes : « Avant de faire grève, on doit examiner si le motif est suffisant et si ça justifie qu’on gêne les usagers.[…] Pour moi le syndicalisme, c’est une manière de servir son pays », explique celui qui ne parle jamais qu’en français, par principe, même lors de réunions internationales. Français, ses modèles d’inspiration le sont tout autant : Hélie Denoix de Saint Marc, Saint Exupéry, Pierre Schoendoerffer… Outre leur lutte contre le communisme, « tous ont refusé la bien-pensance morale et n’ont pas cédé à l’air du temps ». Tout comme Joseph, qui ne craint pas de manifester contre le mariage pour tous ou la PMA : « La marchandisation, c’est pour personne, encore moins pour les enfants ». Avec sa femme enseignante, ils ont d’ailleurs adopté des jumeaux âgés de 21 ans aujourd’hui : « Ça prouve bien qu’on peut adopter des enfants sans les acheter ».
Lire aussi : Renaud Camus, remplacisme en mode mineur
Une volonté de fer qu’il a héritée aussi de sa foi : « Si je n’ai qu’un maître qui s’appelle Jésus-Christ devant lequel j’accepte de me mettre à genoux, mon maître ne sera ni l’argent, ni les puissants du moment de ce monde ». Une parole accompagnée de lectures comme Famille Chrétienne ou France Catholique. Et d’interventions sur Radio Notre-Dame. Un équilibre de vie est aussi nécessaire à sa mission : footing – il a couru avec Geoffroy Roux de Bézieux pour les Chrétiens d’Orient – spéléologie, écriture ou encore accueil de rue des sans-abri pendant dix ans. Et la retraite dans tout ça ? « Je n’y pense pas ! » Son prochain combat ? Le travail dominical. Pour preuve, l’affiche placardée sur la porte de bureau : « Le travail dominical ne nous excite pas ». Toujours contre la marchandisation de l’homme.
Laurène Trillard
[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]





