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Avant d’être l’homme politique de premier plan que le grand public connaît, Charles Millon a été un élu de terrain très attaché à la vitalité de la démocratie locale. Pendant près de vingt-cinq ans à la tête de la mairie de Belley ou plus de dix ans à la région Rhône-Alpes, il s’est efforcé de nouer des relations de proximité avec ses concitoyens. Celui qui anime aujourd’hui L’Avant-garde déplore la déshumanisation de la fonction du maire, sous la pression conjointe des normes administratives et des regroupements communaux.
Quelle est votre vision du maire pour demain, quelles doivent être ses compétences ?
Le maire est un personnage essentiel de la démocratie. C’est lui qui fait le joint entre le peuple et ses dirigeants, qui va permettre à la société communale d’être un lieu de rencontres et de services où les plus pauvres peuvent être soutenus par la communauté et les plus vieux peuvent trouver de la chaleur ; un lieu où ceux qui sont malades peuvent se faire soigner, où celui qui cherche un emploi aura une réponse, où celui qui cherche à prendre une initiative trouvera des associés et des personnes qui vont l’aider. Le maire est le patron d’une communauté, au sens propre du terme. C’est la raison pour laquelle je suis très circonspect devant la réforme menée depuis des décennies où l’on a voulu faire des communes de simples succursales de l’État. On a tenté d’effacer ce rôle de partage de convictions, d’idées et de vie dans une collectivité qui crée du lien entre les gens quelles que soient leurs idées, leur milieu social ou leurs engagements. Je crois véritablement que le maire a un rôle essentiel car il est le garant de la démocratie locale.
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Comment expliquez-vous qu’il y ait de moins en moins de maires qui veulent se représenter, et même des communes où l’on ne trouve pas de candidat et qui sont, de ce fait, administrées par le préfet ?
Le maire étant l’animateur d’une collectivité, il n’a pas pour ambition de tout faire lui-même ; il est là pour être au service des autres. Malheureusement, le pouvoir central a oublié que le maire avait ce rôle de chef d’orchestre local et a cru que c’était simplement un agent administratif qui devait mettre en œuvre un certain nombre de règlements. Les maires ont été débordés sous les circulaires et injonctions administratives, pour contrôler la régularité de telle ou telle démarche, tout en ayant moins de ressources financières et humaines. Le résultat, c’est qu’un certain nombre de maires se retirent. De plus, avec l’intercommunalité, on assiste à un regroupement de collectivités qui peut casser ce lien affectif et de proximité avec les citoyens et les éloigner de la démocratie parce qu’ils auront l’impression d’être totalement ignorés par les autorités politiques locales.
Une de nos convictions est que la démocratie ne peut vivre que par les cellules de base que sont les communes, et que si l’on veut que le pays relève la tête, plutôt que de se présenter à la présidentielle, il faut commencer d’abord par investir le terrain communal puis les échelons départementaux et régionaux. Ce n’est que comme cela que l’on reconstituera un humus qui pourra rénover en profondeur la démocratie.
Que compte faire L’Avant-garde, comment prend-elle part à la bataille des municipales pour 2020 ?
L’Avant-garde est un réseau au service de ceux qui veulent participer à la vie publique. Dans ce cadre, nous avons lancé un cycle de formation pour les candidats aux élections municipales et avons animé, durant une année, des sessions sur les compétences et moyens des collectivités locales, la manière de gérer les services publics tels que l’éducation, la santé, la dépendance, la voirie, l’entretien des bâtiments publics, etc. On a insisté sur la notion de bien commun communal et sur les qualités requises pour animer la vie locale. Une de nos convictions est que la démocratie ne peut vivre que par les cellules de base que sont les communes, et que si l’on veut que le pays relève la tête, plutôt que de se présenter à la présidentielle, il faut commencer d’abord par investir le terrain communal puis les échelons départementaux et régionaux. Ce n’est que comme cela que l’on reconstituera un humus qui pourra rénover en profondeur la démocratie.
Propos recueillis par Benoît Dumoulin
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