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Saint Malick, cinéaste et visionnaire

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Publié le

10 décembre 2019

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Depuis La Balade sauvage, la mystique chrétienne n’a cessé d’influencer le cinéma de Terrence Malick. Énigmatique, le Texan au parcours émaillé de secrets a longtemps suscité l’admiration de ses pairs, des critiques et du public, tous fascinés par sa grammaire unique, sa splendeur picturale et sa quête du Mystère. Depuis The Tree of life (Palme d’Or 2011), cependant, Malick divise, au point même de déclencher une fronde à chacun de ses nouveaux films. Mais qui est Terrence Malick ?

Le mystère qui entoure Terrence Malick n’est pas sans lien avec la fascination qu’il exerce. On ne sait guère de choses sur ce réalisateur qui, pour ne pas faire écran entre le public et son œuvre, va jusqu’à exiger dans ses contrats l’absence d’interviews et de photographies.

Petit-fils d’Assyriens chrétiens arrivés sur le sol américain en 1917, Terrence Malick naît 1943 à Ottawa. Aîné d’une fratrie de trois garçons comme Jack O’Brien dans The Tree of Life, son frère Larry se suicide en 1968, drame qu’on retrouve également en ouverture de la Palme d’or 2011. Étudiant la philosophie à Harvard, le jeune Malick suit les cours de Stanley Cavell, spécialiste de la pensée des transcendantalistes américains Ralph Waldo Emerson et Henry David Thoreau, puis il débute à Oxford une thèse sur le concept de « monde » dans la philosophie de Søren Kierkegaard, Martin Heidegger et Ludwig Wittgenstein. Si, à la suite d’un désaccord avec son directeur de recherche, il ne la soutiendra jamais, son thème deviendra en revanche, comme par une permutation providentielle, le cœur de ses méditations filmiques.

RENDEZ-VOUS RATÉ AVEC LE CHE

De retour aux États-Unis, Malick, devenu journaliste, écrit pour le New-Yorker, Life, Newsweek, et part six mois en Bolivie couvrir le procès de Régis Debray suspecté alors d’avoir vendu Che Guevara. Il n’achève pas l’article : « Je me suis aperçu à la fin que je n’avais pas tout à fait compris », s’expliquera-t-il, mais reste marqué par cette expérience au point d’envisager un film sur le Che des décennies plus tard. Pierre Lescure ira même le rencontrer en 2001, avec sa casquette de producteur, pour évoquer avec lui un projet piloté par Steven Soderbergh. « Il avait l‘air d‘un professeur d‘université à la retraite, témoignera Lescure. Il s‘est adressé directement à moi en tant que patron de Canal+ et propriétaire du PSG : “Monsieur Lescure, il est fondamental que le Paris-Saint-Germain reste au Parc des Princes et ne déménage pas au Stade de France.” Je suis tombé de ma chaise. Puis il a ajouté : “Le Parc des Princes est l’âme du PSG. S‘installer au Stade de France reviendrait à dévoyer l‘histoire de ce club”. »

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PASSION HEIDEGGER

Malick supporter du PSG donc, c’est comme cela qu’on découvrit que le réalisateur américain vécut de longues années à Paris, rue de Turbigo, lorsqu’il s’éclipsa du monde du cinéma entre 1979 et 1998. C’est aussi là qu’il prend pour épouse, en secondes noces, la française Michèle Morette, et cette période qui explique l’introduction parisienne d’À la merveille (2012). Le biografilm sur Che Guevara se fera finalement sans lui, échaudé qu’il fut par les réticences du producteur à ce qu’il employât une voix off prédominante. Mais revenons à 1968, lorsque le futur réalisateur, de retour de son escapade bolivienne, est recruté par le prestigieux MIT (Massachusetts Institute of Technology) pour enseigner la philosophie. Cette courte carrière l’amènera à publier une traduction du Principe de raison d’Heidegger, tout en suivant des cours de cinéma au Center For Advanced Film and Television Studies de l’American Film Institute (AFI), où il croise David Lynch et George Stevens Jr, futur producteur de La Ligne Rouge.

DÉBUTS FLAMBOYANTS

C’est en tant que script doctor pour la Warner que Malick entre dans l’univers du cinéma – le travail de correction et de réécriture des scénarios. Il planche sur L’Inspecteur Harry (1971), Vas-y fonce de Jack Nicholson (1971) ou encore Les Indésirables de Stuart Rosenberg (1972), et travaille parallèlement à l’écriture de son premier film : La Balade Sauvage (1973) inspiré du Bonnie & Clide d’Arthur Penn (1967). Armé d’un petit budget (350 000 dollars), le tournage du film commence en 1972 et aussitôt Malick surprend. Improvisation, décor naturel, modification de planning, changement de scénario… Le nouveau réalisateur se refuse à mettre en scène son script mais utilise la caméra comme écriture et son seul instinct comme boussole. Le résultat est accueilli par des acclamations et la Coquille d’Or du Festival international du film de Saint-Sébastien en 1974.

Le cinéaste divise, agace, déçoit, en envoûte certains ; tous attendent pourtant son prochain film avec fébrilité.

ÉTRANGE ÉCLIPSE

Avec Les Moissons du Ciel (1978), le Texan affirme son style. Ce deuxième film est écrit comme un poème murmuré à l’heure où le soleil se couche et il convoque Hopper, Murnau et la Bible, explose le budget prévu et écope d’un échec au Box-Office malgré l’Oscar de la meilleure photographie et le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes. Malick fascine, propose un genre inédit de cinéma, et c’est pourtant alors qu’il disparaît. Les vingt ans d’absence qui suivent participent à élaborer la légende. On l’imagine en Salinger ou en Kubrick, on fantasme, on multiplie les théories, mais lorsqu’il finit par réapparaître, avec La Ligne Rouge en 1998 au Festival de Cannes, il déclare simplement « Parce qu’il faut que je retourne dans la vie, sinon de quoi pourrais-je parler dans mes films ? ».

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VERS L’ABSTRACTION MYSTIQUE

La Ligne Rouge (Ours d’or au Festival de Berlin) marque une évolution de la grammaire cinématographique de Terrence Malick. Si chaque plan émerveille toujours par son esthétisme, le réalisateur subvertit le cadre narratif classique par son utilisation de voix off plurielles déployant toutes les tensions d’une âme universelle et qui projette son film dans une méditation métaphysique à la fois puissante et épique. Avec Le Nouveau Monde (2005), sa caméra s’oriente encore plus vers le ciel. Malick décadre pour décentrer l’action et son montage, privant de sens les images isolées, oblige celles-ci à se répondre entre elles.

Dénué de repères, le spectateur assiste à autre chose qu’à la description du réel : le dévoilement de l’invisible. Alors qu’il n’a commis que quatre longs-métrages en trente-deux ans, le cinéaste devient beaucoup plus prolifique à compter de 2011 : à The Tree of life (2011) succèdent À la Merveille (2012), Knight of Cups (2015), Voyage Of Time (2016) et Song to song (2017), un ensemble de films beaucoup plus expérimentaux. Chef d’orchestre d’une polyphonie sensorielle souvent déroutante, Malick déconstruit davantage encore sa narration pour viser une forme d’abstraction mystique. Le cinéaste divise, agace, déçoit, en envoûte certains ; tous attendent pourtant son prochain film avec fébrilité.

Lire aussi : Hubert de Torcy : « Terrence Malick ? Un cinéma hautement contemplatif »

L’ALPHA ET L’OMEGA

Présenté à Cannes cette année, dont il est inexplicablement ressorti sans récompense, Une Vie cachée renoue cependant avec ses premiers films : cadres somptueux, narration plus linéaire, objectif néanmoins toujours braqué sur l’invisible. Malick y met en scène l’histoire d’un objecteur de conscience autrichien de 1938, béatifié en 2007 par Benoît XVI, un sujet idéal pour un cinéaste qui n’aura cessé de traquer et l’origine et l’éternel.

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