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À l’époque où le Palais Garnier prit ses fonctions, l’opéra cessait déjà d’être grand. Musée ou mausolée, il venait abriter la mémoire d’un art en déclin. L’exposition « Le Grand Opéra (1828-1867) » vient nous rappeler cette histoire souvent ignorée, au risque de frustrer les processions de visiteurs qui gravissent l’escalier de marbre du foyer. Doit-on blâmer ces pneus géants, fussent-ils plaqués-or, que des marchands sans-gêne y ont installé, voire ces parties d’escape game qui s’y tiennent ?
Inutile de s’offusquer puisque finalement, aucune profanation n’est ici possible : ce n’est pas en ces lieux qu’a pris chair le verbe du grand-opéra, non le vrai temple se dressait rue Le Peletier.Dans cette salle grandiose et éphémère, le directeur Véron développe sous Louis-Philippe les moyens du théâtre pour flatter l’ego des nouveaux riches, les ambitions des compositeurs et la vanité des artistes.
« Votre musique respire l’orgueil de la vie »
On ne regarde pas sur la dépense pour épater une galerie avide d’opulence : cinq actes, grand orchestre, décors éclatants, chorégraphies fastueuses pour représenter les faits et gestes des héros de l’Histoire et faire sourdre leurs sentiments. Le grand-opéra est un art total, et ce, bien avant Wagner l’incompris, qui retire de l’affiche Tannhäuser après la troisième. On croyait que les réacs du Jockey-Club l’avaient boycotté, mais en fait pas vraiment, nous apprend Romain Feist, le commissaire de l’exposition. Il a sorti des archives la célèbre lettre brûlante d’admiration que Baudelaire adressa au compositeur allemand : « Votre musique respire l’orgueil de la vie ».
Le grand âge du plein faste est clos
Quand Verdi vient présenter Don Carlos, c’est la fin. Le succès est tiède. Wagner fait déjà ses adeptes. Le vent du progrès balaye les cendres de l’ancienne salle mythique, dévorée par les flammes. Le grand âge du plein faste est clos.
Paolo Kowalski
LE GRAND OPÉRA (1828-1867) Palais Garnier – Place de l’Opéra, Paris IXe Jusqu’au 2 février 2020
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