[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1578726411428{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]
« D’où date la sorcière ? Des temps du désespoir. » Michelet « Toute vérité est une conspiration. » Dantec « Les femmes qui circulent en talons hauts marchent la main dans la main avec Satan. » Un pasteur de l’Ohio.
Jadis – dans une préhistoire très proche – j’avais terminé un article par « Soyez ménagères ou sorcières ». On connaît bien celle de Michelet, qui attribue son apparition et expansion à la misère en milieu rural et va jusqu’à confondre possession et hallucination. Le rôle de la femme reste le même, celui de provoquer ou favoriser les amours, quitte à pactiser avec le diable. Il est à nouveau temps de manier maléfices et poisons, et s’afficher proprement en cause du péché. Le sabbat reste la seule communion de révolte. La sorcière serait-elle la première Gilet jaune ? Satan y serait vu comme initiateur de la curiosité scientifique et propagateur du progrès. Une sorte de Macron.
En vous vouant à Satan vous obtiendrez richesse, plaisir, puissance, beauté, savoir, honneur et faveur. Jouir d’immenses pouvoirs, enfin.
« C’est ce coupable logicien qui, sans respect pour le droit clérical, conserva et refit celui des philosophes et des juristes, fondé sur la croyance impie du libre arbitre », lit-on dans Michelet. Le diable est l’idée simple du déclassement possible. En vous vouant à Satan vous obtiendrez richesse, plaisir, puissance, beauté, savoir, honneur et faveur. Jouir d’immenses pouvoirs, enfin. Pouvoir pratiquer l’envoûtement sous ses formes les plus diverses : étendre le venin, la cruauté, la lascivité, dresser des continuelles embûches, être un fléau (feat. Paul Léautaud), voilà ce pour quoi nous sommes programmées.
Lire aussi : Reportage : Les sorcières de sang-mêlé
Quand on pense sorcière, on pense à l’Inquisition du XIIe mais aussi, évidemment à la chasse aux sorcières communistes de McCarthy à Salem, dans l’Amérique puritaine du XVIIe. Les femmes y ont été pourchassées et condamnées au bûcher. On persécutait les opposants politiques en cherchant des faux coupables. Rien n’a changé. Sauf le spectacle de la violence. Dans l’esthétique de la sorcière, il y a toujours l’aveu. N’avouez jamais, on le sait. En aucun cas.
La sorcière ne sert qu’à offrir un espoir, au milieu de la synchronicité ridicule des temps, d’internet, de l’égocentrisme spirituel et la consommation de bien être ; on a envie de croire au magique et à la sorcellerie. Le démoniaque est au service de rien, une rose sans pourquoi. Tout semble possible l’espace d’un instant. Et perdre son âme, ça arrive tous les jours.
Les féministes ont besoin de la misère ancestrale des femmes pour exister. En guise de femme dangereuse, nous avons souvent une femme hystérique avec une absence de lâcher-prise, beaucoup d’angoisses et d’ego. Une petite fée qui joue à avoir des couilles.
L’origine de la puissance est forcément féroce. La violence se désenvenime dans le sexe. L’art entretient cette même relation au mal et au néant, allant jusqu’au sacré. On apprend à aimer ce qui nous effraie et l’enfer sur la terre n’est finalement pas si mal. Le mal est d’ailleurs toujours mêlé d’un peu de réconciliation. À l’époque moderne, les choses ne s’expriment souvent que par signes, et donc accessoires. La sorcière d’aujourd’hui a des cheveux colorés, des robes à volants, commence par les jeux de rôle pour finir par exhiber sa lingerie noire dans un club de cul, avec un petit sac en forme de tombeau. Car la sorcière 2019 a le maléfice régressif – en guise de sortilège, on se fait sucer par un piercing tête de mort.
La reconquête du féminin se fera laborieuse et fragile. À coups de filtres « metoo », « ilmarienmisdutout ». La sorcière représente-t-elle véritablement la revanche à prendre ? La femme est-elle toujours opprimée et méprisée ? Les féministes ont besoin de la misère ancestrale des femmes pour exister. En guise de femme dangereuse, nous avons souvent une femme hystérique avec une absence de lâcher-prise, beaucoup d’angoisses et d’ego. Une petite fée qui joue à avoir des couilles.
Lire aussi : Michel Maffesoli : « L’image de la sorcière est soit hypersexuelle, soit chaste »
De Michelet au livre de Mona Chollet, la sorcière représente la vengeance de la femme. De victime, elle devient rebelle. Encore faut-il qu’elle soit à la hauteur de celle-ci. « La différence qu’il y a entre la femme antique et la femme moderne, c’est que la femme antique exigeait son dû, qu’elle attaquait l’homme », disait Lacan.
D’Hécate première divinité maîtresse des sorts, à la femme libre, Marlène Schiappa (cette sorcière ne ressemblerait-elle pas à Raffarin en perruque ?) il nous est encore permis de conquérir une domination interdite à l’homme, celle de l’impur.
Aujourd’hui elles attaquent un concept (vide), se sentent harcelées. Le harcèlement sexuel ? Tout pouvoir est un abus de pouvoir. Le sexe devient aujourd’hui pour la femme un moyen de chantage. La gravité s’est installée partout. On est dans un puritanisme émancipé. Les existentialistes disaient que tout dévergondage était permis à condition qu’il soit pédant. Accepter le réel, c’est accepter le manque et la limite – autant créer autour de lui un décorum et une poétique. La guerre des sexes devrait être apaisée depuis longtemps. Loin des séries sur fond violet, des verrues sur le nez, des grimoires poussiéreux, des contes de Grimm, des balais, des poudres pour retour d’affection, des plantes vivaces et des Doc Martens. Oublions le capitalisme ésotérique et revenons à la magie primitive, secrète et illicite où les femmes savaient encore envoûter. D’Hécate première divinité maîtresse des sorts, à la femme libre, Marlène Schiappa (cette sorcière ne ressemblerait-elle pas à Raffarin en perruque ?) il nous est encore permis de conquérir une domination interdite à l’homme, celle de l’impur. Par l’approbation absolue de la vie et de la mort, on donne un peu sa chance à l’improbable.
Stéphanie-Lucie Mathern
[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]





