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Un roi très chrétien ou rien du tout

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Publié le

7 février 2020

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La monarchie est une idée païenne qui satisfait les peuples idolâtres en même temps qu’elle les asservit. C’est pourquoi le Seigneur en avait épargné Israël jusqu’à ce que son peuple le supplie de lui donner un roi : « Établis, pour nous gouverner, un roi comme en ont toutes les nations » demandèrent-ils au prophète Samuel (I Samuel, 8,5). À quoi le Seigneur répondit : « C’est moi qu’ils rejettent : ils ne veulent pas que je règne sur eux ». Mais les Hébreux insistent : « Il nous faut un roi ! Nous serons, nous aussi, comme toutes les nations ; notre roi nous gouvernera, il marchera à notre tête et combattra avec nous » (I Samuel, 8,19-20). Alors, le Seigneur consent à ce que les Hébreux, préférant idolâtrer un homme plutôt qu’adorer Dieu, aient aussi à leur tête un roi qui les asservisse et les presse de taxes en tout genre. Ce fut la royauté d’Israël avec David, Salomon puis toute la lignée royale.

 

 

 

Une monarchie cependant transfigurée par le Christ, dernier roi d’Israël descendant en ligne directe de David, mais dont le sceptre est le bois de la Croix et la couronne tressée d’épines. « Les rois des nations les commandent en maîtres, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler bienfaiteurs », explique Jésus. « Pour vous, rien de tel ! Au contraire, que le plus grand d’entre vous devienne comme le plus jeune, et le chef, comme celui qui sert » (Lc, 22,25-26). De fait, en chrétienté, le roi est d’abord un serviteur.

Un pouvoir thaumaturgique longtemps exercé sous la monarchie jusqu’à ce que Louis XV refuse tout net en 1739, en raison de sa situation qui l’empêchait de recevoir confession et communion.

Comme le Christ lavait les pieds de ses disciples, les rois très chrétiens allaient vénérer les reliques de saint Marcoul à Corbeny au lendemain du sacre de Reims, à la suite de quoi ils guérissaient les scrofuleux des écrouelles : « Le roi te touche, Dieu te guérit ». Un pouvoir thaumaturgique longtemps exercé sous la monarchie jusqu’à ce que Louis XV refuse tout net en 1739, en raison de sa situation qui l’empêchait de recevoir confession et communion. Or, sans état de grâce, plus de guérisons. Cinquante ans plus tard, la Révolution éclatait…

 

Lire aussi : Le clergé veut-il un roi ?

 

La monarchie ne présente pas un intérêt particulier hors d’un régime de chrétienté. Il peut être intéressant de lire Point de vue et de fréquenter le gratin des têtes couronnées quand on est mondain mais l’essence de la monarchie est ailleurs. En France, le roi était, par le sacre, un personnage à part. Ce que d’aucuns appelaient le huitième sacrement était en fait un sacramentel calqué sur le sacre des rois d’Israël. Le rite de la sainte ampoule faisait du roi un personnage sacré, sa personne était inviolable. De fait, de Pépin le bref à Charles IX, c’est-à-dire en huit siècles, la protection contre le régicide a été efficace alors que les rois mérovingiens, sur une période beaucoup plus brève, étaient fréquemment assassinés.

Soit la monarchie n’est qu’un régime humain, alors elle sera jugée à l’aune de tous les régimes politiques, par ses avantages et ses inconvénients, et finira par être rejetée comme un archaïsme de l’Histoire. Soit elle fait du roi un être livré à son peuple comme le Christ s’est livré pour les hommes, alors elle est notre avenir.

Par le serment fait au royaume, le roi s’engageait à « faire observer la justice et la miséricorde dans les jugements, afin que Dieu qui est la source de la clémence et de la miséricorde daigne la répandre sur moi et sur vous aussi ». Il contractait une sorte de mariage mystique avec son peuple ; son corps était livré au peuple comme le Christ a pu livrer le sien pour le salut des hommes. Sa personne était faible et mortelle mais elle était aussi sacrée et immortelle. C’est ce qu’Ernest Kantorowicz a pu appeler Les deux corps du roi (1957), le premier, physique, mourant au terme de la vie humaine mais le second, immortel, se perpétuant dans le corps politique.

Car la crise du politique est telle que seuls des êtres totalement livrés au bien public pourront prétendre un jour gouverner légitimement notre pays.

Soit la monarchie n’est qu’un régime humain, alors elle sera jugée à l’aune de tous les régimes politiques, par ses avantages et ses inconvénients, et finira par être rejetée comme un archaïsme de l’Histoire. Soit elle fait du roi un être livré à son peuple comme le Christ s’est livré pour les hommes, alors elle est notre avenir. Car la crise du politique est telle que seuls des êtres totalement livrés au bien public pourront prétendre un jour gouverner légitimement notre pays.

 

 

Benoît Dumoulin

 

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