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Le clergé veut-il un roi ?

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Publié le

7 février 2020

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Entretien avec le père Louis-Marie Guitton, responsable de l’Observatoire socio-politique du diocèse Fréjus-Toulon (OSP) et curé de La Garde (Var).

 

 

 

La fracture perdure-t-elle au sein du clergé entre prêtres « jureurs », assimilables aux républicains, et « réfractaires » assimilables aux royalistes ?

 

Dans le Var, il me semble qu’il y a eu une majorité de prêtres jureurs. La Constitution civile du clergé avait été préparée par une longue tradition gallicane. Ce gallicanisme n’a d’ailleurs pas disparu du paysage français. Ce qui est paradoxal en France, c’est que ce réflexe identitaire se double d’un côté ultramontain. Le clivage aujourd’hui, à mon sens, se situe plutôt entre pro et anti romains. Le clergé issu de la génération Jean-Paul II est redevenu fidèle à Rome. Les lignes sont sans doute plus difficiles à tracer avec le Pape François. Pour en revenir à la question sur le royalisme, à part dans un certain milieu, les prêtres français sont bien républicains.

 

Lire aussi : Gwenaëlle Foillard, fille de roi

 

Avec le carcan de cette laïcité dévoyée, pensez-vous que la rechristianisation de la France soit possible en dehors de la royauté ?

 

Il faut sans doute préférer le terme d’évangélisation à celui de rechristianisation, qui évoque le retour à un statu quo ante. Dans cette perspective, la préoccupation principale me semble être celle de l’islam. Certains ont émis (Pierre Manent) l’hypothèse que seul le catholicisme comme religion d’État permettrait une approche efficace de la question. L’islam ne peut admettre la laïcité, d’une part parce que c’est une notion née avec le christianisme, d’autre part parce que l’interprétation très réductrice qui en est faite les scandalise. Ces jours-ci, avec les grèves, sont apparus des « syndicalistes prédicateurs salafistes français » pour défendre les régimes de retraite. Mais aiment-ils réellement leur pays ?

S’il faut vraiment tout refonder, pourquoi ne pas le faire avec un roi étranger venu d’Afrique pour « sauver la France » ? Dans le domaine de la foi et de la morale, nos frères africains nous donnent souvent des leçons…

Pour répondre à la question de la royauté, il faut prendre acte de notre situation de minorité. Si l’on part de nos 1 ou 2 % de catholiques, un roi chrétien n’aurait qu’une marge de manœuvre très réduite. Le pli de la sécularisation semble assez irréversible : matérialisme, indifférentisme… Les initiatives d’évangélisation font face à un vide spirituel impressionnant. Rien ne se fera sans une conscience missionnaire renouvelée. S’il faut vraiment tout refonder, pourquoi ne pas le faire avec un roi étranger venu d’Afrique pour « sauver la France » ? Dans le domaine de la foi et de la morale, nos frères africains nous donnent souvent des leçons… Ou un Antillais, le roi David [Macaire, évêque de Fort-de-France, ndlr] par exemple. [Rires]. Pour rechristianiser, encore faut-il que le roi soit catholique !

 

 

Est-ce que l’idée de retour du Roi trouve un écho dans le clergé ?

 

À part chez les tradis, le royalisme trouve peu d’écho dans le clergé. Le ralliement des clercs à la République a été lent et difficile, mais il est désormais acquis. Les prêtres de la génération Jean-Paul II sont aussi les héritiers de cette histoire et de cette adhésion. Nous sommes fils de notre temps. Il faut avouer que la réflexion sur les différents régimes politiques fait moins partie de leurs préoccupations que celle sur la conversion pastorale.

L’appel de Jean-Paul II au Bourget, puis les controverses sur les racines chrétiennes de la France, son statut de fille aînée de l’Église ont déjà presque 40 ans. Il n’est pas certain que ces propos susciteraient un grand intérêt aujourd’hui.

En vérité, la question du roi est liée à la vocation de la France. Mais combien sont encore conscients de la proximité mystérieuse entre Dieu et notre pays ? Qui y pense vraiment ? L’appel de Jean-Paul II au Bourget, puis les controverses sur les racines chrétiennes de la France, son statut de fille aînée de l’Église ont déjà presque 40 ans. Il n’est pas certain que ces propos susciteraient un grand intérêt aujourd’hui. Maintenant que le catholicisme français s’est identifié à un petit milieu, y a-t-il encore de quoi lancer une polémique ?

 

Lire aussi : Pour un royalisme burné

 

Il est admis aujourd’hui, même parmi le clergé, que le sacre est un genre de mystification, que l’origine de la Sainte Ampoule par exemple est une légende. N’est-ce pas nier le miracle français ? Voire accuser le clergé d’Ancien Régime de mensonge ? C’est grave pour les fidèles.

 

Des guérisons s’opéraient par le Roi : c’était un grand charismatique ! On peut penser que le sacre lui conférait une sorte de caractère sacramental. En Provence, avec Cotignac, on est obligé de se souvenir que le Ciel s’occupe de manière providentielle de la France. Cela suscite pourtant sarcasme et ironie. Mais comment expliquer alors sainte Jeanne d’Arc ? Il s’agissait bien d’une intervention divine en faveur d’une dynastie et d’une terre. Dieu voulait un roi pour son Royaume, au-delà même de la personne d’un roi qui n’en valait pas la peine. À Pellevoisin, à Pontmain, à l’Île-Bouchard, Dieu s’est préoccupé du sort de la France, mais pas forcément de celui du roi. Sur quoi le retour du roi pourrait-il se baser ? Le retour du Christ est quant à lui certain ! On ne voit d’ailleurs pas qui pourrait monter aujourd’hui sur le trône – jusqu’à la prochaine intervention divine pour nous le dire ! Et si Dieu nous envoyait saint Michel ?

 

 

Propos recueillis par Élodie Pérolini

 

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